JOHANNESBURG, 27 oct (IPS) – Les électeurs iront aux urnes cette semaine au Botswana pour élire un nouveau parlement et un gouvernement local. La nation riche en diamant deviendra le premier à tester un nouveau code électoral de conduite adopté par la Communauté de développement d'Afrique australe en août.
A maints égards, ceci ne sera toutefois qu'une répétition générale pour des défis plus ardus auxquels le code sera, sans aucun doute, confronté dans les mois à venir.
Intitulé 'Principes et directives régissant des élections démocratiques', le code a reçu l'approbation des dirigeants de la sous-région au cours d'un sommet de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) tenu à Maurice, une île de l'océan Indien.
Il demande l'adhésion à des normes internationalement acceptées comme : permettre à tous les partis de faire campagne librement, assurer un accès égal aux médias d'Etat et mettre en place des institutions électorales impartiales.
Même si le président sud-africain Thabo Mbeki a prévenu en août que les Etats membres de la SADC, qui ne tiendraient pas compte du code, pourraient se voir exclus du groupe, des inquiétudes ont été néanmoins exprimées selon lesquelles les directives ne s'avèreraient finalement pas applicables.
"Lorsque vous lisez le document, vous vous rendez compte que la SADC est à la fois le joueur et l'arbitre. C'est comme si on disait aux étudiants à la fin du trimestre de proposer leurs propres épreuves, d'y composer et de les corriger", affirme Khabele Matlosa, de l'Institut électoral d'Afrique australe (EISA) basé à Johannesburg.
Même si la SADC, l'Union africaine, le Commonwealth et les Nations Unies envisagent d'envoyer des observateurs au Botswana, on présage d'une élection sans incidents pour le pays. L'Union européenne (UE), pour sa part, a décidé de ne pas envoyer d'observateurs. Au lieu de cela, le personnel des ambassades de divers pays de l'UE jetteront un coup d'œil sur les opérations samedi.
Le véritable test du code électoral de la SADC réside ailleurs, probablement dans les élections législatives qui devraient se tenir au Zimbabwe d'ici à la fin de mars 2005.
Aussi bien l'élection législative de 2000 que le scrutin présidentiel de 2002 dans ce pays se sont déroulés dans une atmosphère de soupçons, précédés comme ils l'étaient, d'une violence généralisée – la majeure partie de cette violence étant dirigée contre le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), de l'opposition. Les médias d'Etat au Zimbabwe étaient également ouvertement influencés en faveur du parti au pouvoir, la ZANU-PF.
Alors que des observateurs électoraux au grand complet étaient sur place pour superviser le vote de 2000, le chef de la mission de l'UE pour le scrutin de 2002, Pierre Schori, a vu son visa pour le Zimbabwe annulé avant l'élection présidentielle. L'UE a plus tard réagi aux irrégularités dans les élections au Zimbabwe en imposant des sanctions contre Harare.
L'équipe d'observateurs du Commonwealth, qui est restée dans le pays, n'a pas donné une bonne appréciation du vote. Des informations indiquent que Harare a accepté de mettre en place une commission électorale indépendante et d'accroître le nombre de bureaux de vote pour l'élection prochaine, entre autres mesures. Toutefois, les autorités ont encore du chemin à faire avant que le Zimbabwe ne soit complètement en accord avec le code électoral de la SADC.
Les élections générales mozambicaines, prévues pour les 1er et 2 décembre, peuvent également être un défi aux efforts d'instauration de transparence électorale dans la région.
Des informations en provenance de la capitale, Maputo, indiquent que la Commission nationale électorale du pays a accepté que des observateurs suivent les premiers dépouillements des voix dans les bureaux de vote.
Toutefois, elle a refusé de leur permettre de contrôler directement la présentation ultérieure des résultats au niveau provincial et – finalement au niveau national.
Ceci en dépit du fait que la majorité des allégations de l'opposition par rapport au truquage du vote dans une précédente élection se référait apparemment aux décomptes faits au niveau provincial et national. La semaine dernière, la commission électorale a dit qu'un bureau serait placé dans le principal centre électoral pour permettre aux observateurs d'examiner les résultats des votes qui sont entrés dans les ordinateurs.
Toutefois, ce n'est pas le type de contrôle "pratique" qui se fera dans les bureaux de vote.
Un porte-parole de la commission, Filipe Mandlate, aurait affirmé que la loi mozambicaine ne dit pas explicitement que les observateurs peuvent être présents aux décomptes provinciaux et nationaux. De même, la loi ne semble toutefois pas interdire leur présence – et l'UE est en train de faire pression pour que ses observateurs soient admis à toutes les phases du processus de décompte.
"Il n'est pas nécessaire de fermer la porte (aux observateurs étrangers)", déclare Matlosa. "Si les pays de la SADC adhéraient aux procédures électorales, alors les observateurs étrangers s'excluraient d'eux-mêmes comme ils l'ont fait en Afrique du Sud (durant les élections d'avril)".
"N'obligez pas les observateurs à devenir une chorale – chantant la même chanson", ajoute-t-il.
Au moment même où des experts débattent du code de la SADC, des ressortissants botswanais, qui vivent à l'étranger et remplissent les conditions pour voter, ont déjà commencé par exprimer le faire. Selon la Commission électorale indépendante du pays, quelque 2.430 nationaux se trouvant en Australie, en Belgique, en Chine, en Ethiopie, au Japon, au Kenya, En Namibie, en Afrique du Sud, en Suède, en Suisse, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis voteront avant l'élection de samedi.
Quelque 2.000 bureaux de vote auraient été installés au Botswana même pour permettre aux citoyens d'élire 57 députés et 490 représentants de gouvernement local.
Alors que le Botswana jouit actuellement d'une économie solide, sa population d'environ 1,6 million d'habitants souffre du fait qu'il a le deuxième plus fort taux de prévalence du VIH au monde.
Selon le 'African Comprehensive HIV/AIDS Partnership' (Partenariat pour la lutte totale contre le VIH/SIDA en Afrique), basé à Gaborone, la capitale botswanaise, quelque 38,5 pour cent de personnes âgées de 15 à 49 ans sont infectées par le virus du SIDA.
Ce taux de prévalence, quelque grave qu'il soit, est encore plus préoccupant lorsqu'on considère que 68 pour cent de la population du Botswana a moins de 29 ans.

