DEVELOPPEMENT: Un programme ambitieux pour le processus d'Helsinki

PRETORIA, 26 oct (IPS) – Leur journée normale commence à cinq heures du matin ou plus tôt. Posant en équilibre sur leurs têtes une poterie et parfois avec un bébé attaché au dos – les femmes en Afrique rurale peuvent parcourir à pieds, jusqu'à 12 kilomètres par jour pour aller chercher de l'eau.

Du retour de la rivière, ces femmes ont devant elles d'autres travaux ménagers : les huttes et les cours doivent être nettoyées, et les champs cultivés. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les femmes contribuent jusqu'à 80 pour cent de la production alimentaire dans nombre de pays africains.

Au Soudan, environ 30 pour cent de femmes s'adonnent à l'agriculture – tandis qu'en République démocratique du Congo, ce chiffre est de 80 pour cent, affirme la FAO. Et, c'est un travail éreintant.

Revenues des champs dans la soirée, les femmes entament une autre tâche importante : préparer pour leurs enfants et époux.

Au moment où elles arrivent finalement à se coucher, les femmes sont complètement épuisées. Le lendemain, les travaux ménagers reprennent de nouveau – un piège de la pauvreté d'où il semble y avoir peu d'espoir de s'échapper.

Toutefois, le Processus d'Helsinki refuse de céder au pessimisme qu'inspirent ceci et bon nombre d'autres scénarios dans le monde en développement.

Cette initiative conjointe des gouvernements finlandais et tanzanien, qui a démarré il y a environ deux ans, se focalise sur le règlement des inégalités mondiales en vue de faire du monde un endroit plus sûr.

"Le principe de départ du Processus d'Helsinki est la perception selon laquelle l'approche actuelle de règlement des problèmes mondiaux ne marche pas très bien et que les institutions mandatées pour opérer des améliorations sont relativement inefficaces, inéquitables et antidémocratiques", a déclaré Flora Musonda, un membre du secrétariat du Processus d'Helsinki en Tanzanie, à une rencontre dans la capitale sud-africaine, Pretoria, au milieu de ce mois. La réunion a été convoquée par les organisateurs du processus.

"Le processus milite, donc, pour un changement – et sa conviction est qu'un changement est possible si les bonnes questions sont posées, si les institutions correctes sont impliquées et si des solutions originales sont trouvées", a ajouté Musonda.

La recherche de ces solutions se fait actuellement sous la supervision du Groupe d'Helsinki, présidé conjointement par les ministres finlandais et tanzanien des Affaires étrangères – Erkki Tuomioja et Jakaya Kikwete. Ilari Rantakari, l'ambassadeur du Processus d'Helsinki au ministère des Affaires étrangères en Finlande, a indiqué à la réunion de Pretoria que le processus visait à promouvoir de nouveaux partenariats entre le Nord et le Sud – et de même entre les gouvernements, la société civile et le secteur privé.

Il espère que le processus peut rendre la communauté internationale "plus démocratiquement responsable dans le choix des politiques globales et plus conformes dans la mise en œuvre des politiques convenues à l'échelle planétaire comme les droits de l'Homme et les Objectifs du millénaire (pour le développement) sur la pauvreté et la sécurité humaine".

Huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ont été convenus par les dirigeants de la planète à un sommet tenu aux Nations Unies, à New York, en 2000.

Ils comprennent la réduction de la pauvreté de moitié dans le monde entier, la réalisation de l'enseignement primaire universel et la réduction de la mortalité infantile des deux-tiers – tout ceci d'ici à 2015. Les OMD cherchent également à réduire la mortalité maternelle des trois-quarts, à combattre le VIH/SIDA et d'autres maladies – et à s'assurer que le développement est durable du point de vue de l'environnement.

Commémorant la Journée internationale pour l'éradication de la pauvreté, le 17 octobre, le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, a indiqué qu'aux taux actuels de progrès, seul l'OMD de réduction de la pauvreté de moitié serait probablement atteint d'ici à 2015.

"Grâce en particulier aux efforts de réduction de la pauvreté en Chine et en Inde, la proportion de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour devrait, selon les prévisions, tomber à juste 12 pour cent, de plus de 28 pour cent, sortant un demi-milliard de personnes de la pauvreté", a-t-il remarqué.

"Malheureusement, dans certaines parties d'Asie du Sud, le tableau de la réduction de la pauvreté est moins prometteur. En Afrique subsaharienne, le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté devrait en fait augmenter, selon les prévisions. Sur nombre d'autres Objectifs du millénaire pour le développement, des progrès tardent à venir dans pratiquement toutes les régions", a ajouté Wolfenson.

Fantu Cheru, professeur de développement international à l'American University à Washington, a dit à la rencontre de Pretoria (tenue le 15 octobre) que le temps pressait pour les pauvres du monde.

Le 26 septembre, la Grande-Bretagne a annoncé une initiative pour aider à rembourser dix pour cent de la dette que les 32 pays les plus pauvres au monde doivent aux créanciers internationaux (une dette énorme qu'on reconnaît généralement comme étant l'un des principaux facteurs sapant le développement dans les nations du Tiers-Monde).

Toutefois, ce plan n'a pas reçu le soutien des autres membres du Groupe des Sept (G7) qui comprend les pays les plus industrialisés du monde. Le G7 a rejeté le plan durant une réunion tenue à Washington le 2 octobre.

Cheru a proposé que cinq milliards de dollars provenant d'un projet de vente de réserves d'or du Fonds monétaire international – soient mis à part pour aider les pays en développement à faire face aux fluctuations monétaires, au cours erratique des matières premières – et à d'autres maux qui affectent l'économie mondiale.

En plus des délibérations du Groupe d'Helsinki, le Processus d'Helsinki organise des discussions sur les nouvelles approches de règlement des problèmes à un niveau global – ainsi que sur ce qu'il qualifie de "programme économique mondial" et de "sécurité humaine".

Les résultats de ces discussions seront utilisés par le Groupe d'Helsinki pour développer des recommandations sur la manière dont les gouvernements et institutions qui gèrent les affaires internationales peuvent le faire d'une façon qui rende plus équitable la mondialisation. Un rapport final contenant ces recommandations est attendu d'ici à mai 2005.

Même si la Tanzanie et la Finlande sont à la tête du Processus d'Helsinki, Rantakari estime que des efforts sont également en cours pour inclure l'Afrique du Sud, l'Algérie, le Brésil, le Mexique, la Malaisie, l'Inde, le Canada et d'autres pays dans les discussions.

Le prochain round de pourparlers organisé actuellement par le processus se déroulera le 28 octobre à Sao Paolo, au Brésil, où de nouvelles stratégies pour régler les problèmes à un niveau international seront débattues..