ECONOMIE-TOGO: Concurrence déloyale des pagnes de contrefaçon sur le marché

LOME, 28 oct (IPS) – Des tissus-pagnes de contrefaçon ont envahi le marché togolais et concurrencent les produits originaux vendus par des commerçantes revendeuses traditionnelles de pagnes appelées 'Nana Benz' à Lomé, la capitale du Togo.

Ces 'Nana Benz' vendent, depuis plus de 30 ans, uniquement des tissus-pagnes fabriqués en Hollande et appelés 'wax hollandais' qui sont assez prisés par des femmes d'Afrique de l'ouest et du centre. Mais aujourd'hui, leurs produits sont imités presque parfaitement, notamment au niveau des motifs, du coloriage et de l'étiquetage, et sont déversés en grande quantité sur les marchés du pays.

"Des pagnes de fabrication douteuse avec des motifs de marques déposées ont inondé le marché togolais et nous dénonçons cela", a déclaré à IPS, Bénéti Gagalo de l'Association togolaise des consommateurs.

Selon Evelyne Trénou, secrétaire générale de l'Association des revendeuses de pagnes du Togo (ARPT), ces pagnes contrefaits sont fabriqués notamment en Chine.

"Ce sont des commerçantes, qui disposent de licences d'importation comme nous, qui sont à l'origine de cette contrefaçon, elles importaient déjà de la Chine d'autres produits et elles ont proposé aux Chinois la contrefaçon des wax", a expliqué Trénou à IPS. "Sept à huit semaines après la mise sur le marché togolais de nouveaux pagnes avec de nouveaux dessins, ils sont copiés et déversés sur le même marché", a confié à IPS, Frédérique Ferraille, directeur général de la société Vlisco African Company (VAC Togo), importatrice exclusive du wax hollandais au Togo.

Le consommateur est dans l'impossibilité de faire une distinction entre le vrai wax hollandais du faux, constatent plusieurs clients sur place.

"Beaucoup de gens n'arrivent pas à distinguer le vrai du faux", a reconnu Dédé Créppy, présidente de l'ARPT.

Selon elle, ce phénomène a commencé il y a bientôt cinq ans et il a des effets négatifs sur le chiffre d'affaires des revendeuses de pagnes, mais également sur l'économie nationale puisque les commerçantes paieront moins d'impôts en vendant moins leurs produits. Trénou a indiqué à IPS que son chiffre d'affaires a énormément subi les coups de cette contrefaçon. "Aujourd'hui, je ne fais que le tiers du chiffre que je faisais avant", affirme-t-elle. Selon elle, la société VAC vendait, dans les années 1980, neuf conteneurs par mois, mais aujourd'hui, elle n'en a que trois pour la même période. "Depuis 2000, notre chiffre d'affaires a connu une baisse de 20 pour cent", a indiqué avec amertume Ferraille. "Les dessins, les couleurs et la marque, qui sont des propriétés de la société VAC, sont copiés sans autorisation".

Plus grave encore, les prix de pagnes contrefaits reviennent plus bas que ceux des originaux, la qualité de la toile utilisée étant inférieure..

"Alors qu'une demi-pièce de pagne original coûte 30.000 francs CFA (environ 58 dollars), la demi-pièce de la version falsifiée est vendue à 8.000 FCFA (environ 15 dollars", explique Ferraille à IPS.

"Moi, je trouve que c'est une bonne chose qu'on ait des pagnes à bon prix parce qu'il nous était difficile, voire impossible d'acheter le wax à plus de 25.000 FCFA (environ 48 dollars)", a dit à IPS, Madeleine Atisso, coiffeuse à Lomé.

"Avec l'arrivée sur le marché de ces pagnes à 8.000 FCFA (environ 15 dollars), tout le monde pourra s'habiller en wax, ce qui était un luxe il y a quelque temps; je trouve que c'est bien et même le pauvre peut bien s'habiller", ajoute Holali Sédjro, un enseignant. Selon Ferraille, cette situation risque de pousser sa société à mettre la clé sous la porte. Les 66 pour cent des actions de la VAC sont détenus par le groupe Vlisco basé en Hollande et les 34 pour cent restants reviennent aux actionnaires togolais, précise-t-il.

La distribution des pagnes wax hollandais se fait à 100 pour cent aux commerçantes togolaises grossistes et demi-grossistes qui se chargent de les revendre aux clients des autres pays africains et à la clientèle locale.

La société VAC avait, dans les années 1980, une trentaine de clients grossistes et 500 à 600 demi-grossistes. Actuellement, les grossistes font à peine 20, selon Ferraille. "On ressent une baisse d'activités et on sent un marché qui est de plus en plus difficile. La vente de pagnes subit ainsi une concurrence déloyale", déplore-t-il.

"La contrefaçon est un moyen par lequel on peut tuer l'économie nationale", a dit à IPS, Anani Atti, membre de l'Association pour la qualité au Togo.

"Les méfaits de la contrefaçon de pagnes peuvent être la supercherie, la mauvaise qualité, la perte de productivité", explique Kofi Dravi Ahiekpor, un ingénieur textile basé à Lomé.

La contrefaçon est interdite par une loi de 2001 sur la concurrence au Togo. Ferraille s'est réjoui du fait que le gouvernement togolais se rapproche de la société VAC pour avoir des renseignements sur le problème de contrefaçon des pagnes.

Il existe actuellement des dossiers à la justice, dont l'instruction avance, avec le concours de la Direction de la douane et du ministère togolais du Commerce. Ces actions en justice font suite à la confiscation de plusieurs conteneurs en provenance de Chine, qui sont remplis de tissus-pagnes wax contrefaits, selon Ferraille.

Toutefois, une importatrice des tissus-pagnes contrefaits, qui a requis l'anonymat, a déclaré à IPS n'avoir pas passé la commande dans l'intention de nuire. "Moi, j'ai retrouvé en Chine de bons pagnes à bon prix et j'ai pensé les proposer à mes compatriotes", a-t-elle expliqué.

Elle se dit prête à répondre à toute action en justice car elle voulait juste rendre service à la population qui a toujours préféré les pagnes, mais sans avoir les moyens d'en acheter. "Les opérateurs économiques de textiles et de pagnes n'entendent pas monopoliser le marché, ni interdire l'importation des produits vestimentaires au Togo", a déclaré Creppy pour répondre à ceux qui les critiquent de pratiquer un monopole sur la vente des tissus-pagnes.

Pour Creppy, il faut que les contrefacteurs, les distributeurs ou les commerçants de ces produits aient leurs propres dessins et logos pour faire leurs commandes en conséquence. "Le prix d'un conteneur de pagnes wax hollandais tourne autour de 300 millions de FCFA (environ 576.923 dollars) alors que le conteneur de pagnes contrefaits est vendu à 60 millions de FCFA (environ 115.384 dollars)", indique Trénou de l'ARPT à IPS.

"Les importateurs de wax contrefaits achètent jusqu'à 20 conteneurs et tirent parfois des bénéfices de plus 20 millions de FCFA (environ 38.462 dollars) sur chaque conteneur", ajoute Trénou.