ECONOMIE-NIGERIA: Le chef rebelle – la voix desmasses, ou un opportuniste habile?

PORT HARCOURT, Nigeria, 19 oct (IPS) – "Le gouvernement nigérian ne peut pas protéger tous les oléoducs de pétrole dans le delta du Niger", déclare Alhaji Mujahid Dokubu-Asari, chef de la ‘Niger Delta People's Volunteer Force' (Force de volontaires des populations du delta du Niger).

"Si quelqu'un dit qu'il peut protéger tous les pipelines qui parcourent le delta du Niger dans tous les sens, la personne est un menteur ou ne connaît peut-être pas…la région", ajoute-t-il.

Au début d'octobre, Dokubu-Asari est parvenu à un accord provisoire avec le gouvernement en vue de désarmer.

Toutefois, la situation dans le delta reste instable et pourrait facilement sombrer dans une nouvelle violence. Dans ce cas, affirme le chef rebelle, les nombreuses mangroves et ruisseaux de la région serviront plus les intérêts des rebelles que ceux du gouvernement : "S'ils nous cherchent quelque part, nous serions en train de faire sauter un pipeline dans un autre endroit".

Dokubu-Asari a menacé les installations pétrolières dans le sud du delta du Niger dans une présumée tentative visant à obtenir, pour les habitants de la région dévastée par la pauvreté, une plus grande part de ses revenus pétroliers. Ce faisant, il a également aidé à faire monter le prix du pétrole au-delà de 50 dollars le baril, provoquant une frayeur sur les marchés mondiaux.

Tandis que le gouvernement n'a pas hésité à agir impitoyablement contre des dissidents du delta dans le passé, les dernières menaces de Dokubu-Asari lui ont valu une invitation à la capitale, Abuja, où il a rencontré le président Olusegun Obasanjo pour des négociations. Le Nigeria est le sixième plus grand exportateur de pétrole au monde.

En échange du désarmement de la part du groupe de volontaires, le gouvernement a accepté d'accorder plus d'attention aux causes des troubles dans le delta.

Ceux qui vivent dans la région accusent les compagnies pétrolières multinationales de polluer leur environnement – et d'avoir supporté des politiciens corrompus qui profitaient sans vergogne des richesses pétrolières du Nigeria.

"Si vous polluez la terre et l'air que les gens respirent, si l'appareil d'Etat et les compagnies pétrolières vivent dans l'opulence tandis que les gens vivent dans la servitude et l'indigence, ce sont des conditions qui amènent les jeunes à être prêts à risquer leurs vies pour corriger certaines de ces anomalies", affirme Isaac Asume du Mouvement Chikoko, un groupe faisant pression pour un changement pacifique dans le delta du Niger.

Raymond Princewill, un jeune chômeur qui a pris les armes aux côtés de Dokubu-Asari, ajoute : "Vous voyez quelqu'un comme moi, si je travaillais et que je gagnais un bon salaire, vous ne vous seriez pas attendu que je prenne le maquis et que je commence par prendre des armes pour combattre".

"Parce que nous sommes pauvres, nous sommes toujours agacés. Depuis notre enfance, nous connaissons la pauvreté; jusqu'à présent, nous souffrons de la pauvreté. Rien de bon ne se passe dans nos vies", constate-t-il.

Aussi bien le gouvernement nigérian que les compagnies pétrolières disent qu'un montant substantiel d'argent est en fait en train d'être dépensé pour satisfaire les besoins des communautés locales. Dans bien des cas, leurs arguments tombent cependant dans des oreilles de sourds, et c'est Dokubu-Asari qui reçoit des accolades.

"(Il) est un grand et énergique combattant de la liberté du delta du Niger. Nous remercions Dieu pour la victoire parce que Dieu est avec lui. Ce pour quoi il combat aujourd'hui, c'est le droit des populations du delta du Niger", a indiqué à IPS, Albert Akalogbo, l'un de ses nombreux admirateurs.

Le chef rebelle affirme qu'il y a plus de 200.000 personnes dans le ‘Niger Delta People's Volunteer Force'. Dokubu-Asari n'est toutefois pas sans détracteurs : certains disent qu'il n'est qu'une création du meme gouvernement auquel il s'oppose maintenant.

Le chef de cette force de volontaires est accusé d'avoir été armé par des autorités étatiques pour intimider les gens afin qu'ils votent pour le ‘People's Democratic Party' au pouvoir pendant les élections de l'année dernière.

"Les politiciens ont parrainé les groupes de milices opérant dans le Rivers State (l'Etat de Rivers). Ce sont des éléments qui contrôlent l'Etat, en particulier le gouvernement, qui ont créé ces milices – les ont armées (et) leur ont permis de se déplacer librement", affirme Asume.

Le gouvernement de ‘Rivers state' réfute ces allégations. "Notre point de vue est que (vous) ne menacez pas la sécurité, la paix publique et l'unité du Nigeria, en réalité", a déclaré à IPS, le porte-parole Emmah Okah.

Le gouvernement accuse également Dokubu-Asari de voler du pétrole brut pour acheter des armes à feu, même s'il a abandonné les charges criminelles contre lui après les pourparlers de paix avec Obasanjo.

Tandis que les autorités affirment agir en toute sincérité dans les négociations avec le leader rebelle, Asume reste pessimiste quant à savoir si le bon sens prévaudra pendant que des milliards de dollars de revenus pétroliers sont en jeu.

"Ce soi-disant accord d'Abuja ne change rien. La lutte du delta du Niger ne peut que devenir plus violente, plus de groupes prendront des armes", dit-il.

"Il n'y a aucun doute sur cela parce qu'il est clair maintenant que c'est le seul langage que le gouvernement nigérian comprenne".