KINSHASA, 17 oct (IPS) – Le président congolais Joseph Kabila a quitté Kinshasa samedi, 16 octobre pour Kisangani, province Orientale, début d'une tournée qui le conduira également à Kindu, province du Maniema, et à Bukavu, dans le Sud-Kivu.
Selon des observateurs à Kinshasa, la capitale congolaise, cette tournée n'est pas sans risques quand on considère que cette partie orientale de la République démocratique du Congo (RDC) est le fief de l'ex-rébellion du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie), que certains soupçonnent d'être associée à l'assassinat de son père, l'ancien président Laurent Désiré Kabila. Pour des raisons de sécurité, toute information sur ce déplacement a été gardée secrète pour la presse. En fait, un secret qui n'en est pas un dans la mesure où il a été annoncé qu'un Conseil des ministres se tiendrait ce week-end à Kisangani. Dans la ville elle-même, il règne une certaine fièvre depuis près d'un mois, en rapport avec la visite présidentielle. ‘'Nous vivons une sorte de ‘remake' du déclenchement de la rébellion avec, partout, des patrouilles militaires, de jour comme de nuit", explique à IPS par téléphone, Michel Bundro, un journaliste sur place, à Kisangani. ‘'Les militaires et policiers de Kisangani ont été désarmés et cantonnés dans des casernes, en dehors de la ville et remplacés par ceux du GSSP (Groupe spécial de la sécurité présidentielle) en provenance de Kinshasa". Le seul aspect positif de ce séjour présidentiel, ajoute le contact de IPS, est que la ville est devenue plus propre, les édifices publics ayant été repeints.
Pour certains analystes, la tournée du président Kabila dans le fief du RCD est à la fois un ‘'symbole et un test". Un symbole, parce qu'elle inaugure une ère politique nouvelle pour cette contrée longtemps coupée du reste de la République. Kabila et tout le gouvernement congolais voudraient asseoir l'autorité de l'Etat sur tout le pays et confirmer la réunification du territoire national. Pour Kabila, cette tournée constitue également un test de popularité sur cette population qui ne l'a jamais vu ni entendu, soulignent les analystes. En effet, la radio et la télévision nationales n'arrivent plus à couvrir toute l'étendue du territoire. Les observateurs rappellent que la dernière fois que Joseph Kabila est passé par la ville de Kisangani, remonte à 1997, quand, sous l'ombre de son père président, il dirigeait les troupes de l'AFDL (Armée des forces démocratiques de libération) contre celles du maréchal Mobutu. Aujourd'hui, la donne a changé.
Il y a eu la guerre d'août 1998 et l'occupation de la province Orientale par les troupes du RCD. En outre, les troupes rwandaises et ougandaises, toutes occupant, à l'époque, une partie de l'est de la RDC, se sont affrontées par deux fois, en 2000, dans la ville de Kisangani, causant de graves traumatismes sur la population. Selon des analystes, Joseph Kabila, président de la RDC, vient en fait en ‘'redresseur de torts". Ce qui lui a valu le bain de foule qu'il a pris en arrivant à Kisangani samedi.
‘'Pour nous, le président Kabila vient nous libérer de l'occupation des Rwandais", affirme Elie Mangaza, une commerçante de Kisangani, en séjour d'affaires à Kinshasa. ‘'Son arrivée à Kisangani nous confirme que réellement, la guerre est terminée et que le pays est réellement réunifié", ajoute-t-elle.
En principe, un Conseil de ministres est prévu pour se réunir ce week-end à Kisangani. Ce serait notamment l'occasion de débattre des difficultés économiques de la province Orientale, et de la ville de Kisangani en particulier. Pour l'abbé Bwanga Malekani, directeur de Radio Amani (une radio catholique à Kisangani), la population de Kisangani attend du gouvernement le retour du trafic commercial régulier du fleuve Congo, d'une part, et de l'autre, la réhabilitation de toutes les routes de la province dont l'état de délabrement avancé a rendu la ville complètement enclavée et totalement dépendante de Kinshasa pour son approvisionnement en produits alimentaires.
‘'Kisangani n'a jamais autant mérité son nom (île, en swahili), tellement elle est coupée du monde extérieur. Aucune des routes, qui la relient à l'intérieur de la province, ne fonctionne. Nous n'arrivons ni à importer ni à exporter", explique l'abbé Malekani.
La ville de Kisangani vit, pour son alimentation, du poisson et de la viande bovine du district de l'Ituri tandis que les produits maraîchers viennent de la province du Nord-Kivu, plus au sud-est. Les deux points d'approvisionnement sont éloignés d'un bon millier de kilomètres. Un vaste programme de réhabilitation des routes prioritaires est en cours dans tout le pays, avec l'assistance de la Banque mondiale. Pour la province Orientale, c'est un consortium chinois qui a gagné le marché. Le vendredi, 15 octobre, ce consortium a signé, avec le gouvernement congolais, un contrat de réhabilitation d'une grande partie de la route entre les villes de Nia-Nia, en province Orientale et Beni, dans celle du Nord-Kivu, pour un montant total de 29 millions de dollars.

