POLITIQUE-ZIMBABWE: Martyrisé et meurtri, le principal parti d'oppositionfait le point

BULAWAYO, 15 sep (IPS) – Le principal parti d'opposition du Zimbabwe, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a célébré son 5ème anniversaire durant le week-end. Toutefois, les cérémonies commémorant l'événement ont été assombries par le point d'interrogation sur la participation du parti aux élections législatives de l'année prochaine.

Dans son message d'anniversaire, le président du MDC Morgan Tsvangirai a déclaré que le parti avait porté un coup "au mythe d'invincibilité qu'on était arrivé à associer au (président) Robert Mugabe".

"Nous devons faire savoir au public que notre principale victoire au cours des cinq dernières années a été de bâtir une force qui a changé le paysage politique du Zimbabwe et marqué le début d'une ère de politique multipartite active dans le pays", a-t-il souligné.

En 2000, le MDC – alors âgé de neuf mois – est devenu le premier groupe d'opposition à défier l'autorité serrée du parti au pouvoir – la ZANU-PF, en remportant 57 des 120 sièges au parlement.

Puisque 30 députés sont nommés par le président, le MDC aurait eu besoin de 76 sièges pour obtenir le contrôle du parlement – une institution qui a été dominée par la ZANU-PF depuis l'indépendance du Zimbabwe vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1980.

Depuis lors, le MDC a perdu six de ses sièges dans des élections partielles marquées par l'intimidation politique qui est venue caractériser la vie au Zimbabwe au cours des cinq dernières années – et qui est en grande partie dirigée contre l'opposition.

Le mois dernier, l'Union parlementaire internationale basée à Genève a déclaré que le gouvernement n'avait pas fait grand-chose pour empêcher les milices de jeunes, liées au parti au pouvoir, de poursuivre et de torturer les députés du MDC.

A seulement six mois des élections de 2005, les tribunaux du Zimbabwe doivent encore statuer sur des appels concernant 25 des 37 sièges qui ont, selon le parti, été illégalement gagnés par la ZANU-PF en 2000, à cause de la violence et de l'intimidation des supporteurs du parti au pouvoir. Des 12 sièges sur lesquels la cour a déjà statué, elle a décidé en faveur du MDC pour sept appels – rendant une fin de non-recevoir pour les cinq autres.

L'opposition s'est également retrouvée au tribunal pour des accusations de trahison portées contre Tsvangirai, qui attend un verdict sur des accusations de complot pour assassiner Mugabe. S'il est reconnu coupable, le leader du MDC sera passible de la peine de mort.

En partie à cause de l'intimidation, le parti – un produit du mouvement syndical – a posé une série de conditions pour sa participation aux élections de 2005. On espère que ces conditions corrigeront un processus électoral qui est biaisé en faveur du parti au pouvoir.

"Nous nous préparons pour des élections… Ce que nous avons fait, c'est de suspendre notre participation, mais nous n'avons pas boycotté le scrutin", a indiqué Tsvangirai ce week-end, dans une allocution devant une foule dans la ville méridionale de Bulawayo.

En plus d'opérer dans un environnement violent, l'opposition voit ses activités limitées par la Loi sur l'ordre public et la sécurité – qui exige que la police approuve toutes les réunions de nature politique.

Aux termes de la tristement célèbre Loi sur l'information et la protection de la vie privée, le seul quotidien privé du Zimbabwe – le Daily News – a été fermé. Cela a créé une situation où les moyens de perception du MDC par le public, sont globalement aux mains de la presse d'Etat – qui peint typiquement le parti sous un aspect négatif.

Le MDC dit qu'il ne prendra pas part au scrutin de 2005 si le gouvernement ne réforme pas le système électoral du Zimbabwe par rapport aux principes convenus par la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), à un sommet tenu en Ile Maurice, du 16 au 17 août.

Ces principes stipulent, entre autres, que les 13 Etats membres de la SADC doivent permettre aux partis d'opposition de faire campagne librement. Ils exigent également que les pays dans la région mettent en place des institutions électorales impartiales.

"La SADC doit amener Mugabe à honorer son engagement, et à le faire assez rapidement pour obtenir notre participation aux élections", a déclaré Tsvangirai dans son discours d'anniversaire. Il a qualifié de superficielle l'annonce faite par Harare, la semaine dernière, de créer une commission électorale indépendante pour superviser les élections.

Le MDC dit que sa participation au scrutin dépendra également du fait qu'on lui accorde ou non un accès libre aux médias – et de la mise en place ou non d'un processus d'inscription transparent des électeurs. Avec certains analystes exprimant déjà des doutes sur la satisfaction ou non de ces exigences par la ZANU-PF, les déclarations du MDC sont toutefois perçues par plusieurs comme un signe que le parti boycottera les élections de 2005. Ceci a littéralement divisé l'opinion publique en deux.

Certains pensent que la décision était inopportune, venant à un moment où la SADC semblait faire une entorse à la tradition en mettant la pression sur le gouvernement du Zimbabwe afin qu'il réforme ses méthodes.

Selon leurs dires, le MDC aurait dû "se faire une idée de la situation" d'abord pour prendre la mesure des réformes dûment proposées par les autorités – au nombre desquelles figurent également une promesse de fournir des urnes transparentes, de réduire le nombre de jours de vote de deux à un, et d'autoriser le décompte des bulletins dans les bureaux de vote.

D'autres comme Lovemore Madhuku, président de l'Assemblée nationale constitutionnelle (NCA), estime que ça fait longtemps qu'on aurait dû décréter ce "boycott". (La NCA regroupe des organisations civiques qui font pression pour l'adoption d'une nouvelle constitution au Zimbabwe).

Madhuku, dont les bureaux ont été saccagés par la police au début de ce mois, qualifie la décision du MDC de suspendre sa participation "de décision sage" – et de presque inévitable, étant donné l'évolution des luttes démocratiques ailleurs : "Tous les peuples dans le monde, qui ont lutté pour une véritable ouverture de l'espace démocratique, n'avaient pas eu le privilège que le MDC avait eu – participer au système, tout en luttant d'autre part pour le changer".

En plus des élections législatives contestées de 2000 et l'élection présidentielle de 2002, les cinq dernières années au Zimbabwe ont connu la promulgation d'un programme de réforme agraire controversé qui a commencé avec les occupations de fermes par des vétérans de la guerre et des militants du parti au pouvoir. La plupart des fermes concernées appartenaient aux Blancs minoritaires – un héritage du pouvoir colonial au Zimbabwe qui s'est révélé hostile au changement pendant les deux décennies après l'indépendance.

Les saisies de terre ont précipité une crise économique dans le pays, qui a vu son économie régresser d'environ sept pour cent par an. L'inflation est montée à 400 pour cent.

Certains ont accusé le MDC de ne pas apporter un leadership puissant contre ce climat de crise politique et économique. Parmi eux, figure l'archevêque de Bulawayo, Pius Ncube, qui affirme que le parti "s'assied" et ne fait rien pour exploiter la colère du public.

Brian Raftopoulos, un professeur de l'Institut zimbabwéen d'études sur le développement, indique que le MDC a besoin de réfléchir sérieusement sur l'état de ses structures organisationnelles et les problèmes de responsabilité interne.

Mais, "Il doit notamment livrer un message d'espoir à ses partisans actuels et potentiels, et fournir un programme d'action qui verra au-delà des élections de 2005".