TRAVAIL-NIGERIA: Un projet de loi modifié sur le syndicalisme préoccupetoujours

LAGOS, 14 sep (IPS) – La controverse sur un projet de loi destiné à amender la législation sur le syndicalisme au Nigeria a encore refait surface la semaine dernière, lorsqu'une version modifiée de la disposition a été votée par le sénat du pays. La Chambre des représentants doit encore mettre au vote le projet de loi, qui peut également être rejeté par un veto du président Olusegun Obasanjo. Alors qu'il présentait une déclaration de principe sur la disposition au sénat il y a une quinzaine de jours, le ministre de l'Emploi, du Travail et de la Productivité, Hassan Muhammed Lawal, a dit que cela avait pour but de "promouvoir la démocratisation de l'emploi, et de la renforcer davantage". Mais, cette déclaration a été accueillie avec mépris par le Nigerian Labour Congress (Congrès nigérian du travail, NLC), la seule confédération syndicale du pays, créée en 1978. Le congrès voit la disposition comme une tentative à peine voilée de le faire taire, suite à l'opposition véhémente du NLC au gouvernement sur des questions comme l'augmentation des prix du pétrole.

Certains voient le congrès comme ayant pris la relève d'une opposition affaiblie depuis que le Nigeria est retourné à un pouvoir civil en 1999.

Ce point a été reconnu par Lawal : "Le NLC s'est aventuré dans l'arène politique et s'est installé lui-même comme le parti de l'opposition non officielle dans le processus démocratique. Il ne voit jamais quelque chose de bon dans des décisions bien-intentionnées du gouvernement".

Ce qui préoccupe particulièrement le congrès est le fait que conformément au projet de loi, il cessera d'être la seule confédération syndicale.

Le responsable du NLC Ismail Bello a indiqué à IPS qu'une disposition du projet qui rend difficile la collecte des cotisations aux syndicats privera également les organisations syndicales de ressources financières.

"Lorsque vous avez vos propres ressources, vous pourrez affirmer votre propre indépendance en tant qu'organisation", remarque-t-il, ajoutant : "Le gouvernement veut…des syndicats faibles qui ne pourront pas se lever et mobiliser la population lorsqu'il y a des politiques (pouvant être considérées) impopulaires".

En outre, l'avant-projet original de la loi cherchait à interdire les grèves. Toutefois, le sénat a apparemment limité cette interdiction aux Nigérians qui travaillent dans des services essentiels. Le NLC a organisé trois grèves au cours de l'année dernière pour protester contre les augmentations du prix du pétrole causées par la suppression des subventions.

"Si ce n'est pas grâce à l'action du Congrès nigérian du travail, je veux vous assurer que le prix du pétrole aurait été supérieur à ce qu'il est actuellement", a indiqué, à IPS, Micheal Olukoya, président de la section NLC de l'Etat de Lagos.

Il a ajouté que si le projet de loi était voté par la Chambre des représentants, "Les gens vont simplement se lever et faire leurs lois parce que la peur qu'on s'oppose à eux n'existe plus. Nous deviendrons une nation conquise dans notre pays et cela signifiera que ceux qui sont morts en combattant pour la démocratie seraient morts pour rien".

Le spécialiste du travail Bunmi Malomo a dit à IPS qu'une interdiction de l'installation des piquets de grève (grévistes veillant sur place à l'exécution des mots d'ordre de grève), contenue dans le nouveau projet de loi, portait également préjudice aux travailleurs.

Conformément à cette disposition, ceux qui le font seront maintenant passibles d'un emprisonnement de six mois. Ces dernières années, les travailleurs luttent contre une tendance croissante des entreprises à employer de la main-d'œuvre informelle, en mettant des piquets de grève aux portes des sociétés qui faisaient ce genre de pratique.

"La conséquence de l'interdiction pour les travailleurs de mettre des piquets de grève est que ces travailleurs vont perdre davantage leurs droits aux mains des employeurs qui veulent les exploiter", a indiqué Malomo.

En fait, il semble que seuls de hauts cadres et des gens de la même catégorie ont des raisons de se réjouir du projet de loi sur le syndicalisme.

Auparavant, ces employés n'avaient pas le droit de former une fédération qui inclurait tous les syndicats qui défendaient leurs droits.

"Cela affectait nos droits", a dit à IPS, Lumuba Okugbawa de l'Association des cadres du secteur pétrolier, ajoutant : "Et nous pensons qu'on devrait nous accorder cette liberté d'association à ce niveau élevé de protection".

Toutefois, les hauts cadres sont maintenant libres de former une grande confédération syndicale.

Le projet de loi a fait des progrès constants à la Chambre des représentants, et devrait être voté dans les prochains jours. Après cela, il sera envoyé au président pour être promulgué.

On ne sait pas cependant si le texte amendé aura l'assentiment du chef de l'Etat, puisque le projet de loi qu'il a initialement soumis au sénat contenait des dispositions plus sévères que celles de la version votée.. Le sénat a voté la loi le jeudi, 9 septembre.

Bello croit que si le gouvernement avait vraiment à cœur les intérêts des travailleurs, il prendrait en compte le réexamen des autres aspects de la législation du travail du Nigeria qui ont un effet plus immédiat sur les employés.

"Le projet de loi sur la réforme de la législation du travail touchait justement à la Loi sur le syndicalisme, qui est liée à la manière dont les syndicats s'organisent", constate-t-il. "Pourquoi n'est-il pas intéressé par les droits et la sécurité des travailleurs? Pourquoi ne s'intéresse-t-il pas à la Loi sur les entreprises? Pourquoi n'est-il pas intéressé par le Code du travail?".