FREETOWN, 10 sep (IPS) – C'est un autre cas de ressources naturelles qui se révèle avoir du bon et du mauvais.
Alors que le gouvernement de la Sierra Leone accepte avec gratitude les revenus générés par l'industrie nationale de la pêche, la pêche illégale au chalut pratiquée par des navires étrangers constitue actuellement un motif de préoccupation.
"Nous avons pu générer près de quatre milliards de leones (environ 1,6 million de dollars) pour cette année seule contre environ deux milliards de leones (un peu plus de 800.000 dollars) en 2002. Ceci est remarquable, et aiderait à consolider notre économie éprouvée", déclare Okere Adams, ministre des Pêches et des Ressources halieutiques. Les profits proviennent en partie des autorisations de pêche et des redevances.
Pendant la majeure partie des années 1990, la Sierra Leone a été en proie à une guerre civile largement menée pour le contrôle des riches gisements diamantifères du pays. Alors que la fin de la guerre a été déclarée en janvier 2002, des années de conflit ont laissé l'économie en lambeaux.
"En plus d'être riche en espèces (poissons vivant au fond de la mer ou presque) et en espèces pélagiques (poissons vivant à diverses profondeurs), ce pays abrite des variétés de crustacés comme les crevettes et les homards", a dit à IPS, Adams. "Nous avons à l'heure actuelle plusieurs flottes de pêche industrielle qui viennent ici en masse pour obtenir des autorisations".
La catégorie des poissons de fond de mer inclut les lutjanidés, et les thons pélagiques et les harengs. La Sierra Leone enregistre une production de crevettes plus élevée que plusieurs autres Etats dans la région : une production estimée à 200.000 tonnes métriques par an.
L'analyste des pêches Mohammed Sesay ajoute que la pieuvre et le calamar de la Sierra Leone sont également recherchés. "Ce sont des produits très prisés sur le marché international", a-t-il indiqué dans un entretien avec IPS.
Durant les années 1980 et au début des années 1990, des chalutiers russes figuraient pour une large part au nombre des bateaux étrangers qui pêchaient dans les eaux sierra léonaises. Toutefois, la chute de l'Union soviétique a conduit à une diminution du nombre de bateaux russes venant pêcher en Sierra Leone, ce qui a conduit à une baisse des revenus de la pêche – notamment des prises pélagiques.
"Les statistiques sur la production de poissons ont considérablement baissé parce que ces ressources n'étaient pas ciblées après le départ des Soviétiques. A l'heure actuelle, nous comptons principalement sur les ressources des eaux profondes", fait remarquer Sesay.
Toutefois, l'Europe lorgne les populations de thons de la Sierra Leone. La France a maintenant 11 bateaux autorisés à pêcher dans les eaux de ce pays ouest-africain – et l'Espagne en a huit. La Grèce a également montré de l'intérêt pour ce secteur – ce qui reflète le degré auquel les eaux européennes sont dangereusement surexploitées.
De la même façon, des pays asiatiques sont en train de faire valoir leurs droits. Avec un total de 25 bateaux, la Chine a actuellement la plus grande flotte commerciale qui pêche en Sierra Leone, tandis que des sociétés sud- coréennes y ont envoyé 12 bateaux. Ces bateaux pêchent au chalut des crevettes, des huîtres et des homards.
Mais, la manne de la pêche sierra leonaise a amené avec elle un tas de problèmes.
Les autorités se battent pour faire face à la pêche illégale et la sur-pêche par des bateaux étrangers, puisque le pays manque de bateaux et de personnel pour effectuer des patrouilles en mer. La pêche illégale a principalement lieu tout juste dans les limites extérieures des eaux désignées comme étant exclusivement sierra léonaises.
A l'heure actuelle, la marine possède un seul bateau – l'Alimami Rassin – qui est souvent utilisé pour conduire des opérations de surveillance ciblant des chalutiers étrangers. Toutefois, le Rassin n'est pas équipé pour voyager dans des eaux de plus de 50 mètres de profondeur. "Ce dont nous avons besoin, c'est un navire plus solide et plus équipé pour couvrir toute la zone de nos eaux territoriales", indique Adams.
Pour décourager la pêche illégale, le gouvernement impose des taxes allant jusqu'à 200.000 dollars aux bateaux de pêche qui opèrent illégalement dans les eaux sierra-léonaises. Aussi bien les navires que leurs prises peuvent également être confisqués, et les capitaines des chalutiers emprisonnés.
A ce jour, ces mesures n'ont eu qu'un succès limité. Des membres d'équipage donneraient des pots-de-vin aux autorités lorsqu'ils sont appréhendés en mer, une affirmation que les responsables du ministère de la Pêche refusent de commenter.
Les autorités se sont également tournées vers une commission sous-régionale de pêche comprenant sept pays, au nombre desquels la Guinée, la Mauritanie et le Sénégal, en vue de réduire les prises illégales. Ces pays mènent des opérations conjointes de surveillance à travers un centre de coordination basé dans la capitale gambienne, Banjul – un projet financé en partie par l'Union européenne.
La commission tente également d'améliorer la gestion de la pêche régionale par la création des canaux pouvant permettre l'échange d'informations au sein des Etats membres, et par l'organisation d'ateliers et d'initiatives de recherche. Elle encourage en outre des méthodes de pêche responsables.
Adams a indiqué, en outre, que les Etats-Unis ont promis d'aider la marine sierra léonaise dans ses efforts de surveillance en fournissant un patrouilleur supplémentaire en 2005. Mais, ce ne sont pas seulement les pêches en mer qui font l'objet de l'attention des responsables à Freetown. Le gouvernement essaie également de créer des centres de pisciculture à terre, en vue d'assurer une production durable du secteur de la pêche.
Une délégation vietnamienne conduite par le vice-directeur des pêches d'Hanoi, Huk Dien, a visité récemment la Sierra Leone pour discuter de la coopération dans le domaine de la pêche. Les autorités vietnamiennes ont promis d'aider le pays dans la formation du personnel chargé des pêches – et dans la création des centres de pisciculture en eau douce.

