DEVELOPPEMENT: Le Malawiréintroduit la subvention des engrais pour augmenterla production

BLANTYRE, 9 sep (IPS) – La subvention des engrais, supprimée graduellement en 1996 sur l'avis du Fonds monétaire international (FMI), devrait revenir au Malawi pour améliorer la production alimentaire et lutter contre la famine continuelle. La subvention devrait engloutir près de 23 millions de dollars du budget du gouvernement, d'un montant d'environ 800 millions de dollars, selon l'avant-projet de budget 2004-2005. La semaine dernière, le président Bingu wa Mutharika, présentant le discours sur le budget au parlement, a indiqué que 50.000 tonnes métriques d'engrais seront distribuées à 2 millions de ménages pauvres ciblés en échange de quittances. "Ce sont des gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et n'ont pas les moyens d'acheter de l'engrais", a-t-il déclaré. Selon Mutharika, la subvention serait introduite comme une extension du Programme ciblé d'intrants (TIP), un projet de réseau de protection précédemment financé par la Grande-Bretagne, qui a octroyé des sacs de semences et d'engrais aux ménages pauvres. Les donateurs, au nombre desquels le FMI et la Banque mondiale, étaient derrière la suppression graduelle des subventions en Afrique subsaharienne, y compris le Malawi, entre 1980 et la fin des années 1990.

Ils avaient jugé les subventions peu rentables et destructrices pour les économies pauvres.

Mais selon des commentateurs économiques au Malawi, les subventions se sont révélées peu rentables parce qu'elles n'étaient pas ciblées, et étaient octroyées à tout le monde.

"Ceci signifie que le coût des subventions fluctuait puisque le nombre des bénéficiaires n'était pas constant. Si plus de personnes plantaient du maïs au cours d'une année donnée, la facture du gouvernement montait en flèche et ceci se révélait insupportable, en plus de l'abus des agents peu scrupuleux", a dit à IPS, Kondwani Mlilima, le chef des Services économiques et du risque de la Stanbik Bank (Malawi).

Le gouvernement semble avoir retenu sa leçon.

Le ministre des Finances Goodall Gondwe a indiqué à IPS que le gouvernement aimerait tester la subvention pour voir si elle se révèlerait efficace.

Gondwe, un ancien patron de la région Afrique au FMI, a dit que s'il réussissait, le projet pourrait donner des leçons aussi bien aux donateurs qu'au gouvernement sur ce qui avait pu mal tourner avec les premiers programmes de subvention.

"Nous verrons si cela marchera pour nous et si ça marche, nous pensons que cela aidera à améliorer les résultats et à donner raison ailleurs", a-t-il déclaré.

Gondwe a ajouté que le gouvernement avait convaincu le FMI et la Banque mondiale de lui donner une chance.

"Ils (FMI) aimeraient nous accorder le bénéfice du doute. Nous avons eu des séances de travail avec eux aussi bien (au Malawi) qu'à Washington", a-t-il dit.

Selon une étude publiée en août par le Centre international de développement des engrais (CIDE), une institution mondiale surveillant la fertilité du sol et les questions de développement agricole, le prix de l'engrais acheté par les agriculteurs malawites a plus que doublé depuis 1998 à cause de la dévaluation du Kwacha (la monnaie locale) et des prix en hausse sur le marché international.

LE CIDE cite le prix d'un sac de 50 kilogrammes qui est passé de 6,8 dollars en 1998 à 16,75 dollars en 2003, à cause de la dévaluation du Kwacha du Malawi.

En 1998, un dollar équivalait à 44 K; actuellement, il est à 109 K.

Selon le centre, le marché international des engrais connaît cette année quelques-uns des prix les plus élevés jamais enregistrés depuis la crise pétrolière de 1974, sans une quelconque fin réelle en vue à la tendance croissante.

"De juin 2001 à avril 2004, les prix de l'urée du Golfe Persique, le principal point d'approvisionnement pour le Malawi, ont régulièrement augmenté de 50 pour cent. Certains analystes insinuent que les prix en 2005 seront supérieurs à ceux que nous connaissons actuellement", indique le CIDE.

Gondwe a fait remarquer que les gouvernements du Malawi, du Ghana et des 13 nations de la région d'Afrique australe ont été contraints par le FMI et la Banque mondiale de retirer les subventions d'intrants en partant du principe que leurs économies pauvres ne pouvaient pas les supporter. La suppression des subventions est intervenue comme une condition nécessaire à l'aide, a-t-il ajouté.

Un rapport sur l'empressement du Malawi à adopter le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), un plan destiné à sortir l'Afrique de la pauvreté, a montré, le mois dernier, que l'insécurité alimentaire était un problème continuel dans le pays.

Le rapport du 15 août, préparé par l'Institut sud-africain des affaires internationales (SIIA), basé à Johannesburg, souligne que pendant cinq des huit dernières années, on a vu le Malawi aux prises avec des déficits dans la production vivrière, avec des déficits alimentaires nets de 56.849 tonnes métriques et 546.962 enregistrés en 2001 et 2002.

Les agences d'aide estiment qu'entre 2001 et 2002, lorsqu'une importante vague de pénuries alimentaires a soufflé à travers des parties de l'Afrique australe, trois millions de personnes ont été affectées au Malawi et que des centaines sont mortes de malnutrition dans certaines régions du pays.

Entre 2004 et 2005, un million de Malawites auront besoin d'aide alimentaire, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Entre 56.600 et 83.000 tonnes métriques de vivres seront nécessaires avant la prochaine récolte en mars 2004, selon le NEPAD.

Le Zimbabwe, le Swaziland, le Lesotho, l'Angola et le Mozambique connaîtront des pénuries alimentaires similaires, selon des agences humanitaires.

La plupart des parties prenantes voient la réintroduction de la subvention comme la seule bonne voie pour combattre l'insécurité alimentaire au Malawi.

"Du point de vue de la sécurité alimentaire, nous croyons que le gouvernement est sur la bonne voie avec l'introduction de cette subvention", a dit à IPS, Nellie Nyang'wa, directrice nationale de projet à Oxfam (Malawi). Elle a exhorté le gouvernement à mettre en place des mesures pour s'assurer que le projet est viable, puisqu'il se pourrait que des incohérences nuisent à la fertilité du sol.

Perks Ligoya, secrétaire à la communication de l'Association économique du Malawi (Ecama) a affirmé : "On doit amener les bénéficiaires à comprendre que la subvention est quelque chose qui vise à les aider à passer d'un niveau à un autre". D'autres ont demandé au gouvernement d'améliorer les systèmes d'irrigation.

"Le gouvernement doit se concentrer sur l'irrigation parce que nous ne pouvons pas être sûrs des pluies. De lui-même, l'engrais ne peut rien faire sans les pluies", a souligné Charles Undulu, de l'Union européenne (UE), qui assiste le gouvernement dans le domaine de la sécurité alimentaire.

Jusqu'ici, les prix de l'aliment de base, le maïs, ont été en hausse dans bon nombre de parties du pays depuis juillet, avec des commerçants privés, qui importent le produit de Mozambique, tirant profit de la pénurie.

Des sondages faits au hasard par IPS indiquent que le prix d'un sac de 50 kilos de maïs est passé de huit dollars à 9,5 dollars.

Selon des économistes, la baisse des stocks de vivres va provoquer l'inflation, actuellement de 11,4 pour cent.

"Les prix des vivres devraient augmenter fortement dans les prochains mois puisque les stocks de vivres devraient connaître une diminution rapide, par rapport aux niveaux déjà bas", indique une étude de marché sur le Malawi, publiée par le Standard Bank Group à Johannesburg le 31 août.

Le gouvernement croit que plus tôt, la croissance économique prendra, mieux ce sera pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté.

"En gardant à l'esprit l'impact que les pénuries alimentaires et la pauvreté ont sur l'inflation, nous devons rapidement nous attaquer à l'économie pour inverser la situation. C'est un problème multidimensionnel, et introduire la subvention est simplement l'une des approches pour essayer d'améliorer les choses", a déclaré Patrick Kabambe, secrétaire principal au département de la Réduction de la pauvreté au cabinet du président. (* Cet article diffusé le 8 sep vers 12 H GMT, contenait une erreur sur les statistiques indiquées dans le 2ème paragraphe. Lire : montant de la subvention, près de 23 millions de dollars et non 272 millions de dollars; et montant du budget du gouvernement, environ 800 millions de dollars et non 9,48 milliards de dollars).