POLITIQUE: Le Darfour éclipse le processus de paix auSud-Soudan

NAIROBI, 6 sep (IPS) – La crise du Darfour, la région occidentale du Soudan, a éclipsé le processus de paix dans le sud du pays, où plus de 2 millions de personnes ont été tuées depuis 1983.

"Le Darfour fait actuellement l'objet de beaucoup d'attention et c'est tout comme si le processus de paix (dans le sud) a été oublié", a déclaré dans une interview à IPS, la semaine dernière, Samson Kwaje, porte-parole du mouvement rebelle, l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), qui combat les forces gouvernementales dans le sud.

"Le Darfour a éclipsé le processus de paix en cours (dans le sud)", a-t-il affirmé, ajoutant : "Le processus de paix (dans le sud) est également important et les deux devraient recevoir un traitement égal. Ils devraient aller de pair".

Les pourparlers visant à mettre fin au conflit de 21 ans, entre le sud noir chrétien et le nord arabe musulman, ont démarré au Kenya voisin en 2002, sous les auspices de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), comptant sept membres. L'IGAD comprend le Kenya, l'Ouganda, le Soudan, la Somalie, l'Ethiopie, l'Erythrée et Djibouti.

Durant les premières phases des pourparlers, il y a eu beaucoup d'optimisme puisque les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Italie et la Norvège avaient fait pression sur les belligérants dans le but de les amener à un règlement pacifique. Six protocoles, au nombre desquels le protocole sur le partage des richesses, le partage du pouvoir et l'arrangement sécuritaire ont été signés par les deux parties. Ce qui a été laissé en réserve était la discussion sur les détails de la mise en œuvre de l'accord et de la compilation des six protocoles en un seul document.

Mais les discussions ont été ajournées le 28 juillet sans un accord sur un cessez-le-feu permanent.

Le négociateur kényan, Lazaro Sumbeiywo, l'envoyé spécial de l'IGAD aux pourparlers, a indiqué à IPS : "La situation est toujours calme. Et, jusqu'à présent, le gouvernement attend une décision du Conseil de sécurité des Nations Unies, avant de pouvoir poursuivre les négociations de paix".

Le Conseil de sécurité de l'ONU a donné un délai de 30 jours au gouvernement kényan pour maîtriser les milices arabes maraudeuses, connues sous le nom de Janjaweed (ou cavaliers), terrorisant la région du Darfour, sous peine de sanctions. Le délai a expiré le 30 août et l'envoyé spécial de l'ONU, Jan Pronk, a briefé le Conseil de sécurité de l'ONU, fort de 15 membres, le 2 septembre.

Bien qu'il attende impatiemment des nouvelles du siège de l'ONU à New York, le gouvernement du président Omar el Béchir dit qu'il s'est conformé à la plupart des exigences de l'ONU.

"Le gouvernement est en train de démilitariser la milice embarrassante. Il a, jusqu'ici, déployé 7.000 hommes dans la zone. En outre, il a mis en place un tribunal pour juger les milices qui ont été accusées de violations des droits de l'Homme en cet endroit", a indiqué, dans un entretien avec IPS, Neimat Bilal, porte-parole de l'ambassade soudanaise au Kenya, le 1er septembre.

"Ceci montre qu'il y a des progrès et des efforts accomplis par le gouvernement pour ramener la paix au Darfour", a-t-elle ajouté.

Le conflit au Darfour a commencé il y a 18 mois lorsque des factions rebelles noires, l'Armée de libération du Soudan (SLA) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), ont pris les armes pour exiger l'autonomie.

Le régime de Khartoum, dominé par des Arabes, a répondu en lâchant les Janjaweed contre les rebelles.

Depuis lors, les Janjaweed ont été accusés de vastes tueries, de viols, d'enlèvements, de mise à feu de villages et de cultures, ainsi que de pillage du bétail des musulmans noirs dans le Darfour.

Selon des agences humanitaires, près de 50.000 personnes sont mortes dans le conflit, tandis que plus de 1,4 million ont été déplacées à l'intérieur du pays. Environ 170.000 d'entre elles se sont réfugiées au Tchad voisin par crainte d'être attaquées par les Janjaweed.

Le président de l'Union africaine (UA), le chef de l'Etat nigérian Olusegun Obasanjo, a écrit au président soudanais el Béchir lui demandant de mettre fin à toutes les attaques des forces gouvernementales et des Janjaweed contre les civils pour éviter de mettre en péril les pourparlers de paix actuellement en cours dans la capitale du Nigeria, Abuja.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a dit mercredi (1er septembre) que le Soudan n'avait pas réussi à maîtriser les Janjaweed et qu'une importante force internationale était nécessaire au Darfour dès que possible.

Dans son briefing mensuel, John Ashworth de 'Sudan Focal Point', une agence de l'église catholique, basée en Afrique du Sud, a souligné : "Le processus de paix du sud semble être complètement au point mort puisque l'attention internationale et locale se focalise sur le Darfour. Ce manque de progrès, en fait, une insuffisance de tout processus en vue d'aboutir à des progrès, est un motif de préoccupation".

Khalil Ibrahim, le président du JEM en exil, a dit aux journalistes récemment que le Darfour n'accepterait pas un accord de paix bilatéral entre Khartoum et les rebelles sudistes.

"Un tel accord ne ramènerait pas la paix au Soudan", a-t-il indiqué.

Récemment, le leader de la SPLA, John Garang, a exclu l'envoi de troupes pour combattre les rebelles du Darfour si les rebelles du sud signaient un accord de paix global avec Khartoum. Et, le mois dernier, Garang a offert de déployer 10.000 soldats de la SPLA au Darfour comme faisant partie d'une force de maintien de paix de l'UA.

Le Rwanda et le Nigeria ont envoyé chacun 150 hommes au Darfour. Mais Khartoum a refusé le déploiement d'une force de maintien de paix plus large, de 2.500 hommes, comme l'a demandé l'Union africaine.