LONDRES, 3 sep (IPS) – Ce n'est pas comme si les hommes avaient brillé par leur absence à 'Compte à rebours 2015 : Droits de la santé sexuelle et de la reproduction pour tous'; un assez grand nombre d'hommes ont bravé la réunion, même s'il doit être démoralisant d'entendre les défauts de leur genre aussi profondément disséqués.
La même chose ne pouvait toutefois pas être dite du degré de représentation des hommes dans des programmes de la santé sexuelle et de la reproduction.
'Compte à rebours 2015', qui s'est déroulé à Londres, avait pour but d'évaluer les progrès faits dans la réalisation des objectifs de la Conférence internationale sur la population et le développement, tenue au Caire en 1994. ('Compte à rebours 2015' a pris fin le jeudi 2 septembre).
Un plan d'action produit dans la capitale égyptienne stipulait : "Des changements dans les connaissances, les attitudes et le comportement aussi bien des hommes que des femmes sont des conditions nécessaires à la réalisation d'un partenariat harmonieux entre hommes et femmes".
"Des efforts spéciaux devraient être faits pour mettre l'accent sur la responsabilité partagée des hommes et encourager leur implication active dans une maternité responsable ainsi qu'un comportement sexuel et de la reproduction responsable", ajoutait-il.
Dix années plus tard, ces objectifs sont pour la plupart loin d'être atteints.
"Plus de choses ont été réalisées au cours de la dernière décennie que dans les 40 précédentes années pour engager les hommes dans la discussion, dans les questions et même dans le changement de comportement par rapport à la sexualité", a indiqué à IPS, Steven Sinding, directeur général de la Fédération internationale pour la planification familiale.
"Mais, je crois que nous sommes encore à la toute première phase de compréhension du mécanisme – et de ce qui fonctionne. Le Caire a donné la substance au terme 'participation des hommes' ou 'responsabilité des hommes', plusieurs gouvernements ont (toutefois) eu des difficultés à traduire le langage du Caire en programmes concrets".
Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi les femmes demeurent le principal centre d'intérêt de la politique de la santé sexuelle et de la reproduction.
Les initiatives de planning familial ont traditionnellement été incluses dans des programmes qui traitent de la santé de la mère et de l'enfant.
Dans un environnement où le financement en faveur de telles initiatives est souvent rare, on craint que l'introduction de programmes supplémentaires pour les hommes ne grève trop les ressources.
Certaines recherches ont indiqué que les hommes étaient plus ouverts aux discussions sur le planning familial que les croyances populaires ne le laissent croire. Mais, affirme Sinding, il est indéniable que les efforts pour étendre les programmes sanitaires aux hommes doivent également combattre les croyances fortement enracinées sur la sexualité masculine qui la lient à la conquête, à la domination et aux partenaires multiples.
"Vous savez, il n'y a pas très longtemps, les enfants des aristocrates, à travers l'Europe, étaient initiés aux relations sexuelles, soit par l'intermédiaire des domestiques, soit par leurs pères qui les emmenaient chez des prostituées", indique-t-il.
Et, des "modèles anti-macho" sont toujours rares sur le terrain, ajoute Sinding : "L'idée de l'homme responsable, affectueux, éducateur – l'homme monogame, l'homme qui se soucie de la famille et de la santé des femmes – n'a pas été idéalisée".
Tous ces facteurs conspirent pour maintenir beaucoup de choses liées au genre fermement dans le camp des femmes.
"Il faut que les hommes viennent à bord d'une façon beaucoup plus sérieuse", estime Gita Sen, une déléguée à la conférence et professeur à l'Institut indien de gestion basé à Bangalore. "La tendance qu'ils ont est de dire, 'Oh, le genre – c'est pour les filles et les femmes".
Toutefois, la pandémie du SIDA a donné à ce nouveau débat une nouvelle urgence. Dans le contexte du VIH, la promiscuité peut comporter en elle une condamnation à mort – non seulement pour les hommes qui ont des rapports sexuels avec des partenaires multiples, mais également pour leurs épouses et partenaires.
En fait, une multitude de facteurs biologiques rend les femmes plus vulnérables à l'infection du virus du SIDA que les hommes – quelque chose qui a vu accroître en Afrique, le continent le plus affecté par la pandémie, le ratio de femmes séropositives aux par rapport aux hommes.
Selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), les femmes représentent maintenant près de 60 pour cent des personnes âgées de 15 à 49 ans qui vivent avec le VIH (ce groupe d'âge comprend les gens les plus économiquement actifs dans la société). Dans le groupe d'âge de 15 à 24 ans, les femmes représentent 75 pour cent des personnes séropositives.
Face à de telles statistiques, les délégués à la réunion de Londres ont indiqué que les programmes de santé sexuelle et de la reproduction devraient se focaliser, autant que possible, sur la jeunesse.
"Je crois que, dans le cas des hommes qui ne sont pas de la première jeunesse, l'éducation et l'égalité de genre sont difficiles – et je pense que nous avons besoin d'innovation là, pour les amener à bord", a indiqué Sen à IPS. "Mais avec les jeunes, vous pouvez faire cela beaucoup plus, parce qu'ils ne sont pas totalement conservateurs. Je crois que vous devez commencer beaucoup plus tôt qu'à l'adolescence; vous devez commencer autour de 10, 11, 12 ans – c'est là où, je pense, les moments critiques doivent se trouver, en termes d'éducation des garçons", ajoute-t-elle.
Fred Sai, un conseiller du président ghanéen en matière de population, de santé de la reproduction et de VIH/SIDA, admet cela – affirmant que l'Association ghanéenne pour la planification familiale a déjà entrepris les premières démarches à cet égard.
"Son plus grand programme est dénommé 'Jeune et sage', et c'est cette question d'égalité et d'équité de genre qui est abordée à ce niveau", a-t-il dit à IPS. Sai présidait également la principale commission de la conférence du Caire, qui avait négocié le plan d'action issu de la réunion.
La question qu'on doit se poser, bien sûr, est jusqu'où de tels programmes peuvent être efficaces si le comportement des parents et d'autres membres de la famille sape les points de vue progressistes qui sont transmis dans des salles de classe et des groupes de jeunes.
Il y a beaucoup de recherches, souligne Sinding, qui montrent que les valeurs transmises à la maison sont souvent les plus puissantes dans le façonnement des attitudes sur une variété de questions. Mais, le pouvoir que l'école et les programmes de jeunes ont dans le changement des valeurs ne doit pas être sous-estimé.
"Je sais dans mon propre pays qu'un stimulant très important à la réduction du tabagisme était que les enfants reviennent de l'école et disent à leurs parents, 'le tabac est mauvais pour vous et pour nous", remarque-t-il.
Pour les gens d'un certain âge, ultra-conservateurs, l'expérience peut être le meilleur enseignant.
"Ce qui est convaincant, c'est lorsqu'un couple quitte la campagne pour s'installer en ville, et découvre que la seule manière dont ils peuvent améliorer leur bien-être est que la femme travaille", affirme Sinding.
"Des familles, des hommes réalisent que la seule façon dont ils peuvent survivre et prospérer est d'avoir peu d'enfants – parce que les enfants deviennent très chers en ville. Et, les femmes peuvent aller travailler si elles ne sont pas en train de porter constamment des grossesses ou de s'occuper des enfants".

