JOHANNESBURG, 26 août (IPS) – Une délégation sud-africaine de haut niveau est en Angola cette semaine pour y explorer des opportunités économiques, à la suite de la guerre civile dans ce pays.
La délégation, conduite par le vice-président Jacob Zuma, comprend également le ministre de la Défense, Mosiuoa Lekota; le ministre du Transport, Jeff Radebe; le ministre du Commerce et de l'Industrie, Mandisi Mpahlwa – et le vice-ministre des Mines et de l'Energie, Lulu Xingwana.
Au sein de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), forte de 13 membres, l'Angola est le quatrième plus grand partenaire commercial de l'Afrique du Sud – après le Zimbabwe, le Mozambique et la Zambie. Selon le département sud-africain du Commerce et de l'Industrie, les exportations vers l'Angola s'élevaient à 460 millions de dollars l'année dernière…
A un dîner officiel organisé dans la capitale angolaise, Luanda, lundi, Zuma a déclaré : "Nous considérons comme étant cruciaux l'intensification et le développement de la coopération économique entre nos deux pays".
"Nous sommes ravis de noter que beaucoup de progrès sont en train d'être faits pour conclure, dans un futur proche, des accords dans des domaines comme les mines et l'énergie, les transports, le tourisme, les sports et loisirs, la science et la technologie, l'urbanisme et la défense", a-t-il ajouté.
L'Angola est le deuxième plus grand producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne (après le Nigeria) : le pétrole représente 40 pour cent du produit intérieur brut du pays, et 80 pour cent des recettes de l'Etat, selon des statistiques officielles.
"L'Angola est l'un des plus grands producteurs de pétrole au monde…
L'Afrique du Sud a beaucoup d'expérience dans l'exploration pétrolière et l'exploitation minière. Elle peut aider l'Angola à développer ces domaines vitaux", a indiqué à IPS, Norman Mlambo de 'Africa Institute' d'Afrique du Sud, basé à Pretoria.
Toutefois, des allégations de corruption ont entaché le secteur pétrolier angolais.
Dans un rapport publié en janvier 2004, Human Rights Watch, basé à New York, a relevé que plus de quatre milliards de dollars de recettes pétrolières avaient disparu des comptes du gouvernement de 1997 à 2002..
Cette analyse était basée sur des chiffres du Fonds monétaire international.
Selon Human Rights Watch, le montant total des dépenses sociales dans le pays pour la même période s'élevait à 4,27 milliards de dollars.
"Ces dernières années, alors que les revenus pétroliers entraient à flots, le gouvernement angolais a refusé de fournir des informations sur l'utilisation des fonds publics à sa population, bafouant leur droit à l'information", souligne le rapport.
"Si le gouvernement avait justifié et géré convenablement les fonds disparus, il est probable que plus de fonds auraient été alloués à l'amélioration des droits économiques, sociaux et culturels, comme l'accroissement des dépenses destinées à l'éducation, la santé, et d'autres services sociaux", a-t-il ajouté.
L'Angola se remet d'une guerre civile de 30 ans qui a pris fin en 2002 après avoir fait beaucoup de victimes au sein des 13,1 millions de citoyens.
"L'espérance de vie moyenne (en Angola) est de 45 ans; 60 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté; à peu près la moitié (45 pour cent) des enfants angolais souffrent d'une malnutrition chronique; et à 250 pour 1.000 naissances vivantes, le taux de mortalité des moins de cinq ans est l'un des plus élevés au monde", indique un rapport sur l'Angola, publié récemment par l'Agence américaine pour le développement international (USAID).
"Sur près de huit millions d'Angolais qui sont pauvres, plus de quatre millions dépendent d'une certaine forme d'assistance humanitaire pour couvrir leurs besoins les plus fondamentaux", ajoute le rapport.
Le géant sud-africain du diamant De Beers aurait été sur le point de reprendre les opérations en Angola le mois dernier. Un désaccord avec la firme diamantifère publique du pays, Endiama, avait entraîné son départ d'Angola en 2001.
Comme avec le pétrole, les diamants se sont révélés être une bénédiction mitigée pour l'Angola. Les pierres étaient utilisées pour financer le mouvement rebelle de l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA) durant sa guerre de plusieurs décennies contre le gouvernement.
Un rapport publié au début de cette année par l'Institut pour les études sécuritaires (ISS) basé dans la capitale sud-africaine, Pretoria, a constaté que la gestion du secteur diamantifère angolais n'avait pas connu une amélioration sensible depuis la fin de la guerre civile.
"Comme avec Sonangol (la société pétrolière d'Etat), les transactions internes d'Endiama et ses affaires avec ses partenaires sont menées dans le plus grand secret; il n'existe aucune statistique claire disponible pour faciliter la comparaison entre les recettes d'Endiama et ses contributions au trésor", souligne l'étude de l'ISS.
Avec la guerre, l'Angola s'est retrouvé jonché de plus de cinq millions de mines terrestres, faisant de lui l'un des pays les plus fortement minés au monde. Des sociétés d'Afrique du Sud, du Zimbabwe et de Namibie devraient bénéficier du commerce lucratif mais risqué de déminage de l'Angola, afin que les réfugiés puissent retourner sur leurs terres et dans leurs villages.
Des firmes sud-africaines seraient également intéressées par des projets de reconstruction des infrastructures de l'Angola, détruites durant la guerre civile.
Alors que l'Angola a besoin d'investissement étranger, des analystes estiment que le pays a également la capacité d'apporter une contribution à la région – et au continent dans son ensemble. Selon Mlambo, l'expérience militaire de l'Angola pourrait se révéler utile dans des opérations de maintien de la paix partout en Afrique.
"L'Angola peut être utile au Burundi et dans le Darfour, au Soudan, où des soldats de la paix sont nécessaires", a-t-il déclaré. "Nous avons vu le rôle de l'Angola en RDC (République démocratique du Congo) où ses soldats étaient déployés entre 1998 et 2002".
L'Angola, comme le Zimbabwe et la Namibie, a envoyé précipitamment des troupes pour maintenir le régime assiégé de l'ancien président congolais Laurent Désiré Kabila à la fin des années 1990, suite à une rébellion qui était soutenue par le Rwanda et l'Ouganda.

