POLITIQUE-SOMALIE: La représentation des femmes dans le nouveau parlement en question

NAIROBI, 25 août (IPS) – Les femmes de la Somalie ont exprimé leur inquiétude par rapport au fait qu'elles risquent d'être sous représentées dans le nouveau parlement de transition de leur pays, qui a prêté serment le dimanche 22 août.

Selon un accord obtenu dans des négociations visant à restaurer un gouvernement central dans cette nation d'Afrique de l'est, un minimum de 12 pour cent des 275 législateurs devrait être constitué de femmes.

Cependant, 16 femmes seulement ont été investies députées à la cérémonie de prestation de serment qui s'est déroulée dans le Complexe des Nations Unies à Nairobi, la capitale du Kenya.

Soixante et un membres du parlement doivent encore être nommés par un groupe auquel ces sièges ont été attribués. Toutefois, certaines femmes somaliennes ont déjà fait part de leur intention d'adresser une pétition à l'ONU, pour que l'institution internationale puisse intervenir au besoin pour s'assurer que le parlement réunit tout son quota de femmes députées.

"Nous soumettons l'affaire à l'ONU et à toute la communauté internationale pour qu'elles enquêtent sur la raison pour laquelle toutes les 33 femmes n'ont pas prêté serment hier (22 août). Cette discrimination doit cesser", a déclaré, à IPS, Asha Abdi, déléguée aux pourparlers de paix sur la Somalie, dimanche. "Tout homme occupant la place d'une femme doit être dépossédé de son siège. Il est temps que les femmes exigent ce qui leur appartient, même en politique", a-t-elle ajouté. "Nous sommes en train d'écrire une lettre à ces organisations, leur demandant d'agir très vite pour s'assurer que les femmes obtiennent leur part légitime". Abdi a insisté également sur le fait que sur les 366 délégués qui négocient depuis ces deux dernières années pour mettre fin au conflit en Somalie, seules 41 sont des femmes. Au nombre des délégués aux pourparlers somaliens, figurent des chefs de factions, de leaders traditionnels et religieux – ainsi que des représentants des organisations de la société civile.

Avant la cérémonie de prestation de serment, les femmes déléguées aux pourparlers ont manifesté pour protester contre ce qu'elles perçoivent comme une tentative de leurs collègues hommes de les marginaliser dans le nouveau parlement. Elles scandaient des slogans, chantaient et brandissaient des pancartes portant des messages tels que "Les femmes constituent plus de 50 pour cent de la population somalienne. Elles méritent une plus grande représentation".

Chacun des quatre principaux clans de la Somalie – les Hawiye, les Dir, les Darod et les Digil-Mirifle – s'est vu attribuer 61 sièges dans le parlement de transition, tandis qu'un groupe de 14 clans plus petits en a reçu 31.

Toutefois, 203 parlementaires seulement ont prêté serment dimanche.

L'Autorité inter-gouvernementale pour le développement (IGAD), une institution régionale qui a servi de médiateur dans les pourparlers somaliens, a indiqué que ceci était principalement le résultat des disputes entre les sous-clans du groupe Darod au sujet des noms proposés pour les nominations.

"Nous sommes sûrs que les autres membres du parlement prêteront serment (dans) deux semaines environ, quand, nous l'espérons, toutes les querelles seront réglées", a affirmé Bethuel Kiplagat, l'envoyé spécial de l'IGAD aux pourparlers de paix. L'IGAD comprend le Kenya, l'Ouganda, la Somalie, le Soudan, l'Ethiopie, l'Erythrée et Djibouti.

La cérémonie d'investiture des parlementaires, qui travailleront pendant une période de cinq ans, avait déjà été reportée trois fois à cause des désaccords sur le partage du pouvoir entre les différentes fractions somaliennes.

Malgré ce problème, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, s'est réjoui de l'installation du parlement de transition.

"C'est le début d'une réconciliation longtemps attendue", a-t-il dit dans une déclaration. Le 8 juillet, Annan avait rendu visite aux délégués à Nairobi, en vue de donner une impulsion au processus de paix.

Les nouveaux législateurs somaliens devront élire un président de l'assemblée qui supervisera l'élection du président de la Somalie. Ceci sera suivi de la nomination d'un Premier ministre et d'un gouvernement. La prestation de serment du parlement intervient 13 ans après le renversement, en 1991, du dictateur Mohammed Siad Barre qui a plongé la Somalie dans une anarchie politique – faisant d'elle le seul pays au monde dépourvu de gouvernement central. Depuis lors, la Somalie est dirigée par divers chefs de factions qui se sont battus pour le contrôle des parties du pays; plus de 300.000 personnes auraient trouvé la mort dans cette guerre civile. Les négociations de paix sur la Somalie ont débouché sur un cessez-le-feu signé en octobre 2002. Un accord dressant les grandes lignes de l'avenir politique du pays a été adopté au début de 2004.

Aussitôt après la chute de Barre, le Somaliland, un territoire situé dans le nord-ouest du pays, a déclaré son indépendance vis-à-vis du reste de la Somalie – même si cette initiative doit encore être reconnue par la communauté internationale. Puntland, une zone située dans le nord-est de la Somalie, en a fait autant en 1998.