JOHANNESBURG, 25 août (IPS) – Un sondage d'opinion publié la semaine dernière indique que la confiance au président Robert Mugabe a plus que doublé depuis 1999. Des chercheurs disent que certains Zimbabwéens ont tiré profit du patronage du parti au pouvoir, mais le taux élevé d'approbation de Mugabe peut être essentiellement attribué à la propagande d'Etat.
Intitulé 'Le Pouvoir de la propagande : l'Opinion publique au Zimbabwe', le sondage a trouvé que 46 pour cent des Zimbabwéens font confiance maintenant à Mugabe, comparé aux 20 pour cent de 1999 au moment où un précédent sondage avait été organisé. Prenant la parole au lancement des résultats du sondage de Johannesburg le vendredi, 20 août, un activiste zimbabwéen, Brian Raftopoulos, a affirmé que tous les journalistes étrangers ont été expulsés du Zimbabwe pour avoir fait des reportages critiques sur le pays – et qu'une pression considérable s'exerçait sur la presse indépendante locale.
"Ceci a un impact énorme et négatif sur le public. Chaque jour, la presse d'Etat diabolise l'opposition et ses leaders. Morgan Tsvangirai (chef du Mouvement pour le changement démocratique, opposition) et ses collègues n'ont pas accès aux médias pour répondre à ces critiques", a déclaré Raftopoulos.
Seulement 18 pour cent de ceux qui ont été interrogés affirment faire confiance à Tsvangirai.
Robert Mattes de l'Institut sud-africain des affaires internationales, a dit au lancement que les personnes fidèles au parti au pouvoir du Zimbabwe, la ZANU-PF, les forces militaires et les fermiers paysans réinstallés, ont profité sous Mugabe : "Ils ne considèrent pas seulement l'amélioration de l'économie l'année passée, mais ils créditent le président sur la base des améliorations de leurs propres conditions économiques".
"D'autres personnes – spécialement les plus jeunes et les habitants des campagnes – ont peur d'afficher leurs véritables préférences politiques. Au moins quatre sur cinq Zimbabwéens.déclarent qu'ils doivent souvent ou toujours faire attention à ce qu'ils doivent dire sur la politique", a ajouté Mattes.
"Même si nous avons pris toutes les peines à pour convaincre les personnes interrogées que nous représentons une organisation de recherche neutre, 46 pour cent nous ont dit à la fin de l'interview qu'ils croyaient que nous étions en réalité de la part du gouvernement".
Le sondage a été mené du 26 avril au 17 mai par l'Institut pour la démocratie en Afrique du Sud, le Centre pour le développement démocratique du Ghana et l'Université d'Etat de Michigan – basée aux Etats-Unis. Il représente une partie du projet 'AfroBaromètre', qui fait des sondages sur les tendances politiques, sociales et économiques dans 16 pays africains.
Les chercheurs avaient l'intention d'interroger 1.200 personnes. Toutefois, ils ont été contraints de se contenter de 1.104 personnes à cause des interférences de la police secrète du Zimbabwe, l'Organisation des services de renseignements.
Le sondage montre que les Zimbabwéens ont également perdu la foi dans la démocratie. Seulement 48 pour cent des personnes interrogées expriment leur soutien à cette forme de gouvernement, comparé aux 71 pour cent de 1999.
En outre, un nombre croissant de Zimbabwéens semble accepter la notion de gouvernement de parti unique.
Cinquante-huit pour cent des personnes interrogées dans le sondage ont rejeté l'idée – émise par 74 pour cent il y a cinq ans. Soixante-quinze pour cent ont dit que la compétition entre des partis politiques mène à un conflit – ce qui explique la décision de 51 pour cent de ne s'aligner ni sur le parti au pouvoir ni sur l'opposition.
A l'indépendance en 1980, le Zimbabwe a hérité d'une situation où une petite minorité de Blancs s'est appropriée les meilleures terres cultivables du pays. Les Britanniques comme les Américains avaient tous promis de financer le programme de un "vendeur volontaire, un acheteur volontaire", qui devrait voir le transfert régulier de la terre des Blancs aux Noirs.
La ZANU-PF a clamé que les occupations des fermes étaient dirigées par les vétérans de la guerre irrités par la lente reforme agraire. Toutefois, des observateurs politiques présument qu'ils avaient été manipulés par le parti au pouvoir dans le but de rallier leur soutien pour les élections législatives prévues en 2000.
La confiscation des terres a aggravé les effets de la sécheresse au Zimbabwe, qui se manifeste actuellement par de graves pénuries alimentaires. L'économie du pays a décliné dangereusement au cours des quatre années écoulées.
En outre, l'élection législative de 2000 et le scrutin présidentiel de 2002 étaient gâchés par une violence généralisée – dirigée notamment contre l'opposition – et par des irrégularités au cours du vote.
"Nous avons une faiblesse dans la région (Afrique Australe) pour (dénoncer) les (abus) des droits de l'Homme", a déclaré Raftopoulos.
Les 13 membres de la Communauté de développement de l'Afrique Australe (SADC) ont adopté, la semaine dernière, une large série de directives électorales destinées à assurer des élections équitables dans le futur.
Certains critiques prétendent que ces mesures manquent de rigueur – bien que le président sud-africain Thabo Mbeki ait menacé d'exclure de la SADC les pays qui ne se conformeraient pas à ces directives. Sur la question du VIH/SIDA, l'étude de Afrobaromètre a montré que seulement sept pour cent des personnes interrogées étaient préoccupées par la pandémie – même si 78 pour cent ont dit qu'elles connaissaient des gens qui étaient morts de maladies liées au SIDA.
Mattes a déclaré que ce paradoxe apparent était compréhensible. "La famine tue en quelques jours, mais le SIDA tue en cinq ans", a-t-il souligné. La prévalence du VIH au Zimbabwe dépasse 30 pour cent pour les personnes âgées de 15 à 49 ans.

