NAIROBI, 23 août (IPS) – L'ambassadeur du Burundi au Kenya a réitéré l'importance de former un gouvernement composé de toutes les ethnies dans son pays. Il s'exprime après le massacre au cours duquel 160 personnes étaient tuées dans un camp de réfugiés tutsi congolais au Burundi.
"Nous réfléchissons à la manière dont nous pouvons organiser des élections de façon à ce que tous les groupes ethniques soient représentés dans le gouvernement. Nous voulons incorporer tous les partis ethniques et politiques au sein du gouvernement afin que personne ne prétende qu'il ou qu'elle a été exclu et commence à provoquer des dégâts dans le pays", a déclaré Stanis Nsabuwanka à IPS.
Le Burundi a trois groupes ethniques, les Hutu, les Tutsi et les Twa. Les affrontements entre la majorité Hutu et la minorité Tutsi éclatent régulièrement depuis l'indépendance en 1962.
En 1993, la guerre civile s'était déclenchée quand des officiers tutsi de l'armée ont assassiné Melchior Ndadaye – qui était à la fois le premier président démocratiquement élu et le premier chef de l'Etat hutu au Burundi. Plus de 300.000 personnes ont perdu la vie depuis le début des combats entre des rebelles hutu et le gouvernement dirigé par des Tutsis.
Le massacre qui a eu lieu dans la nuit du vendredi 13 août dernier au camp de Gatumba, est survenu au milieu des mouvements pour finaliser un gouvernement de partage du pouvoir qui donne aux Hutu et aux Tutsi un pouvoir égal dans le sénat du pays – mais permet aux Hutu de contrôler 60 pour cent de la Chambre basse du corps législatif, et de l'exécutif. Un gouvernement de transition a été investi en octobre 2001.
Au début de ce mois, 20 partis ont signé un accord de partage du pouvoir pour le Burundi. Dix groupes ethniques tutsi n'ont toutefois pas pris part à cet accord, ceci après que l'Union pour le progrès national (UPRONA), le principal groupe tutsi, eut demandé plus de garanties par rapport à la participation des Tutsi au gouvernement.
Le Front national de libération (FNL) – le seul groupe rebelle hutu qui mène encore le combat armé au Burundi – a revendiqué les massacres survenus dans le camp de réfugiés de Gatumba, qui est situé non loin de Bujumbura, la capitale de Burundi. Le FNL dénonce la présence cachée, dans le camp, de troupes burundaises et des milices tutsi venues de la République démocratique du Congo voisine (RDC). Les massacres ont incité les chefs d'Etat de la région, qui se sont réunis, le mercredi 18 juin à Dar es Salaam, la capitale de la Tanzanie, pour la ratification de l'accord de Burundi, à classer le FNL comme une "organisation terroriste".
Ont assisté à ce sommet les présidents du Burundi, de Tanzanie, de la RDC, du Mozambique, de Zambie et d'Afrique du Sud – qui est le médiateur dans le processus de paix au Burundi depuis les années 1990. Le vice-président ougandais et le ministre rwandais des Affaires étrangères étaient également présents aux pourparlers. Les leaders de la région invitent les Nations Unies à suivre leur exemple en déclarant le FNL un groupe terroriste. Ils appellent le Conseil de sécurité à décider une interdiction de voyage pour les membres du FNL, à geler ses avoirs et à en faire un objet d'embargo sur les armes. (L'ONU a déjà suspendu sa médiation dans les discussions qui sont en cours entre le FNL et Bujumbura).
Le chef de l'armée burundaise, Germain Niyoyankana, a accusé des soldats congolais d'avoir pris part aux massacres de Gatumba, en même temps que des extrémistes hutu qui ont leurs bases en RDC.
Le Burundi et le Rwanda, qui ont des profils ethniques semblables, ont menacé de déployer des troupes en RDC pour chasser ceux qui ont planifié l'attaque du 13 août. Il y a dix ans, le Rwanda a connu un génocide dans lequel plus de 800.000 Tutsi minoritaires et Hutu modérés ont été massacrés par des extrémistes hutu.
Kinshasa a répondu en disant qu'il espérait résoudre la question par voie diplomatique, mais qu'il serait obligé d'agir dans l'éventualité d'une incursion étrangère.
Les deux pays avaient envoyé des troupes en RDC en d'autres occasions pour poursuivre les ailes dures des Hutu. Une incursion en 1998 a provoqué une guerre de cinq ans au Congo qui a finalement impliqué six pays africains, et a causé la mort de 3,5 millions de personnes environ.
Le Burundi envisage d'organiser des élections vers la fin octobre, quand le mandat de trois ans de gouvernement de transition prendra fin. Nsabuwanka a dit qu'il espérait que le scrutin unirait les Hutu et les Tutsi "et mettrait fin à un problème vieux de longues dates".
Cependant, Kizito Sabala, responsable des programmes au Forum africain de la paix, une organisation non gouvernementale basée à Nairobi, croit qu'il serait sage de reporter les élections afin d'amener tous les groupes à adhérer à l'accord de partage du pouvoir.
"Si le Burundi va aux élections sans prendre en considération les points de vue du FNL, on assistera à plus de massacres que ce qui est arrivé la semaine dernière", a-t-il affirmé à IPS.
"Les rebelles essayent de faire passer un message ici – pour attirer l'attention. La communauté internationale doit intervenir avant que d'autres dégâts ne soient causés", a-t-il ajouté.

