NAIROBI, 19 août (IPS) – Les représentants de la société civile au Kenya appellent à leur association à la nouvelle conception d'une politique sur l'utilisation de la technologie de l'information et de la communication (TIC) dans ce pays de l'Afrique de l'est.
Ils estiment qu'on ne leur pas donné l'opportunité de faire des commentaires sur la politique lorsqu'elle avait été élaborée la première fois.
"La société civile travaille beaucoup avec la TIC et ils sont des vulgarisateurs à grande échelle des programmes des TIC dans le pays", fait observer James Nguo, président des instances dirigeantes de la société civile sur la TIC au Kenya. "La seule occasion que nous avons d'être associés est dans le développement des politiques dans ce secteur". Le terme "TIC" couvre les services Internet, l'équipement des télécommunications, les médias audiovisuels, et d'autres activités d'information et de communication.
Les lobbies du secteur privé se sont également plaints d'avoir été écartés des consultations sur l'avant-projet de la politique de la TIC.
Dans un précédent entretien avec IPS, Sammy Burachara, président de l'Association des pourvoyeurs du service de télécommunication du Kenya, a déclaré : "La création du projet de politique du pays n'a pas associé les opérateurs du secteur privé. Même après sa rédaction, nous (le secteur privé) n'y avons pas eu accès". En plus, la politique attendue impatiemment a été écartée par le ministre de l'Information et de la Communication Raphael Tuju, qui l'a qualifiée de dépassée d'incohérente – et d'incapable de répondre aux besoins croissants du domaine de la TIC au Kenya. La nouvelle politique vise à couvrir les questions telles que l'accès aux TIC et un cadre juridique pour les opérations de l'industrie.
En ce moment, seule une petite minorité de Kenyans est capable d'utiliser des ordinateurs personnels. La Société d'informatique du Kenya estime qu'il existe un ordinateur pour 2.000 Kenyans – tandis que le réseau électrique national alimente moins de 15 pour cent de la population.
Nguo conçoit que le manque d'infrastructures adéquates puisse faire obstacle au développement du secteur de la TIC, mais le gouvernement devrait en faire une priorité.
Les questions telles que les infrastructures de la TIC et le besoin de savoir qui fait quoi afin d'éviter une répétition inutile, devraient être au cœur des discussions en vue d'une politique nationale des TIC", a-t-il souligné. Des équipements de haut niveau et les coûts de la formation ont été cités comme des obstacles pour ouvrir le potentiel des TIC. La situation s'est aggravée du fait que le Kenya connaît un niveau élevé d'analphabétisme. L'enseignement de l'informatique était introduit au Kenya en 1998, même si les différents ministères du gouvernement n'ont pas encore coordonné leur approche par rapport à l'enseignement de la TIC.
Francis Carey Onyango, un ancien directeur exécutif du Centre africain pour l'informatique régionale, estime que la nouvelle politique de la TIC devrait se concentrer à fournir une éducation de haute qualité.
Sans une ressource humaine de qualité à la base des TIC, le développement du secteur sera étouffé, du fait qu'il dépendra constamment des expatriés pour nous servir", a-t-il déclaré.
En outre, le plan de la TIC envisage de prendre en compte "l'écart de genre" qui existe parfois avec l'utilisation des nouvelles technologies.
Actuellement, la plupart des femmes qui vivent dans les zones rurales du Kenya accèdent très lentement à la TIC à cause des coûts élevés liés à l'utilisation de l'ordinateur. Les femmes rurales ont besoin également de pouvoir utiliser des langues locales dans leurs relations avec les TIC. Le développement d'une nouvelle politique qui intervient au moment où un second opérateur de téléphone fixe est sur le point d'ouvrir son entreprise au Kenya, mettant ainsi fin à quatre décennies de monopole dont a bénéficié 'Telkom Kenya'.
Les lignes du téléphone fixe sont d'une importance majeure dans le développement des TIC. On espère que la libéralisation du secteur des communications débouchera sur un investissement accru et sur une plus grande disponibilité de lignes – suivis d'une croissance dans la possibilité de connexion sur Internet.
Actuellement, le pays a près de 270.000 lignes de téléphone fixe avec un ratio d'une ligne téléphonique pour 100 personnes. Selon le rapport trimestriel de 2003 de la Société d'informatique du Kenya, on estime que le pays compte quelque 500.000 internautes, avec ceux qui accèdent au web dans des cybercafés.
Les chiffres de Burachara sont plus conservateurs. "Plus de 90 pour cent de Kenyans n'ont pas accès à la TIC – et le nombre de personnes ayant accès à Internet n'atteint pas 500.000, sur une population de 30 millions", clame-t-il.
En Afrique de l'est, l'Ouganda est largement cité pour l'adoption de politiques soucieuses du développement de la TIC, qui ont conduit à la prolifération des points d'accès à Internet dans des endroits lointains du pays.
* Cet article est une production conjointe de IPS et du Réseau d'information sur les femmes et les enfants africains (AWCIN).

