JOHANNESBURG, 18 août (IPS) – Une séquence télévisée diffusée le week-end dernier a montré un groupe de soldats rwandais dansant et tapant des mains.. Avec des fusils d'assaut AK-47 solidement attachés à leurs épaules, les 150 hommes arborent des bérets gris ornés avec des badges de l'Union africaine alors qu'ils attendaient un discours du président Paul Kagame. Quelques heures plus tard, les troupes ont été embarquées à bord d'un avion Antonov pour la région troublée du Darfour, dans l'ouest du Soudan.
Là, ils protègeront les 118 militaires observateurs non armés de l'Union africaine (UA) qui surveillent une trêve branlante de quatre mois entre le gouvernement et les rebelles du Mouvement/Armée de libération et le Mouvement de la justice et de l'égalité du Soudan.
Des groupes de défense des droits humains et des travailleurs humanitaires disent que le cessez-le-feu a été largement ignoré par des milices arabes pro-gouvernementales, les Janjaweed ("Cavaliers"). Ces paramilitaires ont été accusés de mener une campagne de terreur contre les trois groupes ethniques – les Fur, les Masaalit et les Zaghawa – qui sont soupçonnés de fournir de l'aide aux rebelles. Les soldats rwandais sont les premières troupes étrangères à fouler le sol soudanais depuis que les groupes humanitaires d'aide et de défense des droits de l'Homme faisaient pression sur la communauté internationale pour qu'elle déploie des soldats de la paix au Darfour.
Avant le départ des soldats, Kagame a souligné que leur mandat comprenait l'utilisation de la force, si cela s'avérait nécessaire, pour protéger des civils. "Il est absurde de protéger les observateurs de la paix pendant que les populations sont ignorées et abandonnées à la mort", a déclaré le leader rwandais aux reporteurs. En fait, alors même que les soldats rwandais atterrissaient à Al Fashir, des violations du cessez-le-feu se poursuivraient. Jan Pronk, l'envoyé spécial de l'ONU au soudan, a reconnu cette semaine que des combattants Janjaweed ignoraient les instructions officielles demandant de mettre fin aux attaques.
Mais à Khartoum, le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mustafa Osman Ismail, insiste pour dire que les soldats de la paix de l'UA, qui comprennent également un contingent de 150 hommes venus du Nigeria, doivent être réduits strictement à la garde des observateurs. Ils ne doivent s'allier à aucune force belligérante du Darfour, a-t-il ajouté.
Cet avertissement était-il adressé aux soldats venus de pays autre que le Rwanda? Ismail pourrait espérer ses mots tomber dans des oreilles réceptives.
Toutefois, la présente génération de Rwandais apporte une perspective unique de s'intéresser à la crise au Darfour. Des dirigeants, des troupes, des membres du public – tous ont expérimenté le génocide : les tueries de 1994 dans lesquelles plus de 8OO.OOO Tutsis minoritaires et les Hutus politiquement modérés ont été massacrés par des milices hutus pro-gouvernementales, connues sous le nom d'interahamwe ("ceux qui luttent ensemble" en Kinyarwanda). Le génocide s'est produit sous le nez de la force de maintien de la paix des Nations Unies qui n'ont pas obtenu un mandat clair pour intervenir quand leur action aurait pu empêcher les tueries de prendre de l'ampleur.
La méfiance du Soudan pour les troupes rwandaises s'est manifestée plus tard par l'accueil qui était réservé aux soldats – ou peut-être refusé.
Aucun responsable militaire gradé n'était présent à l'aéroport d'Al Fashir quand les soldats ont atterri. L'UA a indiqué qu'elle souhaiterait envoyer plus de 2.500 soldats de la paix au Darfour. La semaine dernière, le président de l'UA, Olushegun Obasandjo qui est également le président du Nigeria, a exhorté le Soudan à accepter le déploiement de plus de personnel. Le refus du Soudan de le faire l'exposerait à une intervention des troupes occidentales, a-t-il prévenu. Le Conseil de sécurité de l'ONU a donné 30 jours au Soudan pour maîtriser les Janjaweed ou subir des sanctions. Le président Omar Al Bechir a déclaré que son gouvernement respecterait le délai – tandis que son vice-président Ali Osman Taha lançait un appel pressant, avertissant que les autorités auront besoin d'au moins trois mois pour désarmer les Janjaweed.
Ajoutant sa voix à celle des gens préoccupés par la situation du Darfour, la conférence des évêques catholiques de l'Afrique australe a exhorté Khartoum à accepter que l'aide humanitaire atteigne les déplacés.
Dans une déclaration publiée la semaine dernière (11 août), les évêques ont rappelé les conclusions d'un rapport des Nations Unies du 6 août qui tenait le gouvernement soudanais responsable de la crise du Darfour en fin de compte.
"Nous avons été personnellement témoins de certaines de ces atrocités au cours de notre visite au Soudan. Pour cela, l'UA doit réagir particulièrement contre le gouvernement du Soudan et l'exclure de tous ses organes et de sa Commission des droits de l'Homme", ont souligné les évêques.
"D'autre part, (l'UA devrait) faire pression sur le gouvernement du Soudan pour qu'il mette en œuvre les dispositions de l'Union africaine sur la bonne gouvernance et la promotion des droits humains".
Pendant que les disputes diplomatiques continuent, le programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a indiqué qu'il avait commencé à parachuter de la nourriture dans les endroits les plus inaccessibles du Darfour. Selon le PAM, la nourriture va aider plus de 7O.OOO personnes déplacées et les résidents locaux qui ont été coupés de l'aide à cause de la saison des pluies et de l'insécurité.
Mais d'ici-là, des problèmes existent : un manque temporaire de carburant d'avion a handicapé le parachutage. Khartoum a importé récemment 1O.OOO tonnes de carburant pour enrayer la pénurie, et le PAM dit qu'il est en train de mener des discussions avec le gouvernement sur des mesures pour garantir suffisamment du carburant pour ses opérations humanitaires. "Sauf si l'insuffisance de carburant oblige à une suspension temporaire des parachutages, le PAM envisage de les poursuivre durant la saison des pluies jusqu'en septembre, période au cours de laquelle tous les emplacements peuvent être accessibles de nouveau par la route – le but principal de la campagne du PAM est d'apporter de la nourriture aux personnes affamées des trois Etats du Darfour", a ajouté l'agence des Nations Unies.

