JOHANNESBURG, 22 juil (IPS) – Un leadership fort, l'accès aux médicaments qui prolongent la vie et la réduction des infections seront les principaux défis auxquels l'Afrique australe fera face au cours de la prochaine décennie, déclarent des militants anti-SIDA.
L'Afrique australe est actuellement à l'épicentre de l'épidémie du VIH/SIDA.
Environ 70 pour cent des personnes vivant avec le VIH sont en Afrique subsaharienne, avec la majorité d'entre elles dans la région d'Afrique australe, forte de 14 nations, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA). Au Botswana, au Lesotho, au Malawi, au Mozambique, en Namibie, en Afrique du Sud, au Swaziland, en Zambie, et au Zimbabwe, au moins 18 pour cent de la population adulte est infectée par le VIH, indique l'ONUSIDA.
L'Afrique du Sud, avec un taux de prévalence chez les adultes estimé à 21,5 pour cent, a le plus grand nombre de personnes vivant avec le VIH/SIDA au monde (5,3 millions).
Pendant ce temps, son minuscule voisin, le Swaziland a le plus fort taux de prévalence au monde (38,8 pour cent), suivi du Botswana (37,3) pour cent, estime l'ONUSIDA.
Ces défis exigent un leadership fort, affirment des militants et décideurs politiques.
Mais le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a insisté sur le fait que le leadership, dans la lutte contre le VIH/SIDA, vient également de l'intérieur de la famille.
"Le leadership vient non seulement de ceux qui occupent des positions de pouvoir, mais également des partenaires qui s'assurent qu'ils utilisent toujours un préservatif", a souligné Annan à la session inaugurale de la 15ème Conférence internationale sur le SIDA dans la capitale thaïlandaise Bangkok, le 11 juillet.
Le chef de l'ONU a ajouté : "Le leadership vient des pères, des maris, des fils et des oncles qui soutiennent les droits des femmes".
Annan a également fait remarquer que le leadership signifiait la libération des hommes de certains des stéréotypes culturels et attentes dans lesquels ils peuvent être bloqués.
La croyance selon laquelle les hommes qui ne montrent pas à leurs femmes "qui est le patron à la maison" ne sont pas de vrais hommes; ou que le fait de devenir un homme, lorsqu'on a 13 ans, veut dire avoir une initiation sexuelle avec une prostituée, doit être abandonnée, a-t-il dit.
Annan a également indiqué que le leadership signifiait respecter et défendre les droits humains de tous ceux qui sont vulnérables au VIH/SIDA – qu'ils soient des prostituées, des toxicomanes, ou des homosexuels. Ceci inclut leur droit au traitement, s'ils sont infectés, a-t-il ajouté.
A travers la région d'Afrique australe, les personnes vivant avec le VIH/SIDA ont apporté le leadership dans la campagne contre la pandémie.
L'un de ces militants, Zackie Achmat, qui vit avec le VIH, préside le groupe activiste Campagne d'action pour le traitement (TAC).
Achmat a protesté contre la négligence du gouvernement et a refusé de prendre des médicaments qui prolongent la vie tant qu'ils ne seront pas abordables pour tous les Sud-Africains vivant avec le virus.
La campagne d'Achmat et sa détermination ont poussé l'ancien président sous la période de l'apartheid, F.W. de Klerk, à dire aux journalistes étrangers, dans la capitale économique d'Afrique du Sud, Johannesburg, en mars, que sans la pression de la TAC, le gouvernement aurait continué de tergiverser sur la fourniture des médicaments anti-rétroviraux (ARV) prolongeant la vie.
Les médicaments anti-rétroviraux sont des substances utilisées pour tuer ou empêcher la multiplication des rétrovirus comme le VIH.
De même, en Zambie, des militants comme Winstone Zulu ont comblé le manque de leadership. Nelson Mandela, ancien président sud-africain, qui a admis avoir souffert de la tuberculose lorsqu'il était en prison entre 1964 et 1990 pour s'être opposé à l'apartheid, a partagé une plate-forme avec Zulu à Bangkok.
"Il y a eu si peu de survivants de tuberculose qui se sont fait connaître pour partager leurs histoires. Nous avons besoin de plus d'avocats comme Winstone pour parler au monde de la tuberculose et de l'effet qu'elle a sur tant de millions de personnes", a souligné Mandela.
L'autre défi auquel est confrontée la sous-région est l'accès aux ARV.
Seules 400.000 personnes en Afrique subsaharienne, ou moins d'un pour cent à travers le monde, sont sous traitement ARV.
A l'heure actuelle, au moins 2,8 millions de personnes ont besoin d'ARV en Afrique, avec la majorité d'entre elles en Afrique australe, a dit à IPS, Omokhudu Idogho, un médecin d'Action Aid, une organisation caritative internationale.
"En dehors de l'Afrique du Sud, la plupart des pays africains n'ont pas la capacité industrielle. Les industries pharmaceutiques en Europe ou en Amérique ne sentent pas la nécessité de produire des médicaments en masse pour l'Afrique.
A moins que nous n'agissions vite, nous allons perdre beaucoup de vies", a prévenu Idogho.
Il a ajouté que le coût des ARV est passé de 2.000 dollars en 1998 à 30 dollars par mois, en 2004. "Ceci est un grand avantage pour l'Afrique", a-t-il dit.
Mais ce montant est toujours trop élevé pour l'Afrique où 350 millions de personnes, ou la moitié de la population du continent, vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollar par jour, selon la Banque mondiale.
Dans le monde entier, sept pour cent seulement des cinq à six millions de personnes ayant besoin de traitement contre le HIV avaient accès aux ARV à la fin de 2003, selon l'ONUSIDA.
Sans accès au traitement et si les taux d'infection actuels continuent, 60 pour cent des 15 millions d'enfants âgés de 15 ans aujourd'hui en Afrique ne fêteront pas leur 60ème anniversaire, a prévenu l'agence onusienne.
Il reviendra à la société civile de relever ce défi, de fournir un leadership et de faire pression sur leurs gouvernements respectifs afin qu'ils introduisent des médicaments pour réduire le taux d'infection en Afrique australe.
Jusqu'ici, la plupart des gouvernements d'Afrique australe insistent sur la soi-disant philosophie ABC — 'Abstinence', 'Soyez fidèle' et si vous ne pouvez pas, utilisez alors le 'Condom'.
Les militants estiment que cela n'est pas pratique, puisque personne ne s'abstiendra volontairement des relations sexuelles.
Un autre défi auquel sont confrontés les militants est le nombre croissant des orphelins du SIDA.
En Afrique, quelque 12,3 millions d'enfants ont perdu leurs parents pour cause de SIDA, avec la majorité d'entre eux en Afrique australe, selon l'ONUSIDA.
La plupart des orphelins sont sous la garde des grands-parents.
"La capacité de la famille étendue est extrêmement limitée. Si la vie des parents est prolongée – à travers les ARV – la question des orphelins diminuera", a déclaré Caroline Sande-Mukulira, chargée du programme VIH/SIDA à 'Action Aid' pour l'Afrique australe.
Mais Idogho – qui interprète l'acronyme SIDA comme "l'Afrique est destinée à survivre – a exhorté le continent à ne pas perdre espoir.
"Le SIDA va nous réveiller. Il va nous renforcer. Et en tant que continent, il va nous faire avancer".
Il a ajouté : "Le SIDA a obligé l'Afrique à examiner les questions de genre. Le SIDA nous force également à défier le système patriarcal. Sans le SIDA, tout ceci ne se serait pas passé".

