LAGOS, 23 juil (IPS) – "Tue et vas-y" : c'est le surnom qui a été donné à l'unité de la police mobile du Nigeria. Ses membres ont une propension présumée à abattre des gens à la moindre provocation, et continuent leur chemin, nullement troublés.
La réputation d'autres unités de police est à peine meilleure. Presque quotidiennement, les Nigérians entendent dire que des gens ont été abattus par la police mobile ou régulière.
Damian Ugwu, chef du Projet d'application de la loi à l'Organisation des libertés civiques (CLO), le plus grand groupe de défense de droits humains du Nigeria, dit que la mort en détention semble également être un problème.
"Nous avons des cas de personnes qui ont été arrêtées vivantes, et la prochaine chose que vous apprenez ensuite est que certaines d'entre elles ont été tuées", indique-t-il.
Bien que le Nigeria ait fait la transition du régime militaire au pouvoir civil en 1999, des allégations de tueries extrajudiciaires, par des officiels, continuent d'accabler le pays.
"Nous avons estimé (qu'il y a) une moyenne de cinq tueries extrajudiciaires par jour au Nigeria… Cela inclut des personnes tuées par des groupes d'autodéfense et des groupes de culte, notamment dans le Delta du Niger (dans le sud du Nigeria). Mais la plupart de ces tueries sont l'œuvre d'agents de sécurité comme la police, les soldats, la marine et le service de sécurité de l'Etat", affirme Ugwu.
Il rejette la plus grande responsabilité sur la police.
Au nombre des cas récents de tueries extrajudiciaires présumées impliquant la police, figurent le cas de Daddy Benu, un étudiant en dernière année de mécanique à l'Université de Port Harcourt, dans le sud-est du Nigeria. Il a été abattu durant une dispute avec des policiers.
Dans la capitale économique du Nigeria, Lagos, un employé de l'armée de l'air a été abattu durant l'arrestation de personnes fumant de la marijuana – tandis que dans l'Etat d'Ogun, dans le sud-ouest, un agent de police a descendu son voisin après une dispute.
Certains incidents peuvent survenir dans le feu de l'action. Mais, la CLO craint que d'autres tueries extrajudiciaires présumées au Nigeria ne soient officiellement approuvées – notamment celles qui surviennent durant de vastes opérations de sécurité. Il cite comme exemples les décès de civils dans le village d'Odi, dans le Delta du Niger en 1999 – et un incident dans la ville centrale de Zaki Biam en 2001. Dans les deux cas, les soldats accusés d'avoir tué des civils exécutaient les ordres du gouvernement pour dénicher des criminels.
Ola Doifie, un activiste des droits de l'Homme, basé à Lagos, souligne que dans plusieurs cas, les victimes de telles opérations sont des femmes, les vieilles et les malades – qui n'arrivent pas à évacuer la zone.
"Lorsque des soldats envahissent n'importe quelle communauté, parce que les femmes ne peuvent pas courir aussi rapidement que les hommes, elles ne sont pas capables de se défendre. Elles sont les premières victimes et les plus durement touchées", souligne-t-il.
Selon Ugwu, les tueries extrajudiciaires ont continué sans répit au Nigeria depuis le retour au régime démocratique dans le pays parce que de hautes autorités tiennent rarement leurs subordonnés pour responsables de tels actes.
Toutefois, Chris Olakpe, le porte-parole de la police nigériane, rejette ces affirmations.
"Ce n'est pas vrai et ce n'est pas le bon endroit pour en discuter. Le chef de la police du Nigeria a, à plusieurs rencontres avec des hommes de rang et d'autres catégories de la police, indique clairement que tout policier reconnu coupable de violations des droits humains sera renvoyé de la troupe", dit-il.
Olakpe ajoute que des mesures prises par la police ont aidé à réduire les tendances abusives de certains policiers – et que ceux qui se seraient engagés dans des violations devront subir la rigueur de la loi, comme un élément dissuasif pour d'autres contrevenants potentiels.
"Tous les commissariats ont maintenant des services chargés des droits de l'Homme qui traitent de violations des droits humains impliquant la police", indique-t-il.
Mais, ceci n'a pas empêché la CLO de lancer une campagne contre les tueries extrajudiciaires : "L'alerte nationale contre la torture et les tueries extrajudiciaires au Nigeria' (NATEK).
Ceux qui se joignent à la campagne recevront une éducation sur les instruments nationaux et internationaux de droits humains qui traitent de torture et de tueries extrajudiciaires.
Une fois qu'une rumeur sur une tuerie extrajudiciaire a été vérifiée, les membres de la NATEK envisagent d'écrire des lettres aux autorités compétentes en signe de protestation. La CLO espère que cela poussera le gouvernement à ordonner des investigations approfondies, promptes et impartiales sur des cas de torture et de tueries extrajudiciaires.
L'organisation espère également faire en sorte que les auteurs de ces crimes soient poursuivis en justice et que leurs victimes soient convenablement compensées.
Mohammed Jamiu, qui a été atteint par une balle de la police à Lagos au début de l'année dernière, dit que la NATEK a son soutien. Les autorités s'étaient peu préoccupées de son sort après l'incident de la fusillade, ajoute-t-il.
"Ma famille avait pris en charge tout le coût de mon traitement médical..
En outre, aucune mesure disciplinaire n'a été prise contre le policier.
Dans des affaires comme celle-ci, vous pouvez être sûr que la police supportera toujours les siens".
Ugwu souligne que la réponse des Nigérians à la nouvelle campagne a été encourageante : "Nous recevons des appels téléphoniques et des lettres des quatre coins du pays et ceci de toutes les couches de la société, même des soldats et des policiers". Toutefois, il reste que des hommes d'affaires apportent leur soutien à la NATEK.
"Malheureusement, nous n'avons eu aucune réponse des organisations comme des entreprises… la raison est qu'ici, la plupart des organisations, notamment celles qui cherchent les faveurs du gouvernement, pensent que le fait de s'associer à un projet comme celui-ci, pourrait les amener à être mal vues par les autorités", ajoute Ugwu.

