NAIROBI, 2 juin (IPS) – Avec l'imminence des dégraissages à grande échelle dans la fonction publique du Kenya, des responsables syndicaux disent qu'ils ont présenté au gouvernement une recherche montrant que les rangs des employés du public sont déjà en train d'être considérablement réduits par le départ à la retraite et autres facteurs.
Le secrétaire général du syndicat des employés de la fonction publique du Kenya, Alphayo Nyakundi, a déclaré à IPS cette semaine (31 mai) qu'environ 6.000 travailleurs quittent la fonction publique par an, la retraite et les licenciements – rendant les dégraissages inutiles.
"Nous (le syndicat et le gouvernement) nous sommes rencontrés la semaine dernière et avons présenté une recherche que nous avons menée sur les effets du dégraissage. C'est pourquoi nous continuerons de dire 'non' à cette pratique", a indiqué Nyakundi au cours d'un entretien dans la capitale kényane, Nairobi.
Le 12 mai, le ministre d'Etat chargé de l'Administration provinciale et de la Sécurité nationale, Chris Murungaru, a annoncé que 21.338 fonctionnaires seraient compressés sur une période de quatre ans, de juillet 2004 à juin 2008, (Murungaru est également ministre de la Fonction publique par intérim). L'objectif était de réduire la masse salariale de la fonction publique de 9,7 pour cent du produit intérieur brut à 7,2 pour cent. Des initiatives précédentes pour réduire les dépenses salariales, a affirmé Murungaru, n'avaient pas tenu leurs promesses.
"Ceci (le chiffre de 9,7 pour cent) est plutôt élevé lorsqu'on le compare à d'autres pays dans la région et à des économies en développement similaires", a déclaré le ministre aux journalistes à une conférence de presse à Nairobi. "Actuellement, la masse salariale de la fonction publique consomme près de 70 pour cent des dépenses courantes du gouvernement, laissant seulement 30 pour cent pour les dépenses de fonctionnement et d'entretien".
Les déclarations de Murungaru ont provoqué une réponse vigoureuse du syndicat des travailleurs de la fonction publique. "Si le gouvernement ne revient pas sur sa décision, nous lancerons un appel à une grève nationale.
Nous cesserons nos activités et nous paralyserons les opérations du gouvernement", a indiqué, à IPS, Nyakundi dans un autre entretien au début de mai.
"Nous n'allons pas être des boucs émissaires des décisions gouvernementales influencées par la communauté des donateurs". Il faisait allusion aux appels du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale pour amener le Kenya à réduire la taille de sa fonction publique en échange de l'aide.
Murungaru avait également refusé d'admettre que le gouvernement réagissait aux pressions des donateurs pour licencier des travailleurs. "Ces réformes de la fonction publique viennent du pays et sont destinées à créer un service public plus réduit, efficace et effective, à avoir une main-d'œuvre bien rémunérée, motivée et compétente, et une fonction publique bien dotée d'une grande intégrité", a-t-il déclaré le mois dernier.
Murungaru a constaté en outre que le programme de dégraissage, qui coûtera au gouvernement et aux donateurs près de 123 millions de dollars, offre aux fonctionnaires une indemnité beaucoup plus grande que cela n'a été le cas avec de précédentes opérations de compression.
Une première série de licenciements en 1994 a couvert cinq ans, et a coûté au gouvernement près de 103 millions de dollars. Elle ciblait 40.672 travailleurs.
Toutefois, les affirmations de largesse du gouvernement ont été assombries par des allégations de l'Association des travailleurs compressés de la fonction publique du Kenya, selon lesquelles certains des fonctionnaires, qui ont été licenciés il y a quatre ans, attendent encore de recevoir leurs indemnités.
Au cours d'une conférence de presse à Nairobi la semaine dernière, Christine Ndegwa, la secrétaire nationale de l'association, a indiqué également aux journalistes que l'opération de compression de 2000 avait été sapée par la corruption.
En outre, les autorités ont été également hantées par le fait que le gouvernement de la Coalition nationale Arc-en-ciel au pouvoir a pris fonction en promettant d'accroître les opportunités d'emploi pour les Kenyans – pas de les réduire.
"Comment est-ce que le même gouvernement, qui est venu au pouvoir avec une plate-forme de création d'emplois décide maintenant de faire perdre leurs emplois aux citoyens?", demande Francis Atwoli, secrétaire général de l'Organisation centrale des syndicats, une institution qui regroupe des associations syndicales. "Il apparaît maintenant que nous avons porté au pouvoir des escrocs".
Le président Mwai Kibaki, élu en décembre 2002, a promis de créer 500.000 emplois par an. Le gouvernement reste évasif sur le sujet relatif au nombre d'opportunités d'emplois créés jusqu'ici.
La Commission kényane des droits de l'Homme estime que les autorités devraient être en étroite consultation avec les représentants des fonctionnaires dans des discussions sur le dégraissage des employés du public. Toutefois, elle constate également qu'il y a de bonnes raisons de réduire la taille de la fonction publique.
"Si nous avons une fonction publique pléthorique et que tout l'argent des contribuables est dépensé pour les payer (fonctionnaires), alors cela n'a aucun sens. Une main-d'œuvre plus réduite est nécessaire pour que le reste de l'argent épargné soit utilisé pour relancer d'autres secteurs", a indiqué, à IPS, Steve Ouma, directeur exécutif adjoint de la commission.
De tels propos ne sont d'aucune utilité pour Samuel Kariuki (pas de son vrai nom), qui a travaillé pour le gouvernement kényan pendant 20 ans – sortant des rangs pour devenir un haut fonctionnaire. En 1994, tout cela a changé.
Kariuki s'est retrouvé compressé, et confronté à un avenir sombre.
L'indemnité de licenciement qu'il a reçue s'élevait à juste un peu plus de 500 dollars.
"Je me suis senti volé et amer et je me suis demandé comment je vais compenser toutes les années perdues. Après mûre réflexion, j'ai pensé que la seule voie de sortie était d'avoir recours à une vie criminelle, ce qui pouvait être facilité si je possédais une arme", a-t-il dit à IPS au cours d'un entretien dans le district de Kiambu, à environ 30 kilomètres de la capitale.
"J'ai découvert que je pouvais acheter un pistolet de calibre 38 à Nairobi avec 100 dollars, et je me suis lancé dans une vie de vol. J'étais peiné qu'après avoir été fidèle à mon employeur pendant deux décennies, la société ait décidé de me récompenser avec une somme dérisoire de 512 dollars. Je ne voyais plus la valeur de l'honnêteté et j'étais donc décidé à utiliser le fusil pour survivre".
Heureusement, les amis de Kariuku ont réussi à discuter avec lui et à le sortir de ce plan. Il se bat maintenant pour diriger un petit magasin d'alimentation, qu'il a ouvert en utilisant l'indemnité qu'il a reçue du gouvernement.

