KINSHASA, 23 avr (IPS) – La République démocratique du Congo (RDC) a demandé et obtenu de l'Angola une trêve de deux semaines sur les opérations d'expulsion de ses ressortissants, à la suite d'une brève visite à Luanda de son ministre des Affaires étrangères, Antoine Ghonda, mercredi (21 avril). Selon le gouvernement congolais, cette trêve donnerait aux autorités compétentes et aux organisations humanitaires, dont le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR), de gérer la situation sur les sites d'accueil en RDC. Selon l'organisation non gouvernementale (ONG) Médecins sans frontières, le choléra s'est déjà déclaré sur les sites congolais qui accueillent également des Africains d'autres pays, notamment des ressortissants de l'Afrique de l'ouest.
A ce jour, le ministère de l'Intérieur de la RDC indique avoir enregistré quelque 60.000 refoulés congolais d'Angola. Selon des sources des organisations humanitaires, environ 100.000 expulsés africains – toutes nationalités confondues – seraient arrivés sur le territoire congolais.
Par ailleurs, Wendy Chamberlin, haut-commissaire adjointe du HCR a effectué cette semaine une visite de quatre jours qui lui a permis d'apprécier sur place les conséquences du "rapatriement forcé" des ressortissants congolais sur les relations entre la RDC et l'Angola. Chamberlin s'est entretenue, dès les premiers jours de la semaine, avec les différentes personnalités politiques congolaises impliquées dans la gestion de l'affaire des refoulés d'Angola, dont Azarias Ruberwa, vice-président de la RDC, chargé des questions politiques et de sécurité ainsi que Théophile Mbemba, ministre de l'Intérieur. "La visite de cette haute personnalité du HCR tombe à point nommé car nous allons avoir besoin de l'avis du HCR dans la recherche de la solution au problème qui nous oppose à l'Angola au sujet des expulsions massives de nos ressortissants d'Angola", a déclaré Ghonda devant la presse à son retour de Luanda.
La haut-commissaire adjointe du HCR déclare être venue pour discuter de tous les problèmes qui se posent d'une manière générale à tous les Congolais désireux de regagner leur pays. "Nos entretiens concernent beaucoup plus les conditions de sécurité des réfugiés désireux de regagner leur pays que celles dans lesquelles ils vivent dans les pays d'accueil", a-t-elle indiqué à la presse, ajoutant que "l'année 2004 est celle du grand retour des réfugiés congolais en RDC". Chamberlain devait visiter le camp de réfugiés angolais de Kahemba, dans la province de Bandundu, dans l'ouest de la RDC. Elle devait discuter des conditions de réinsertion des ex-réfugiés congolais regagnant leur pays, et examiner la crise qui couve actuellement entre la RDC et l'Angola au sujet des ressortissants congolais qui seraient refoulés d'Angola dans des "conditions très peu humaines". L'opération de refoulement, qui concerne tous les étrangers africains ne pouvant pas justifier de leur séjour régulier en Angola, frappe en particulier les ressortissants congolais dont le nombre dépasserait les 300.000 personnes. C'est depuis février que, par milliers, les Congolais étaient obligés de retraverser la frontière dans le sens Angola-Congo. Ils se plaignent tous des humiliations que leur feraient subir les forces armées et la sécurité angolaises depuis leur lieu de résidence jusqu'à la frontière. Selon l'organisation non gouvernementale (ONG) de défense des droits de l'Homme 'La voix des sans voix', la situation des expulsés est dramatique dans la mesure où les victimes sont concentrées le long de la frontière entre l'Angola et la RDC, dans la province de Bandundu. "Elles sont dépouillées de tous leurs biens par des Angolais, militaires comme civils, et se retrouvent sans secours à leur arrivée sur le territoire congolais". L'ONG féminine 'F comme Femme' dénonce spécialement les conditions dans lesquelles s'effectuent les fouilles corporelles des femmes à la frontière : "Les femmes victimes de ces expulsions se plaignent surtout de la brutalité des fouilles corporelles à la frontière et des conditions dans lesquelles elles sont effectuées. Les fouilles corporelles sont faites sans gants, dans des conditions hygiéniques très douteuses. Nous craignons beaucoup pour les conséquences de telles pratiques sur la santé des femmes". De son côté, le gouvernement angolais se montre plutôt étonné par ce que l'ambassade d'Angola à Kinshasa appelle le "tapage médiatique fait autour de ces mesures tout à fait normales que tout gouvernement qui se respecte est en droit de prendre souverainement". Joao Baptista, l'ambassadeur d'Angola en RDC, estime qu'il y a une grande part de désinformation de la part de la presse et de certains milieux gouvernementaux du Congo : "Le gouvernement angolais agit en respectant les droits des uns et des autres", a-t-il affirmé devant la presse. "Mais", a-t-il ajouté, "il faut comprendre que les mesures de remise en ordre dans une économie du pays, basée essentiellement sur le commerce du diamant, ne peut plus longtemps tolérer un séjour illégal d'étrangers dans les zones minières. Mon gouvernement essaie de procéder au retour des ressortissants des différents pays dans les meilleures conditions de sécurité possibles". La plupart des Congolais et des autres Africains refoulés vivaient essentiellement dans les régions diamantifères du nord de l'Angola. Ils se sont subitement retrouvés en RDC où leur présence pose de graves problèmes d'hébergement.
Sosthène Kadima, un journaliste travaillant dans la ville de Tshikapa, province du Kasai occidental, frontalière avec l'Angola, raconte, à IPS, la situation qui prévaut dans cette localité diamantifère avec l'arrivée massive des personnes expulsées d'Angola : "Tshikapa est une ville de 200.000 habitants, qui se retrouve envahie par plus de 150.000 personnes, dans le dénuement le plus total". "Non seulement, il se pose un problème de logement, mais également celui de l'alimentation. Les prix ont immédiatement grimpé au marché et je crains qu'il ne se pose un problème de carence de nourriture", explique-t-il. Selon Mbemba, ministre congolais de l'Intérieur, la question des expulsés congolais devra constituer l'ordre du jour de la commission mixte des deux Etats, qui se réunira bientôt : "Nous avons convenu que cette question soit discutée et approfondie au cours de la réunion de la commission mixte, et nous espérons que les résultats de l'enquête en cours seront déjà disponibles".

