POLITIQUE-SIERRA LEONE: Une élection en préparation, 30 ans après

FREETOWN, 22 avr (IPS) – Les élections locales ne sont pas un événement rare, diraient certains. Mais, elles le sont si vous vivez en Sierra Leone et que vous n'avez pas eu votre mot à dire sur les conseillers locaux en trois décennies.

Le fait que les élections arrivent est la bonne nouvelle. La mauvaise nouvelle est que le scrutin ne sera pas propre.

Osman Yansaneh, secrétaire général de 'All Peoples Congress' (APC), de l'opposition a déjà allégué "une grave interférence de 'chefs' (tribaux) dans le processus électoral en faveur du SLPP au pouvoir (Parti populaire de Sierra Leone)".

Sur les 17 partis politiques enregistrés dans le pays, seuls quatre prennent part au scrutin du 22 mai prochain – les autres s'étant essoufflés après la dernière élection générale en mai 2002.

Parmi les prétendants au gouvernement local, figurent le SLPP du président Ahmad Tejan Kabbah et le Front révolutionnaire uni (RUF) – précédemment un mouvement rebelle qui a obtenu la notoriété en Sierra Léone et au-delà pour avoir amputé les membres des civils durant la guerre civile du pays.

Le Parti pour la paix et la libération (PLP) et le plus grand parti d'opposition au parlement, l'APC, prennent également part au scrutin, qui est en train d'être géré par la Commission électorale nationale (NEC).

Yansaneh a indiqué à IPS : "Nous résisterons à toutes les tentatives du SLPP de truquer ou d'influencer les élections".

Pour sa part, le président de la NEC, Eugene Davies, a dit qu'il comptait organiser "des élections libres, équitables et transparentes dépourvues de violence, d'intimidation et de fraude". Toutefois, il a exprimé des préoccupations par rapport à l'ingérence présumée des chefs tribaux dans la sélection des candidats pour les élections municipales.

Les élections municipales sont cruciales et sont manifestement un test pour le SLPP, qui a obtenu 70 pour cent de voix dans les élections générales organisées il y a deux ans. Le SLPP exerce un deuxième mandat de cinq ans.

Selon le politologue John Mansaray, "Ce sera une bataille rude pour le SLPP. La plupart des gens ici croient que le gouvernement n'a pas tenu ses promesses électorales de 2002". Pendant sa campagne de 2002, le parti au pouvoir avait promis des services médicaux décents, des routes praticables, une fourniture électrique fiable et une meilleure éducation. Mais, il n'a pas pu traduire ses paroles en actes, estime Mansaray.

Foday Kumara, un jeune électeur, affirme avoir voté pour le SLPP dans les dernières élections, "mais cette fois-ci, je serai très prudent dans mon choix".

D'autres ne s'en préoccupent pas. "Il m'est difficile de nourrir mes enfants et de payer leur scolarité. Les choses sont trop dures pour moi, les élections ne constituent donc pas une priorité pour moi", affirme Isatu Bangura, une ménagère, mère de quatre enfants.

Mais selon Sidikie Brima, le ministre responsable du gouvernement local, ces élections portent simplement sur la "décentralisation du pouvoir et la restauration de l'autorité du gouvernement local".

Au total, 1.560 candidats iront en compétition pour 390 circonscriptions électorales à travers le pays. Ceci en lui-même est significatif parce que pendant les dernières élections, certaines régions n'étaient pas entièrement accessibles à cause de l'activité rebelle.

Pour la première fois depuis la réintroduction de la démocratie en 1996, des candidats indépendants prennent part à une élection à l'échelle nationale.

L'un de ces candidats indépendants, Michael Kanneh, a dit à IPS après une journée de campagne : "Les partis existants ne sont pas parvenus à s'attaquer aux besoins de l'électorat, raison pour laquelle il y a une grande indifférence des électeurs. Je crois que la politique partisane n'attire plus les électeurs qui ont été plus que doublement déçus".

Pendant ce temps, la campagne s'échauffe bien qu'il n'y ait eu encore aucun rapport sur des incidents.

La force de maintien de paix des Nations Unies, présente en Sierra Leone (environ 11.000 militaires) avec l'assistance de la police locale, assure la sécurité pour l'élection du 22 mai. Un don de dix millions de dollars a été fait par la Banque mondiale pour les élections et la revitalisation des conseils locaux.

Toutefois, l'Union européenne a refusé d'apporter des financements à cause des irrégularités financières présumées au cours du vote de 2002.

A une audience au début de ce mois, le juge Robert Schuster a fixé une caution de 43.000 dollars pour Joseph Aruna et Francis Hindowa, qui ont précédemment servi en qualité de membres de la commission électorale dans l'est de la Sierra Leone. Ils sont accusés d'avoir détourné environ 1.000 dollars des fonds gouvernementaux qui étaient destinés à acheter des fournitures de bureau et autres choses du genre.

Pendant la majeure partie des dix dernières années, la Sierra Leone – riche en diamant mais en proie à une guerre civile brutale et à l'instabilité politique – est restée l'un des pays les plus pauvres au monde, malgré ses ressources minières, agricoles et halieutiques substantielles. Cependant, l'intervention militaire réussie dirigée par la Grande-Bretagne en 2000 et l'opération de maintien de paix de l'ONU qui a suivi ont apporté une dose d'espoir.

La guerre civile a pris fin début 2002, et le président Tejan Kabbah a été réélu pour un nouveau mandat de cinq ans en mai 2002.