LAGOS, 25 fév (IPS) – "Notre opinion est la suivante", déclare Shamsudeen Usman, vice-gouverneur de la Banque centrale du Nigeria : "Vous pourriez ne pas parvenir à les arrêter tous, mais le Nigeria doit commencer par coffrer quelques-uns pour faire d'eux un exemple typique. C'est de cette façon que vous pouvez décourager les autres à se joindre à eux".
Les gens que Usman espère prendre au filet sont les fraudeurs de paiement anticipé qui sont une fois encore sous le feu des projecteurs – grâce à un procès décisif qui pourrait même obtenir une mention dans le Livre des records de Guinness.
Cinq Nigérians au banc des accusés à Abuja pour l'escroquerie présumée d'une banque brésilienne, la Banco Noroeste de Sao Paolo, portant sur 242 millions de dollars. Nuhu Ribad, chef de la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) – l'organe qui plaide pour le ministère public dans l'affaire – la qualifie de "plus grand cas de fraude de paiement anticipé au monde".
Le chargé de la finance internationale à Banco Noroeste aurait été amené à voler de l'argent et à le transférer sur les comptes des Nigérians. Il aurait été attiré par la perspective d'une participation dans un contrat fictif de construction d'un nouvel aéroport pour Abuja.
L'affaire est juste un exemple – bien que spectaculaire – de la soi-disant "Escroquerie 419", dénommée ainsi suivant la section 419 du code pénal du Nigeria, qui interdit la fraude des paiements anticipés.
L'escroquerie vieille de 15 ans a vu des millions de lettres envoyées partout dans le monde par des fraudeurs qui affirmaient avoir connaissance de fortes sommes d'argent qui étaient temporairement inaccessibles. Ils promettent systématiquement à leurs victimes une part de cette somme, si ces derniers les aident, en échange, à transférer l'argent. Toutefois, tout consentement à faire cela donne lieu à des demandes de fonds – ou des paiements anticipés – pour couvrir les coûts des transactions.
Les fraudeurs se font souvent passer pour de hauts responsables nigérians, même si un développement plus récent les a amenés à dire qu'ils sont des associés de dictateurs. On estime que le public a été amené à leur envoyer des centaines de millions de dollars chaque année, avec comme pays les plus durement touchés, les Etats-Unis et l'Europe de l'ouest.
A la suite des attaques terroristes contre les Etats-Unis en septembre 2001, le gouvernement du Nigeria a subi d'intenses pressions pour prendre des mesures contre les fraudeurs. Des responsables américains et la Commission d'action financière basée à Paris – une institution intergouvernementale de lutte contre le blanchiment d'argent – ont averti que des recettes de ce crime pourraient finalement être utilisées pour financer des terroristes.
Sous la menace des sanctions de la commission, le Nigeria a révisé ses lois sur le blanchiment d'argent – et créé également l'EFCC pour arrêter et poursuivre les délinquants.
La banque centrale du pays a également agi, parce que celle-ci faisait partie des plans des fraudeurs qui utilisent de faux documents de la banque – et se font passer pour ses responsables.
Selon Usman, "(Une) action hardie entreprise par la Banque centrale du Nigeria a été d'informer les banques (commerciales) à travers une note circulaire selon laquelle toute banque, qui est assez négligente pour autoriser une transaction 419 à passer par son système, sera tenue pour responsable du remboursement du montant imputé au vrai ayant-droit".
Mais malgré ces efforts, il semble que l'escroquerie devient de plus en plus forte.
Dans une séance de sensibilisation publique, le service secret des Etats-Unis a indiqué : "Tout porte à croire que la fraude des paiements anticipés rapporte des centaines de millions de dollars par an et (que) les pertes continuent de monter en flèche. Selon toute probabilité, il y a des victimes qui ne signalent pas leurs pertes aux autorités soit par peur soit par embarras".
La cupidité des victimes joue sans doute un rôle dans le succès des fraudes 419, comme c'est le cas du chômage en hausse au Nigeria – qui rend le crime attrayant pour certains.
C'est le développement de la technologie de l'information (IT), qui a été toutefois identifiée comme étant probablement le plus grand facteur derrière l'expansion de l'arnaque.
Selon Everest Amaefule, expert nigérian en TI, "l'Internet a fait qu'il est plus facile, moins coûteux et plus rapide pour les fraudeurs d'envoyer des lettres d'escroquerie aux gens dans le monde entier". Des cybercafés poussent quotidiennement comme des champignons dans les principales villes nigérianes, fournissant aux criminels l'endroit idéal pour envoyer ces lettres – et chercher des adresses e-mail de probables victimes.
Une commission présidentielle constituée d'experts en sécurité et en TI a été créée pour enquêter sur la fraude par internet.
Bien qu'ils aient été accusés de fermer les yeux sur des clients douteux, les gérants de cybercafés disent qu'ils sont prêts à aider le gouvernement à cet égard. En fait, les exploitants ont même formé une association pour combattre le crime.

