SANTE-AFRIQUE: L'assaut final est engagé contre la polio, malgré des résistances

LOME, 26 fév (IPS) – "Avec ces gouttes magiques, je crois que mon enfant est protégé contre la poliomyélite, cette maladie invalidante", a déclaré Nicole Ogomebou, revendeuse de noix de coco à Hilacondji, au poste de frontière entre le Togo et le Bénin.

Ogomebou venait de faire vacciner son enfant de deux ans contre la polio.

L'opération a été lancée lundi de façon symbolique par les autorités togolaises à Hilacondji et elle se poursuit encore. "Au-delà des frontières, nous passons de maisons en maisons pour offrir les deux gouttes de ce vaccin aux enfants", a indiqué Julien Koffitsé, un agent de vaccination. C'est avec beaucoup d'enthousiasme que la plupart des femmes, qui ont franchi la frontière, ont fait vacciner leurs enfants âgés de zéro à cinq ans. "J'ai appris à la radio que c'est important d'amener son enfant à la vaccination contre la polio", a confié Denise Amouzouvi, commerçante dans cette zone frontalière.

Les opérations se déroulent bien, selon Akouvi Gouna, une assistante médicale. Plusieurs dizaines de milliers d'agents de vaccination ont administré des gouttes du vaccin anti-polio directement à tous les enfants âgés de zéro à cinq ans au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, en Côte d'Ivoire, au Ghana, au Niger, au Nigeria, en République centrafricaine (RCA), au Tchad et au Togo, depuis lundi. Selon Dr Ebrahim Samba, directeur régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l'Afrique, le continent est à la veille d'un "triomphe bien mérité de la santé publique après huit ans de collaboration et d'investissements considérables".

"Mais la maladie menace maintenant de faire son retour et l'ensemble du continent est menacé si ces campagnes ne permettent pas d'arrêter net la propagation du virus", a averti Samba.

En Côte d'Ivoire, la campagne est destinée à vacciner 4,570 millions enfants contre la polio. Le coup d'envoi de l'opération a été donné à Bouaké, dans le centre du pays, et quartier général de l'ex-rébellion ivoirienne. L'insurrection armée du 19 septembre 2002 avait beaucoup perturbé cette campagne de vaccination depuis deux ans environ, faisant craindre l'apparition de nouveaux cas de polio dans le pays. Selon Barthélemy Bongbri, porte-parole du Programme national de vaccination en Côte d'Ivoire, il est important de rebâtir un système de santé pour éviter à d'autres enfants d'être contaminés après l'unique cas recensé l'année dernière. "Le bébé de 18 mois touché a dû être contaminé à l'étranger avant de rentrer en Côte d'Ivoire", a affirmé Bongbri.

"La polio était considérée comme presque éradiquée au Cameroun …, mais les choses ont changé en décembre, avec un nouveau cas signalé dans un village frontalier près du Nigeria", a déclaré le ministre camerounais de la Santé publique, Urbain Olanguena Awono.

Selon les Nations Unies, la maladie pourrait avoir été introduite du Nigeria, où la campagne a démarré également lundi dans la majorité des Etats de la fédération. Mais, la campagne de vaccination rencontre une forte résistance au Nigeria où des fondamentalistes musulmans se sont opposés à l'opération dans les Etats de Kano, Zamfara, Bauchi et Niger, dans le nord du pays. Des dirigeants religieux interdisent la vaccination, affirmant qu'il s'agit d'un "complot américain destiné à contaminer les musulmans avec le virus du SIDA, ou à les rendre stériles".

Pourtant, selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), 25 pour cent du nombre total de malades au Nigeria ont été enregistrés à Kano.

Au Nigeria, les efforts pour éradiquer la polio ont subi un revers avec la suspension des campagnes de vaccination dans les trois Etats du nord, dont Kano, à la suite des rumeurs relatives au doute sur l'innocuité du vaccin antipoliomyélitique.

La poliomyélite a resurgi dans sept pays en Afrique de l'ouest et du centre. Un nouveau cas de poliomyélite paralytique, causé par le poliovirus de type 1, a été enregistré en RCA, à 200 kilomètres au nord de Bangui, la capitale. Pourtant, aucun cas n'avait été signalé depuis juillet 2000 dans ce pays. Le virus détecté s'apparente aux virus qui circulaient en 2003 dans le nord du Nigeria. Des cas de polio ont été également signalés dans d'autres pays, notamment au Bénin (un cas), au Togo (un cas), au Cameroun (un cas), au Tchad (cinq), au Burkina Faso (sept), et au Ghana (huit cas).

"C'est dommage pour les jeunes Africains d'être paralysés à vie, c'est une négligence que l'on ne peut pas pardonner", a déclaré Dr David Heyman, émissaire de l'OMS auprès des autorités du Burkina Faso. "Ces résistances ne doivent pas nous décourager", a déclaré Susanne Aho, ministre de la Santé publique du Togo. "Nous devons poursuivre la sensibilisation et le message passera".

La campagne de cette année a connu une forte implication de dirigeants politiques, chefs religieux et traditionnels qui ont lancé des activités de sensibilisation. "Nous avons sensibilisé nos populations sur l'importance de cette vaccination", a indiqué James Togbé Kpomahé, un chef traditionnel au Togo.

Selon Georges Houéssou, préfet d'un département du Mono, dans le sud-ouest du Bénin, le lancement de la 9ème édition des Journées nationales de vaccination contre la polio a pour objectif de faire le point de ce qui est déjà fait dans la lutte contre la maladie, et de renforcer les capacités de mobilisation pour éradiquer le fléau. Daniel Kantin, maire de Djakotomey, dans le sud-ouest du Bénin, a promis de tout mettre en ouvre, avec la collaboration des chefs religieux et des tradipraticiens, pour que les journées de vaccination connaissent un succès dans sa zone.

"C'est un véritable assaut final que nous avons lancé cette année contre la polio, avec un deuxième tour en mars, deux autres campagnes en octobre et en novembre, et enfin nous ferons un ratissage en décembre", a souligné Aho.