NAIROBI, 24 fév (IPS) – La crise du transport au Kenya, qui a commencé au début de ce mois, continue de s'approfondir.
Depuis l'introduction des réformes destinées à rétablir le bon sens sur les routes du pays, il y a eu une forte réduction du nombre de minibus taxis – ou "matatus" – qui roulent actuellement. Une organisation de protection des propriétaires de matatus, l'Association du bien-être des matatus (MWA), indique que 40 pour cent seulement des 40.000 taxis sont actuellement sur les routes, (le MWA affirme également que les matatus assurent près de 80 pour cent du transport au Kenya).
Conformément aux nouvelles règles entrées en vigueur le 1er février, tous les véhicules de transport en commun sont obligés d'installer des mécanismes de contrôle de vitesse et des ceintures de sécurité pour renforcer la sécurité sur les routes. Les régulateurs de vitesse veilleront à ce que les véhicules, qui roulaient auparavant à des vitesses effroyables, ne dépassent pas la vitesse maximale de 80 kilomètres/heure..
Les règles, introduites par le ministre des Transports John Michuki, ont également réduit les chargements de passagers des véhicules de transport en commun. Avant l'entrée en vigueur des nouveaux règlements, il n'était pas rare de voir un matatu de 14 places transporter 22 passagers – pendant qu'un bus de 62 places assises transportait également 62 passagers debout.
Maintenant, le chargement de ces véhicules peut ne pas excéder leur capacité assise officielle.
Des policiers ont été déployés en grands nombres pour discipliner ceux qui enfreignent les lois, et le refus de se conformer a conduit à la mise en fourrière des véhicules, et à l'arrestation des chauffeurs, ainsi qu'au retrait de leurs permis de conduire. Comme le nombre de matatus toujours en circulation ne peut pas satisfaire la demande, des milliers de banlieusards marchent pour se rendre au travail et à d'autres destinations.
Comme les responsables de la sécurité routière estiment à environ 3.000 le nombre de décès dans les accidents de la circulation par an, les nouvelles lois ont été probablement bien accueillies par certains.
Toutefois, le secrétaire national à l'organisation de la MWA, Henry Ireri, dit que les règles relatives à la sécurité ont également desservi l'industrie des minibus taxis – faisant passer les recettes de 1,6 million de dollars à 700.000 dollars par jour.
"La perte est colossale et l'on ne peut pas imaginer ce que nous avons perdu depuis l'entrée en vigueur des nouveaux règlements", a-t-il souligné. La MWA indique que les matatus apportent par an 584 millions de dollars à l'économie kényane, ce qui équivaut à 4,5 pour cent du produit intérieur brut – et que la perte de ce revenu se fera sentir.
Toutefois, ces préoccupations ont suscité peu de sympathie au sein du public, avec des analystes qui ont fait remarquer que plusieurs conducteurs de matatus ont simplement doublé les prix de la course pour compenser la perte des passagers.
"En réalité, c'est le banlieusard qui devrait être en train de crier à l'injustice parce qu'il ou elle doit dépenser plus pour le transport", constate Fredrick Muthengi, un chercheur à l'Institut des affaires économiques, basé à Nairobi.
La hausse du tarif est contraire aux consignes du gouvernement, et les autorités ont prévenu qu'elles allaient commencer par contrôler systématiquement les prix de la course si les matatus persistaient dans les augmentations des prix. "Notre position n'a pas changé, et nous allons agir bientôt", affirme Joseph Manyala, un chargé des relations publiques au ministère des Transports.
Ireri réplique : "Le gouvernement n'a pas son mot à dire lorsqu'il s'agit du contrôle des prix. S'il veut entrer en compétition avec le secteur du matatu, qu'il introduise son propre transport". A ce jour, le système kenyan des transports en commun est complètement privatisé".
"Le gouvernement ne contrôle pas les prix du carburant. Ce sont les forces du marché de la demande et de l'offre qui déterminent les prix de la course", a-t-il ajouté. "Une fois que tous les matatus reprendront le travail, les prix vont finalement se stabiliser et les affaires reprendront comme d'habitude".
Pour le moment, les autorités semblent à court d'idées visant à pallier le manque de moyens de transport : "Le gouvernement ne fait pas les affaires de transport. Il réglemente simplement le secteur", souligne Manyala. Mais heureusement, ils disposent au moins d'une statistique positive.
Michuki soutient qu'il y a eu une réduction du nombre d'accidents pendant les trois semaines d'application des règlements. "Le nombre total d'accidents sur nos routes a baissé de 41 pour cent", a-t-il déclaré la semaine dernière.

