ECONOMIE-AFRIQUE DE L'OUEST: Les industriels du textile déplorent lafaible transformation du coton

BAMAKO, 23 fév (IPS) – Les professionnels des industries cotonnières et textiles des pays huit membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) déplorent le faible taux de transformation locale de la production cotonnière dans la zone.

"Dans l'espace sous-régional de l'UEMOA, le coton fait vivre 12 millions de personnes. Et ce n'est pas normal que les industries locales ne transforment que moins de 5 pour cent" du million de tonnes de coton produit par an, a déclaré le président de l'Organisation professionnelle des industries cotonnières et textiles (OPICT) des pays de l'UEMOA, Ibrahima Macodou Fall.

Fall s'exprimait au cours d'une table ronde sous-régionale sur la transformation du coton dans la zone UEMOA, organisée à Bamako, la capitale malienne, du 19 au 21 février. L'UEMOA compte huit pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.

Selon Fall, "le coton a été introduit pour activer l'industrialisation du continent". De nos jours, s'indigne-t-il, "Les industries locales n'arrivent pas à transformer plus de 5 pour cent du million de tonnes de coton fibre produit annuellement pendant que la demande est très forte".

Cette quantité produite représente moins de 20 pour cent de la production mondiale. Aujourd'hui, l'OPICT estime à plus de 700 milliards de francs CFA (environ 1,7 milliard de dollars US) le marché textile de l'UEMOA. Dans cette zone, Le coton représente 5 à 10 pour cent du produit intérieur brut (PIB). Selon des études récentes, financées par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et le Centre pour le développement de l'entreprise (CDE), il est possible de transformer 25 pour cent de la production de coton d'ici à 2010. Ce qui entraînerait la création de 50.000 emplois. "L'émergence d'une véritable industrie textile sous-régionale créera de la valeur ajoutée et favorisera une croissance forte. C'est cette croissance qui nous permettra de lutter efficacement contre la pauvreté qui touche plus fortement le monde rural, et offrira des emplois à nos millions de jeunes au chômage", a souligné le président du Mali Amadou Toumani Touré, à l'ouverture de la rencontre. "Au Mali, notre ambition est de passer du statut de pays exportateur de matières premières brutes à celui de pays exportateur de produits semi-finis", a-t-il ajouté. Le Mali, avec une production record de 600.000 tonnes de coton graine cette année, prend une part active dans l'initiative sectorielle sur le coton aux côtés du Bénin (environ 300.000 tonnes), du Burkina Faso (environ 500.000 tonnes) et du Tchad. Ce regroupement milite activement en faveur d'une élimination, tout au moins, d'une diminution substantielle des subventions agricoles des pays développés, qui faussent le jeu de la concurrence.

L'état des lieux révèle, aujourd'hui dans l'espace UEMOA, une filière cotonnière qui traverse une crise consécutive à la déprime structurelle des cours du coton sur le marché international. "Cette crise est imputable aux importantes subventions – de l'ordre annuellement de 3 milliards de dollars, soit environ 1.500 milliards FCFA – accordées par les pays développés à leurs cotonculteurs", a déclaré, à IPS, Tahirou Bamba, secrétaire général du Syndicat pour la valorisation des cultures cotonnières et vivrières (SYCAV).

Le manque à gagner se chiffre à près de 100 milliards FCFA (environ 192,3 millions de dollars US) par an pour les Etats producteurs de l'UEMOA. Selon Choguel Maïga, ministre de l'Industrie et du Commerce du Mali, cette situation a conduit, ces dernières années, à un dépérissement du tissu industriel du textile de l'UEMOA, entraînant la fermeture d'une vingtaine d'unités industrielles sur la quarantaine mises en place depuis les années 60.

Si le coton représentait jadis une source de richesse pour les paysans, a déclaré le président Toumani Touré, il est devenu ces derniers temps une source de préoccupations et de soucis pour l'État ainsi que pour les producteurs lourdement endettés. Cette tendance s'est aggravée par une chute drastique des cours mondiaux du coton fibre et a eu des répercussions socio-économiques sur des millions de personnes vivant directement ou indirectement du coton, selon Alassane Maiga, un économiste. La table ronde de Bamako a réuni des chefs d'entreprises textiles, des ministres de l'Industrie et du Commerce, de l'Agriculture, des responsables des institutions sous-régionales régionales (Commission de l'UEMOA et BOAD), des représentants d'institutions internationales (Commission européenne, Agence française de développement…), ainsi que des partenaires privés internationaux venus de France, de l'Ile Maurice et de l'Inde. La rencontre a été sanctionnée par l'inauguration d'une nouvelle filature à Bamako, la FITINA SA. Cette entreprise, avec un investissement initial de 6 milliards de FCFA (environ 11,5 millions de dollars US), compte produire, selon ses initiateurs, 4.000 tonnes de filets dans une première phase, dont 80 pour cent seront exportés en Europe et à Maurice. Les 20 pour cent restants seront destinés au marché intérieur et sous-régional. La société offrira 220 emplois.