SANTE-AFRIQUE DU SUD: Un accueil mitigé pour le budget anti-SIDA

JOHANNESBURG, 23 fév (IPS) – Le ministre sud-africain des Finances, Trevor Manuel, a reçu des activistes anti-SIDA des appréciations contradictoires pour le budget annuel qu'il a annoncé la semaine dernière.

Manuel a alloué 2,1 milliards de rands (environ 314 millions de dollars) à la lutte contre le SIDA, y compris la fourniture des anti-rétroviraux (ARV). (Au cours des trois prochaines années, le gouvernement envisage de dépenser 1,9 milliard de dollars pour juguler la pandémie).

Plus de cinq millions de personnes, ou plus de 10 pour cent de la population d'Afrique du Sud, seraient infectées par le VIH (virus d'immunodéficience humaine), qui cause le SIDA. A peu près 600 d'entre elles meurent chaque jour de maladies liées au SIDA, selon des groupes de pression.

"Manuel est en train de faire un très gros effort. L'argent aidera beaucoup de gens. Mais cela n'aiderait pas autant de personnes que nous l'aurions souhaité", a indiqué, à IPS, Karen Stillwell, coordonnatrice de AIDSLINK, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Johannesburg.

Sa collègue Michael Drysdale en convient, estimant que "Les 2,1 milliards de rands ne sont pas suffisants. Cela aurait pu être suffisant il y a un an. Mais le problème a été laissé en l'état pendant longtemps. Maintenant, nous avons besoin de six fois ce montant".

Les médicaments ARV coûtent jusqu'à 135 dollars le mois, a noté Drysdale.

"Mais il y a un médicament générique qui arrive du Swaziland par la frontière et qui coûte 600 rands (environ 90 dollars) par mois".

"Le problème est que la plupart des gens sont pauvres et n'ont pas les moyens d'acheter les médicaments", a déclaré Drysdale. "De plus, nous devons étudier la question de l'alimentation qui est cruciale dans la gestion des conditions des personnes vivant avec le VIH/SIDA".

"Cela me brise vraiment le cœur alors que nous pouvions faire plus pour sauver des vies", a fait remarquer Stillwell. "Mais le problème reste toujours l'argent, l'argent".

Lorsqu'il a annoncé un programme de traitement ARV en novembre dernier, le gouvernement a parlé du traitement d'environ 50.000 personnes d'ici mars de cette année.

Mais la Campagne d'action pour le traitement (TAC), le premier groupe de pression anti-SIDA d'Afrique du Sud affirme : "Moins de 1.500 personnes ont été incluses dans des programmes de traitement, presque toutes dans la province du Cap occidental".

Le gouvernement estime qu'un demi-million de Sud-Africains ont actuellement besoin des ARV. Selon la TAC, moins d'un pour cent de ces personnes ont accès à ces médicaments et ils sont pour la plupart dans le secteur privé.

Manuel a déclaré qu'une partie de l'allocation anti-SIDA, d'un montant de 314 millions de dollars, serait consacrée à l'introduction de nouvelles indemnités pour des compétences rares en zones rurales, avec pour objectif d'améliorer les services de santé dans les zones reculées et de maintenir des professionnels hautement qualifiés dans les infirmeries. "Vingt-sept hôpitaux seront également modernisés complètement ou remplacés dans le cadre du Programme de revitalisation des hôpitaux", a-t-il ajouté.

Alors que le débat sur l'introduction des ARV continue, certains hommes d'affaires fournissent leur part d'effort pour combattre le SIDA.

GlaxoSmithKline, une firme pharmaceutique internationale, a exhorté les compagnies sud-africaines et les ONG à accepter des offres de prix "préférentiels" pour les programmes de traitement des employés.

Dans une publicité diffusée la semaine dernière, GlaxoSmithKline a dit que cette offre était faite aux employeurs de l'Afrique subsaharienne qui étaient capables d'instituer des programmes de traitement du SIDA sur le lieu de travail ou ailleurs.

Les grands fabricants de voitures allemands DaimlerChrysler, BMW et Volkswagen mettent déjà les ARV à la disposition de leurs employés. La prévalence du VIH dans ces sociétés se situe entre six et neuf pour cent.

Par ailleurs, le géant du diamant De Beers a annoncé récemment qu'il paierait 90 pour cent des coûts de traitement pour les employés qui risquaient de contracter des maladies liées au SIDA.