BLANTYRE, 20 fév (IPS) – Vera Chirwa est une militante des droits de l'Homme bien connue au Malawi, un rapporteur sur les prisons pour l'Union africaine (UA) et quelqu'un qui a été emprisonné pour avoir dénoncé le régime autoritaire sous l'ancien président Hastings Kamuzu Banda.
Mais ce passé n'était pas suffisant pour lui valoir un coup de pouce pour la présidence du Malawi pendant les élections de mai. La candidature de Chirwa a été rejetée il y a quelques jours par la coalition de l'opposition, 'Mgwirizano', nouvellement formée, qui a décidé de présenter un candidat homme. Le leader du Parti républicain, Gwanda Chakuamba, sera le porte-flambeau de la coalition à la prochaine élection.
Même si Chirwa a promis son soutien à Mgwirizano, elle n'a toujours pas digéré la décision du groupe : "Ils m'ont rejetée parce que je suis une femme", affirme-t-elle.
Cette activiste n'est pas la seule femme à crier à l'injustice au moment où le Malawi se dirige vers des élections générales plus tard cette année.
Ceux qui prennent part aux élections des partis pour devenir candidats aux législatives, se plaignent également des difficultés – y compris le harcèlement des électeurs qui croient que les femmes n'ont rien à faire en politique.
"La culture entre beaucoup en jeu. Dans les familles, les hommes croient que les femmes ne peuvent pas diriger – et les femmes elles-mêmes pensent donc que nous ne pouvons pas diriger", explique Makoko Chirwa, directrice de 'Voix des femmes', une organisation non gouvernementale (ONG).
"Ceci remonte à la façon dont nous avons été éduqués, selon laquelle la place des femmes est à la maison où elle est reléguée à la cuisine".
Selon Steven Duwa, directeur exécutif du Réseau panafricain des éducateurs civiques (PACENET), une étude faite par son ONG montre que la plupart des candidates aux législatives ont perdu dans les primaires parce que les partis politiques ne croient pas que les femmes puissent remporter des élections nationales.
"Malheureusement, aucun parti politique ne semble pleinement engagé à offrir aux femmes la chance de se présenter sur leur liste", a-t-il dit à IPS. Le PANECET gère actuellement un projet de promotion de la participation des femmes en politique.
Le résultat de tout ceci est que le Malawi pourrait avoir des difficultés pour honorer son engagement de 1997, pris sous les auspices de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), pour obtenir que des femmes occupent 30 pour cent des sièges législatifs d'ici à 2005.
La colère liée au déroulement des primaires a poussé le Front démocratique uni (UDF), au pouvoir, à ordonner l'organisation de nouvelles élections dans au moins 20 circonscriptions électorales où il a reçu des plaintes de femmes.
Le Réseau électoral de soutien aux femmes (GESN), une coalition de groupes de défense des droits des femmes, estime que l'UDF a biaisé ses primaires en faveur des hommes en leur donnant plus de fonds de campagne qu'aux femmes.
La porte-parole du GESN, Reen Kachere, indique que le groupe aimerait rencontrer les dirigeants des trois principaux partis – l'UDF, le Parti du congrès du Malawi et l'Alliance nationale démocratique – pour faire pression en faveur d'un meilleur traitement des candidates potentielles.
Alors que les femmes constituent plus de 50 pour cent des 12 millions d'habitants du Malawi, 17 seulement des 193 personnes envoyées au parlement après les élections de 1999 étaient des femmes.
L'année dernière, des activistes avaient proposé que la constitution du Malawi soit amendée pour permettre au président de nommer des femmes pour aller jusqu'à au moins 20 pour cent de sièges au parlement. Le chef de l'Etat, Bakili Muluzi, avait gagné l'admiration lorsqu'il a annoncé son soutien à la réforme constitutionnelle – même si cela doit encore se traduite par des actions.
Mais, Osborne Manyowa, un habitant du centre commercial du Malawi – Blantyre – estime que les femmes sont en partie responsables de leur mise sur la touche.
"Elles font beaucoup de bruit, mais tombent lorsqu'il s'agit de mener le véritable combat. Au lieu de cela, elles perdent leur temps à amuser les politiciens en dansant à leurs manifestations".
La danse à laquelle il se réfère remonte à l'ère de Banda où il était obligatoire pour toutes les femmes de danser devant le chef de l'Etat, qui s'était autoproclamé président à vie.
Même si le gouvernement actuel a rejeté cette tradition durant sa campagne de 1994, pour arriver au pouvoir, cela s'est révélé une habitude difficile à ébranler.

