NAIROBI, 19 fév (IPS) – La perspective d'une nouvelle constitution avait été agitée aux Kényans depuis la fin des années 90, lorsqu'un processus de révision avait démarré sous le président Daniel Arap Moï. En décembre dernier, le successeur de Moï – Mwai Kibaki – a promis une nouvelle constitution pour juin. Des querelles politiques pourraient toutefois faire avorter cette promesse.
En 2003, une conférence nationale constitutionnelle a démarré dans un endroit situé dans la banlieue de la capitale, Nairobi, avec plus de 600 délégués participants.
La conférence discutait d'un projet de constitution rendu public en septembre 2002, qui a été rédigé par la Commission kényane de révision constitutionnelle. Cette institution a été mise en place en novembre 2000.
Des querelles entre des membres clés de la Coalition nationale Arc-en-ciel (NARC), au pouvoir, ont toutefois compliqué les débats, un spectacle que le public a suivi avec consternation.
"Ils se chamaillent … principalement sur la question non résolue du partage de pouvoir entre le président et le Premier ministre – non pas pour … l'intérêt du Kenya tout entier, mais pour leur propre satisfaction", observe Mak'Onyango Midiwa, un conducteur de bus à Nairobi.
"Ils perdent du temps sur cette question au lieu de se mettre d'accord et d'aller de l'avant. Alors qu'ils continuent de discuter, le temps file et cela ne nous étonnerait pas que juin (arrive) sans que nous ayons une nouvelle série de lois", ajoute-t-il.
La "question non résolue" à laquelle Midiwa fait référence est une proposition pour réduire les pouvoirs présidentiels et permettre la création d'un poste de Premier ministre. Aux termes de la constitution actuelle, rédigée avant l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1963, le président jouit d'immenses pouvoirs qui ont été – à l'occasion – utilisés avec abus.
Le ministre de la Sécurité nationale Chris Murungaru et le ministre de la Justice, Kiraitu Murungi, se seraient opposés à cette proposition – et ils ont demandé que le processus de révision soit repris par le parlement. Les membres de leur camp seraient proches de Kibaki : il y a des craintes que ces alliances empêchent le président d'intervenir pour mettre fin aux disputes sur la constitution.
"Il y a des cas où des politiciens en sont venus aux mains en public parce qu'ils ne peuvent pas supporter l'opinion des uns et des autres, notamment sur la question du partage du pouvoir. Pendant tout ce temps, le président est resté silencieux", remarque Angeline Wepukhulu, une femme d'affaires qui fait la navette entre Nairobi et Kakamega, une ville dans l'ouest du pays.
Le Parti démocratique libéral (LDP), qui fait partie de la NARC, fait campagne pour que les pouvoirs présidentiels soient réduits. Le ministre des Routes et membre du LDP, Raila Odinga, serait déjà en train de lorgner le poste de Premier ministre. De même, le parti résiste vigoureusement aux efforts visant à faire parvenir le processus de révision au parlement du Kenya.
En désespoir de cause, le Conseil national des églises du Kenya (NCCK) a proposé récemment son propre projet de constitution, auquel s'étaient fortement opposés les délégués à la conférence constitutionnelle. Certains délégués ont heurté le secrétaire général du NCCK, Mutava Musyimi, qui s'est retiré par la suite des discussions.
Malgré ces développements, certains Kényans restent optimistes quant à l'issue du processus de révision.
"Rien n'empêche les Kényans d'avoir une constitution démocratique aussi longtemps que les délégués resteront fermes et diront 'non' à l'interférence de certains politiciens qui apportent la confusion à cause de leurs petits intérêts", a indiqué, à IPS, Davinder Lamba, un partisan de la réforme constitutionnelle.
Mike Oliewo, un délégué à la conférence ajoute : "Ces politiciens doivent comprendre que l'élaboration de la constitution nécessite beaucoup l'obtention d'un consensus, et ceci n'est possible que lorsqu'il y a dialogue. Toutes les parties impliquées doivent oublier leurs intérêts personnels et consacrer à nouveau leurs efforts à l'élaboration de lois solides pour tous les Kényans".
Des rédacteurs du projet de constitution, des délégués et d'autres ont fait récemment une retraite de onze jours dans la ville côtière de Mombasa pour essayer de négocier un moyen de sortir de l'impasse.
Un projet final de la constitution révisée est attendu pour le 15 du mois prochain, où il sera déposé au parlement. La législature n'aura pas le pouvoir d'amender ce document : les législateurs auront soit à adopter le projet, soit à le rejeter entièrement

