LAGOS, 20 fév (IPS) – La région du Delta du Niger au Nigeria est l'une des plus vastes zones humides au monde. C'est donc une source de grande ironie que les populations vivant dans la zone se battent pour se procurer de l'eau potable : elles prennent ce qu'elles peuvent des ruisseaux et des rivières.
"Boire de l'eau dans ce village est un problème pour nous. Comme vous êtes arrivé ici maintenant, nous ne pouvons pas vous donner de l'eau à boire; si nous le faisons, nous vous empoisonnons", déclare Daniel Akpere du village d'Okuokolo.
Cette situation est en partie imputée aux compagnies pétrolières qui opèrent dans la région riche en pétrole : des activistes les accusent de polluer les sources d'eau. Toutefois, l'absence d'eau potable dans le delta montre également des insuffisances dans la politique gouvernementale.
Selon le ministère des Ressources en Eau du Nigeria, les efforts faits au cours du siècle dernier pour développer les ressources nationales en eau n'ont pas abouti à grand-chose : en 1999, seulement 30 pour cent des Nigérians avaient accès à l'eau potable.
Fournir de l'eau potable pour tous les 120 millions d'habitants du pays nécessitera un investissement énorme dans la construction de nouveaux barrages et des usines de distribution d'eau – et dans la réparation des infrastructures d'eau existantes, dont la plupart sont dans un très mauvais état.
La capitale commerciale, Lagos, aurait besoin du plus gros investissement, puisque, environ 10 pour cent de la population est concentrée dans cette ville. Olumuyiwa Coker, directeur général de la Société d'eau de l'Etat de Lagos (LSWC), indiqu'au cours des 10 à 15 prochaines années, environ deux milliards de dollars devront être dépensés pour satisfaire aux besoins en eau du nombre croissant des habitants de la ville.
Mais, les financements pour cet investissement se font terriblement rares.
"La production de l'eau nécessite un investissement extrêmement important et vu la population de l'Etat de Lagos, le gouvernement ne peut en aucun cas supporter un tel investissement", fait remarquer Coker. Les 35 autres Etats du Nigeria sont également incapables de porter le poids de la fourniture d'eau à leurs populations.
Le gouvernement central a annoncé récemment qu'il aiderait les Etats à court d'argent dans leurs programmes d'eau. Le président Olusegun Obasanjo a dévoilé une nouvelle formule de financement selon laquelle le gouvernement central fournirait 50 pour cent de l'argent nécessaire pour tous les projets d'eau en zone rurale – et 30 pour cent pour les projets urbains.
Le chef de l'Etat a dit qu'il espérait que ce plan encouragerait les Etats à intensifier des efforts pour fournir de l'eau. Le gouvernement a également bon espoir que la formule de financement rapprochera le Nigeria de la réalisation de l'un des buts fixés dans les Objectifs de développement du millénaire, c'est-à-dire s'assurer que le nombre de personnes n'ayant pas un accès durable à l'eau potable soit réduit de moitié d'ici à 2015.
Aussi admirable que puisse paraître la formule, certains la regardent avec scepticisme. "Le dire est une chose et le réaliser en est une autre. Nous n'avons encore rien reçu du gouvernement fédéral", souligne Coker.
Il s'oppose également à l'idée que le gouvernement devrait financer seul les projets d'eau.
"Je ne crois pas en l'injection de fonds publics dans les services publics. Ce modèle ne marche pas : le gouvernement n'a aucun intérêt dans l'affaire – et (comme) les prestations fournies par ces services constituent réellement une affaire… vous devez les gérer comme une entreprise", a indiqué Coker à IPS.
"Manifestement, l'ancien modèle a échoué et nous devons chercher de nouveaux moyens de faire fonctionner l'industrie pour qu'elle soit comptable sur le plan social et ait également un bon rendement, afin de satisfaire aux besoins des populations".
Tunji Lardner Jnr, conseiller principal en communication de la LSWC, dit que la société a entamé une initiative pour encourager la participation du secteur privé dans la l'approvisionnement en eau – et que cela a déjà contribué à augmenter la fourniture d'eau à Lagos.
Mais, l'augmentation de la disponibilité de l'eau potable dans le centre commercial a peu de chances d'être bien accueillie par tout le monde.
Pendant des années, des vendeurs d'eau privés ont profité des fournitures insuffisantes pour faire fortune en vendant de l'eau potable aux Nigérians..
Le coût d'un approvisionnement journalier en eau auprès de ces vendeurs serait l'équivalent de ce que l'on paierait pour une fourniture mensuelle d'eau auprès des services publics, si l'eau était disponible.
Coker souligne que les vendeurs saccageaient les installations d'eau pour contrecarrer les efforts de la LSWC à approvisionner Lagos en eau : "Nous avons réussi à établir que nombre d'actes de vandalisme que nous avons connus viennent du marché informel… Comme la LSWC a amélioré sa performance, il y a eu une corrélation directe avec un niveau de vandalisme plus élevé contre nos installations".
Quelles que soient les difficultés, les autorités ne pourront toutefois pas échapper aux exigences d'une meilleure fourniture d'eau – à Lagos et au-delà. Les populations dans plusieurs parties du nord du Nigeria connaissent également des pénuries d'eau parce que l'avancée du désert du Sahara a asséché certaines de leurs sources d'eau. Le lac Tchad – le plus grand lac dans le pays – a reculé de 60 pour cent ces dernières années..

