POPULATION-ANGOLA: Des défis se présentent aux réfugiés de retour chez eux

JOHANNESBURG, 28 nov (IPS) – L'Angola est un pays en transition. "Les réfugiés bougent, les personnes déplacées sont en mouvement, comme les ex-combattants", déclare Kallu Kalumiya du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

"Tout le monde semble être en mouvement dans ce pays", a affirmé Kalumiya, coordonnateur régional du programme de rapatriement angolais auprès du HCR, au cours d'une conférence de presse, la semaine dernière, à Johannesburg.

En juin dernier, le HCR a commencé l'une des ses plus grandes opérations de rapatriement, pour ramener chez eux près d'un demi-million d'Angolais dispersés dans des pays voisins.

A cette date, 67.000 réfugiés ont quitté la République démocratique du Congo (RDC), la Zambie et la Namibie pour l'Angola. Le HCR dit qu'il espère accélérer le rythme du rapatriement l'année prochaine, et aider quelque 160.000 Angolais à retourner au pays. Les personnes retournant dans leur pays après une longue absence ont reçu une assistance en vivres, couvertures, bâches plastiques et autres articles – et ils sont également transportés vers des zones déclarées ouvertes pour le retour.

L'opération de rapatriement volontaire en Angola a reçu récemment un important coup de pouce avec la contribution supplémentaire de 1,8 million de dollars par le gouvernement du Japon. Ceci porte à 23 millions de dollars le montant promis cette année par les donateurs qui incluent également les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Union européenne et le Canada. Le HCR cherche à collecter trois autres millions de dollars pour l'opération, pour laquelle 28 millions de dollars étaient initialement demandés.

Toutefois, le programme de rapatriement et de réintégration est également confronté à des défis et contraintes. Le premier d'entre eux est le problème des mines terrestres, qui entrave les efforts visant à faire en sorte que les réfugiés "retournent en sécurité et dans la dignité".

L'Angola a l'une des plus fortes concentrations de mines terrestres au monde – quelque 11 millions de mines, ou à peu près le même nombre que sa population. Par conséquent, le processus de rapatriement se déroule par étapes, selon le HCR.

Les réfugiés retournent dans un pays où presque trois décennies de guerre civile entre le MPLA au pouvoir et les forces rebelles ont fait un nombre élevé de victimes. L'Angola a subi d'énormes dégâts sur le plan des infrastructures : 85 pour cent de l'infrastructure de base ont été détruits durant la guerre. L'électricité et la plomberie doivent être rétablies, tandis que les routes, les ponts et les aéroports ont également besoin d'être reconstruits.

Pratiquement la moitié des enfants angolais ne vont pas à l'école, 45 pour cent souffrent de malnutrition chronique et un quart de tous les enfants meurt avant leur cinquième anniversaire, selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

La fin de la guerre angolaise n'est pas venue sur un plateau en argent.

Pendant des années, il y a eu plusieurs tentatives internationales pour négocier la paix, comme les accords de Bicese, de Lusaka et de Lisbonne.

Mais en avril 2002 – deux mois après le décès du chef rebelle de l'UNITA, Jonas Savimbi, un protocole de paix durable a finalement été signé en Angola entre les parties belligérantes.

"Depuis lors, il n'y a eu aucune violation du cessez-le-feu, à l'exception de quelques combats de faible intensité dans la province du Cabinda", a déclaré Kalumiya. Des séparatistes se battent contre des troupes gouvernementales dans cette enclave riche en pétrole depuis l'indépendance de ce pays vis-à-vis du Portugal en 1975, quand il est devenu partie intégrante de l'Angola. Le territoire a une population de 200.000 habitants, et a une frontière commune avec la RDC. Il a également perdu 30.000 personnes à cause de la guerre.

Les ressources pétrolières du Cabinda représentent près des deux-tiers de la production pétrolière de l'Angola. Bien que l'enclave jouisse d'un degré d'autonomie, des rebelles présents sur le territoire revendiquent un Etat séparé.

Cependant, il y a peu de chance que la communauté internationale soutienne la tentative d'indépendance du Cabinda, étant donné l'intérêt des Etats-Unis pour ses vastes ressources pétrolières. L'Angola, avec l'enclave, produit à peu près un million de barils par jour, dont 70 pour cent sont exportés vers les Etats-Unis. Ceci fait de l'Angola le neuvième plus grand fournisseur de pétrole aux Etats-Unis. Il est également le deuxième plus grand producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne, après le Nigeria. Les Etats-Unis, qui font face à une incertitude politique au Moyen-Orient riche en pétrole, importent autour de 16 pour cent de leurs besoins pétroliers de l'Afrique subsaharienne. Ce chiffre devrait passer à 25 pour cent en 2015, selon un rapport de la Commission nationale de sécurité.

L'Angola dispose également d'importants gisements de diamant. Selon Kalumiya, "le processus de paix en Angola est probablement le plus robuste en Afrique depuis la conclusion de l'accord de paix dans ce pays l'année dernière".

Plus de 100.000 anciens combattants de l'UNITA ont été cantonnés dans des camps, désarmés et démobilisés – et 5.000 autres ont été intégrés dans l'armée angolaise.

Pour que la paix prévale, le gouvernement et les entreprises privées doivent fournir des emplois. Actuellement, 60 pour cent des Angolais vivent dans la pauvreté. Le pétrole, largement perçu comme une solution à la pauvreté, représente environ 90 pour cent du budget annuel du pays – qui varierait entre trois et cinq milliards de dollars. Un rapport interne du Fonds monétaire international (FMI) a affirmé l'année dernière qu'environ un milliard de dollars avaient disparu des caisses du gouvernement angolais en 2001. Mais, Luanda a nié l'allégation.

L'investissement étranger pourrait faire quelque chose pour faire face au manque d'emplois. Au début de ce mois, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a visité l'Angola. Le ministre du Commerce et du Développement, Luis Fernando, a également annoncé des plans pour investir quelque 100 millions de dollars afin de relever l'industrie angolaise de canne à sucre et la faire fonctionner à nouveau.

Les efforts de réinstallation ont été également minés par des violations des droits de l'Homme, qui sévissent en particulier dans les zones rurales.

C'est quelque chose que Maria Makendo (pas de son vrai nom) a découvert récemment, à ses dépens. Makendo a refusé de sortir avec un policier, et a fini dans un hôpital à Luanda, la capitale de l'Angola, après avoir été sauvagement battue par l'agent de police.

"Nous l'avons évacuée par pont aérien sur Luanda pour recevoir un traitement médical", se rappelle Kalumiya. "Nous avons ensuite alerté les autorités sur l'incident". Le policier a été arrêté, mais est décédé plus tard en prison, apparemment à cause de la torture infligée par ses collègues". "Nous n'avons rien obtenu", a déclaré Kalumiya, faisant allusion à la mort du policier. "Mais cela a envoyé un message fort à tous les autres".