POLITIQUE-BURUNDI: Les ex-rebelles des FDD entrent au gouvernement pour la paix

BUJUMBURA, 28 nov (IPS) – Le Burundi se dirige vers la voie de la paix, avec l'entrée au gouvernement d'anciens rebelles des Forces pour la défense de la démocratie (FDD) de Pierre Nkurunziza, qui acceptent de déposer les armes.

Conformément aux derniers accords signés au récent sommet de Dar Es Salaam, en Tanzanie, le président burundais Domitien Ndayizeye (hutu) et son vice-président Alphonse-Marie Kadege (tutsi) ont nommé, le 23 novembre, un nouveau cabinet de 27 ministres contre 26 dans l'équipe précédente.

Les FDD de Nkurunziza entrent en force au gouvernement, décrochant un poste de ministre d'Etat chargé de la Bonne gouvernance et de l'Inspection générale de l'Etat pour leur leader. Il jouira automatiquement d'un service de protocole et d'intendance, comme pour le président et le vice-président de la République.

Dans cette nouvelle équipe de transition, les FDD occupent trois autres portefeuilles importants : le ministère de l'Intérieur, celui des Travaux publics et de l'Equipement, ainsi que le ministère de la Communication et porte-parole du gouvernement.

L'ancien dirigeant des FDD devient ainsi le troisième homme fort du Burundi. En d'autres termes, toutes les décisions, qui seront prises par la présidence, seront avalisées par ce super-ministère d'Etat dirigé par l'ancien rebelle Nkurunziza. Toutes les questions, liées à la mise en ouvre des différents accords de cessez-le-feu, doivent être étudiées par les trois hautes personnalités. "Le Burundi s'achemine petit à petit vers la fin de la guerre", affirme un diplomate accrédité à Bujumbura, la capitale burundaise, mais qui a requis l'anonymat.

Aussitôt le gouvernement annoncé, des réactions fusent de partout.

Certaines formations politiques ayant perdu des postes ministériels se plaignent, tandis que les ex-rebelles rivalisent d'ardeur pour calmer la population, indiquant que la paix pointe à l'horizon. Hussein Radjabu, secrétaire général des FDD a déclaré : "Nous venons de franchir un pas important et les Burundais peuvent espérer que d'ici peu, le peuple va retrouver sa tranquillité".

Au Front pour la démocratie au Burundi (FRODEBU), parti hutu qui avait remporté les élections générales de juin 1993, et dont est issu l'actuel président Ndayizeye, la satisfaction est totale : "L'entrée du CNDD-FDD dans la nouvelle équipe gouvernementale est un signe d'espoir pour le peuple burundais qui a tant souffert. C'est un grand pas dans le processus de réconciliation nationale", a affirmé le secrétaire général du FRODEBU, Jean-de-Dieu Mutabazi.

La satisfaction n'est pas unanime dans tout le cartel pro-hutu regroupé au sein de la famille dite G-7. Le Front de libération nationale (FROLINA), parti politique du G-7, qui a perdu le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture dans le nouveau gouvernement, n'a pas caché son amertume.

Sabuwanka, sénateur du FROLINA, a déclaré : "Notre parti prend acte du nouveau gouvernement, mais je dénonce l'exclusion dont notre parti a été victime". Même déception pour certains partis du G-10 pro-tutsi exclus du gouvernement. Le président du Parti des travailleurs du Burundi, Nicéphore Ndimurukundo, s'est indigné de l'éjection de son parti de la gestion du pays. "Nous demandons réparation aux formateurs du gouvernement et protestons contre des pratiques d'exclusion du G-10 qui viennent de récupérer notre ministère de la Lutte contre le SIDA au profit du parti UPRONA" (qui a perdu les élections en 1993), a indiqué Ndimurukundo.

Le Parti pour le redressement national (PARENA) de l'ancien président Jean-Baptiste Bagaza, signataire des accords de paix d'Arusha, reste encore absent du gouvernement, contrairement à ce qu'il avait annoncé. Zénon Nimubona, porte-parole du PARENA, affirme que "le parti ne négocie pas l'entrée au gouvernement, mais plutôt le programme pour que les Burundais revivent encore ensemble".

Seule l'Alliance burundo-africaine pour le salut (ABASSA), du G-10 pro-tutsi, a salué "le respect des engagements de partage de postes tels que convenus dans les derniers accords entre les parties belligérantes". Le nouveau cabinet de 27 ministres compte trois femmes, contre quatre dans le précédent. Pourtant, l'accord de paix d'Arusha prévoit au moins 30 pour cent de représentativité des femmes. Le Mouvement pour la participation politique de la femme "interpelle par conséquent toutes les femmes, sans distinction aucune, à unir leurs efforts pour condamner cette manière exclusive à l'égard des femmes qui représentent 52 pour cent de la population et contraire à la démocratie pour laquelle les femmes ont été sacrifiées pendant dix ans". Si le gouvernement est formé, beaucoup de choses restent à faire. Sur le terrain, même si l'on observe une relative accalmie sur plus de 95 pour cent du territoire burundais, la guerre continue dans certains coins.

Au terme d'un accord global de cessez-le-feu entre le gouvernement de transition et les rebelles des FDD de Nkurunziza, les deux parties belligérantes ont convenu de partager le pouvoir à la fois politique et militaire. Mais le cantonnement des rebelles des FDD n'a pas encore commencé, et les opérations de démobilisation et de réintégration ne sont apparemment pas pour demain. Les deux parties ont une fois de plus invité le mouvement rebelle Palipehutu-FNL d'Agaton Rwasa – le plus radical – à prendre le chemin des négociations en vue de mettre un terme à la guerre.

La guerre continue et les FNL veulent négocier avec l'ethnie minoritaire des Tutsi à la tête de laquelle se trouve l'armée. Ce seul mouvement rebelle hutu a intensifié des attaques contre Bujumbura au lendemain de la formation du gouvernement, à partir des montagnes surplombant la capitale, leur quartier général.

Malgré les appels répétés du gouvernement aux rebelles des FNL pour se joindre à la table des négociations, il est urgent, selon des observateurs, "de tout faire pour les y amener". Une autre question divise la classe politique, celle des élections. Faut-il organiser des élections juste après la deuxième période de transition? Les Burundais se demandent également si l'aide de la communauté internationale – pour la reconstruction – va suivre le processus de paix pour soulager ce peuple meurtri par plus de dix ans de guerre. Autant de questions, ajoutées à celles de l'éducation, du SIDA, de la justice, et de la misère générale, qui donneront du fil à retordre à ce nouveau gouvernement de transition. Mais l'espoir est encore permis pour ce petit pays de 27.814 km2 et de plus de 6 millions d'habitants dans cette région des Grands-Lacs en proie à des guerres imbriquées les unes dans les autres.