SANTE-BURKINA FASO: Les associations de malades du SIDA veulent unemeilleure utilisation du Fonds mondial

OUAGADOUGOU, 28 nov (IPS) – Les associations de lutte contre le SIDA au Burkina Faso espèrent que le financement reçu du Fonds mondial pour la lutte contre le SIDA permettra d'aider véritablement les malades du SIDA dans le pays.

"Nous sommes les premiers concernés par ce fonds, si on ne nous associe pas, on passera à côte", déclare Christine Kafando, membre du comité de gestion du fonds au Burkina et représentante des associations de lutte anti-SIDA au sein du comité.

"Nous nous battons déjà sans les moyens, nous serons donc les mieux placés pour améliorer la vie des patients", ajoute-t-elle. Kafando, elle-même séropositive et présidente de l'Association 'Espoir pour demain', estime que le témoignage à visage découvert des séropositifs, au sein du fonds, permettra une plus grande mobilisation des malades pour leur prise en charge.

Pour les deux années à venir, le Burkina a reçu 7,130 millions de dollars, soit 4,278 milliards de francs CFA, pour la lutte contre le SIDA. La requête totale approuvée pour la lutte contre le SIDA s'élève à 19,281 millions de dollars, soit 11,569 milliards de FCFA pour quatre ans.

"C'est la preuve que les partenaires sont satisfaits de la lutte contre le SIDA au Burkina Faso", se réjouit Dr Abdoulaye Sacko, représentant de l'ONUSIDA dans ce pays d'Afrique de l'ouest. "Il y a un engagement politique dans la lutte contre le SIDA. Le chef de l'Etat burkinabè, Blaise Compaoré lui-même, préside annuellement les rencontres du Conseil de lutte contre le SIDA, écoute les partenaires et les associations", explique Sacko.

Depuis 2001, le président Compaoré préside le Conseil national de lutte contre le SIDA et les infections sexuellement transmissibles (CNLS/IST).

La séroprévalence au sein des 12 millions d'habitants du Burkina est passée de 7,17 pour cent en 1997 à 6,5 pour cent cette année, selon l'ONUSIDA qui estime que cela dénote de l'impact réel des efforts de prévention.

Les femmes âgées de 15 a 24 ans sont les plus touchées et selon les statistiques, 8 à 12 pour cent d'entre elles sont infectées.

"On ne doit pas dormir car de nouvelles infections peuvent intervenir chez les 15-24 ans qui constituent le groupe le plus à risque aujourd'hui", avertit Dr Sacko. Près de 45 pour cent du financement seront absorbés par les anti-rétroviraux (ARV). Selon le secrétariat permanent du CNLS/IST, cette aide permettra d'augmenter le nombre de personnes sous traitement ARV et de faciliter l'accès géographique des médicaments contre le SIDA.

Actuellement, seuls les centres de Bobodioulasso et Ouagadougou, la capitale, sont habilités à vendre les médicaments, ce qui oblige les malades à se rendre dans ces deux villes principales pour acheter les ARV et pour le suivi biologique.

L'argent servira également à former plusieurs dizaines d'agents de santé ainsi qu'à renforcer des structures publiques et privées en vue d'assurer le suivi biologique des malades et des personnes infectées par le VIH/SIDA.

Le fonds permettra en outre le renforcement des organisations communautaires qui s'occupent déjà de la prise en charge médicale, psychologique et morale des personnes infectées par le VIH/SIDA. Il sera utilisé pour l'extension à 14 districts sanitaires, sur les 55 que compte le pays, de l'initiative de prévention de la transmission mère-enfant.

Grâce aux subventions, le malade contribuera seulement pour 10.000 FCFA (environ 18 dollars US) par mois pour le traitement et le suivi biologique.

Environ 3.500 malades supplémentaires seront pris en charge avec un traitement et un suivi biologique.

Actuellement, le traitement mensuel coûte 40.000 FCFA (environ 71 dollars US) au Burkina contre 300.000 FCFA (environ 535 dollars US) en 2001.

Selon les estimations du CNLS/IST, 20.000 à 30.000 malades ont besoin de traitement ARV aujourd'hui. Seulement quelque 6.000 personnes parmi ces malades ont accès aux ARV actuellement.

Le fonds est géré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), mais le décaissement se fera en accord avec les différentes parties qui incluent le CNLS/IST et la représentante des associations des malades.

Au total, le Burkina doit recevoir, pour les quatre prochaines années, 26 millions de dollars pour les campagnes contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme.

"Le Fonds mondial est une vraie, vraie bouffée d'oxygène pour les personnes qui vivaient d'espoir depuis longtemps sans aucun moyen de se soigner, même pour les maladies opportunistes", se réjouit Kafando.

"Beaucoup de nos malades sont à bout de souffle et ne peuvent pas se déplacer pour subir des examens dans les centres", explique-t-elle.

Son association, "Espoir de demain", s'occupe d'une quarantaine de malades. Seule une dizaine d'entre eux parvient à se soigner avec un coût mensuel de 70.000 FCFA (environ 125 dollars) par mois, en y ajoutant le coût du suivi biologique.

Plus de 53 pour cent des Burkinabè sont déclarés pauvres, selon les dernières statistiques du gouvernement et plus de 45 pour cent vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 82.670 FCFA (environ 138 dollars US) par an.