SANTE-AFRIQUE DU SUD: Accueil chaleureux au plan de fourniture des médicaments anti-SIDA

JOHANNESBURG, 27 nov (IPS) – Après des années de tergiversations, le gouvernement sud-africain a approuvé, la semaine dernière, un plan pour la fourniture gratuite des médicaments anti-rétroviraux.

Au cours des cinq prochaines années, l'Etat espère étendre le programme à plus d'un million de personnes vivant avec le SIDA. Le prix d'une année de fourniture de médicaments qui prolongent la vie, également connus sous le nom d'anti-rétroviraux (ARV), est d'environ 100 dollars – quinze fois moins que ce qu'il était en novembre 2002.

La raison de la diminution des prix des médicaments réside dans une campagne locale et internationale concertée pour réduire les coûts des médicaments protégés par un brevet pour des motifs humanitaires.

Des firmes pharmaceutiques ont introduit des prix plus bas dans des pays où la pandémie du SIDA a atteint un stade avancé. Durant les stades ultérieurs du SIDA, une personne séropositive succombe aux maladies qui profitent de leur système immunitaire affaibli.

"Il y a deux ans, ce programme aurait été impossible – entre autres raisons, à cause du coût des médicaments et des tests de laboratoire nécessaires. Les réductions des prix sur le plan international et les nouvelles opportunités pour fabriquer certains médicaments en Afrique du Sud, ainsi que des négociations fructueuses avec des firmes pharmaceutiques, font qu'il est possible d'envisager un tel programme", a déclaré la ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang.

Selon Peter Piot, directeur exécutif du Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), "l'initiative audacieuse de l'Afrique du Sud pour faire en sorte que des millions de séropositifs aient accès au traitement devrait mobiliser d'autres gouvernements africains en vue de faire du traitement une réalité pour ceux qui sont infectés".

Il a ajouté que l'homologation du programme par le gouvernement avait permis à l'Afrique du Sud d'entrer dans une "nouvelle phase critique" dans sa bataille pour contenir la pandémie.

Dans le passé, la société civile et le gouvernement ont été à couteaux tirés sur la fourniture des ARV. Alors que les organisations non gouvernementales exerçaient des pressions concertées pour que les médicaments soient largement disponibles, les autorités exprimaient leur inquiétude par rapport à la sécurité des médicaments – et se demandaient si l'Afrique du Sud aurait les moyens de les fournir.

Depuis 1999, le président Thabo Mbeki a été associé à l'école de déni de la science du SIDA, qui soutient que le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), qui cause le SIDA, n'existe pas. Des chercheurs de ce camp affirment également que les ARV sont toxiques.

Maintenant, estime Piot, il y a un changement, "qui est caractérisé par un engagement politique fort, un mouvement dynamique à la base, plus de financement, et l'augmentation des programmes de prévention et de traitement".

"Nous sommes vraiment enthousiastes. Si le plan est mis en œuvre, il sauverait la vie de plusieurs (personnes)", a déclaré Nkululeko Nxesi, directeur national de l'Association des personnes vivant avec le VIH/SIDA.

Des messages similaires de soutien sont venus des syndicats, de la Campagne d'action pour le traitement (qui a conduit le mouvement en faveur de la fourniture des ARV) et des partis d'opposition.

L'Afrique du Sud a le nombre le plus élevé de personnes vivant avec le VIH au monde : cinq millions, selon l'ONUSIDA, et ce, sur une population de 45 millions d'habitants. Le Conseil de recherche médicale – qui a ses bureaux à Pretoria, au Cap et à Durban – estime que le SIDA est actuellement la première cause de décès dans le pays.

Un sondage publié la semaine dernière a révélé que parmi les ménages sondés, plus de la moitié avait recueilli un orphelin du SIDA. La recherche menée par le Centre conjoint d'études politiques et économiques, basé à Washington, et d'autres agences ont également montré que le traitement aux ARV devrait être complété par une série d'autres mesures sociales. Les 400 ménages interrogés ont dépensé moins que les autres pour la nourriture et étaient plus endettés, alors que les enfants de ces maisons avaient peu de chances d'aller à l'école.

Tandis que l'homologation du plan ARV a été accueillie avec un grand soulagement dans plusieurs quartiers, il y a un sentiment que le chemin à parcourir sera difficile. De mi-1990 jusqu'à il y a deux ans, l'Afrique du Sud est passée par un programme d'ajustement structurel qui a imposé de sérieuses contraintes aux dépenses publiques. Le système sanitaire a été faussé.

De plus, le pays a souffert d'une "fuite de cerveaux" aussi bien des infirmiers que des médecins qui sont partis pour des pâturages plus verdoyants – et plus lucratifs – à l'étranger.

Ceci a de graves implications pour le plan ARV, qui nécessite qu'un réseau adéquat de médecins bien formés soit mis en place à travers toute l'Afrique du Sud.

Les médicaments peuvent avoir de graves effets secondaires qui doivent être gérés. Des soins de haut niveau sont également nécessaires pour faire en sorte que les patients restent sous traitement, avec des médecins qui les avertissent que l'efficacité des médicaments peut être radicalement réduite s'ils ne sont pas convenablement administrés.

"Fournir ce genre de soins à travers le pays, avec un accès équitable à tous, nécessitera un grand effort pour améliorer notre système national de santé", a indiqué le gouvernement dans un communiqué. Le plan devrait coûter aux autorités 45,4 millions de dollars dans sa première année d'opération. Au cours des cinq prochaines années, environ 1,5 milliard de dollars seront dépensés sur le plan.