BUNIA, RD Congo, 4 sep (IPS) – La passation des témoins s'est déroulée à Bunia, dans le district de l'Ituri, entre la force multinationale "Artémis" et celle de la MONUC appelée "Ituri Brigade", en République démocratique du Congo (RDC).
L'Ituri Brigade a déjà effectué sa première sortie en dehors de Bunia le mercredi, 3 septembre, dans la localité de Fataki. Fataki, qui se trouve à 120 kilomètres de Bunia, a été en proie à une violence interethnique, il y a quinze jours, dans laquelle 72 personnes avaient été massacrées. On soupçonne des milices lendu d'en être les auteurs.
La cérémonie de passation des pouvoirs entre les deux forces a eu lieu le lundi, 1er septembre, au Camp Sainte-Avé de la force Artémis, dans le nord de la ville de Bunia. Le drapeau tricolore bleu-blanc-rouge de la République française (pour Artémis) était descendu pendant que celui du Bengladesh (pour la MONUC) le remplaçait dans le ciel de Bunia. Pour des raisons de deuil, à la suite de la mort, dans un attentat à Bagdad, de Sergio Viera de Melo, le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies en Irak, le drapeau de l'ONU est resté en berne. L'événement est d'une grande importance pour la population de Bunia et des environs, qui ne peut s'empêcher de se poser des questions sur l'après-Artémis qui était essentiellement composée de militaires français. Pendant trois mois, la force Artémis a assuré, au jour le jour, un retour progressif du climat de sécurité. Les milices rivales hema et lendu ont finalement accepté de quitter la ville et de placer leurs cantonnements assez loin, aux alentours. Bien plus, un semblant de vie normale commence à s'observer dans le centre de la ville, même si une bonne partie de la population hésite à quitter les camps d'hébergement où elle s'était réfugiée dans le campement de la Mission d'observation des Nations au Congo (MONUC). "La situation n'est pas encore tout à fait sûre dans la ville", explique Unen Dropio, l'une des personnes qui ont préféré rester dans le camp d'hébergement. "Chaque jour, on nous annonce des disparitions, ça et là, de personnes malgré la présence de la force multinationale. Cela ne nous rassure pas".
On entend effectivement, de temps en temps, des tirs sporadiques d'armes automatiques aux alentours de la ville. Pour le colonel Gérard Dubois, porte-parole d'Artémis, ces tirs sporadiques sont tout à fait normaux dans la situation de l'Ituri où les différentes milices ne sont pas exactement localisées.
"Le pire est passé pour Bunia", selon le colonel Dubois. "Nous désarmons les milices autant que nous pouvons. Mais la situation peut être considérée comme étant sous contrôle". A son arrivée en juin, la force multinationale a dû recourir effectivement à des armes pour faire comprendre aux milices que plus rien ne devait être comme avant. "Nous sommes quelques fois tombés dans des embuscades assez dangereuses", mais nous nous en sommes toujours sortis sans beaucoup de casses", ajoute-t-il. Il y a tout de même eu quelques cas de mort chez les milices.
Mardi, 2 septembre, le plus grand marché, au centre de la ville, avait de la peine à se remplir, preuve d'une méfiance toujours latente. Vendeurs comme acheteurs n'osent pas sortir de leurs domiciles. Le commerce se fait de bouche à oreille et de porte à porte. On ne vend et n'achète qu'à celui que l'on connaît. Ce qui n'arrange certainement pas le travail des restaurateurs qui doivent nourrir la cinquantaine de journalistes qui couvrent au quotidien l'actualité à Bunia. "Ce qui nous manque souvent, ce sont les légumes que nous ne pouvons trouver qu'au marché", déclare Michel Siwa, restaurateur au Centre d'accueil protestant qui loge quelques journalistes. "Pour la viande, on s'arrange directement avec le propriétaire de la bête". La ville de Bunia a toujours été réputée pour sa viande de bœuf de bonne qualité et relativement bon marché. Le kilo coûte moins d'un dollar US. Par contre, le poisson, autre produit très courant dans l'Ituri, est devenu très rare et quasi-introuvable, la route menant vers le port de Kasenyi, sur les bords du lac Albert, à 70 km de Bunia, étant rendue dangereuse par la présence de nombreuses mines. Un contingent de la MONUC s'emploie à la déminer.
Le général Mountaga Diallo, commandant des forces de la MONUC, qui surveille, depuis Bunia, les opérations de déploiement de l'Ituri Brigade dans tout le district, a averti qui voulait l'entendre, allusion directe aux différentes milices, que la MONUC avait tous les moyens militaires nécessaires pour remplir son mandat. En effet, contrairement à la première version de la MONUC, l'actuelle – avec l'Ituri Brigade – placée sous le chapitre 7 de la Charte des Nations Unies, a le droit d'ouvrir le feu sur toute l'étendue du district de l'Ituri. En cas de nécessité, bien entendu. Le général Diallo a annoncé le démarrage à Bunia, depuis le 27 août, de la formation de 70 policiers pour la ville. Quarante seront formés dans le cadre de la sécurité aéroportuaire alors que les 30 autres seront constitués d'officiers de police judiciaire (OPJ). Mission terminée donc pour les soldats d'Artémis qui ne cachent pas leur soulagement de regagner leurs pays respectifs après trois mois passés à Bunia. Mais 500 parmi ces soldats vont rester sur place pendant quinze jours encore, le temps de finaliser la passation de témoins. Quant à la population qui commençait à s'habituer à la présence d'Artémis, elle va désormais faire avec la force de MONUC qui tient à la rassurer, malgré l'inquiétude qui se dissipe difficilement.

