DAR ES SALAAM, 3 sep (IPS) – L'absence des voix des femmes et la description limitée de leurs rôles dans les médias peut changer bientôt si un nouveau plan pour corriger ces anomalies est mis en ?uvre en Tanzanie.
"Si le plan de deux ans est complètement exécuté, à temps, j'ai bon espoir que beaucoup de changements positifs se produiront", affirme Rose Haji, directrice de l'Institut des médias d'Afrique australe (MISA), section tanzanienne.
Le plan, selon Haji, impliquera des organismes de contrôle de la presse pour surveiller comment les femmes et les hommes traitent l'information pour promouvoir l'égalité dans et à travers les médias.
Le plan est le résultat d'un atelier de deux jours tenu à Dar es Salaam, le centre commercial de Tanzanie, durant le week-end. Il est basé sur les conclusions d'une étude de base sur le genre et les médias (GMBS) menée en Angola, au Botswana, au Lesotho, au Malawi, à l'Ile Maurice, au Mozambique, en Namibie, en Afrique du Sud, au Swaziland, en Zambie, au Zimbabwe et en Tanzanie, en septembre 2002.
L'atelier a rassemblé des participants venant de groupes de défense de genre, de maisons d'édition, des départements ministériels et de cabinets juridiques.
La GMBS est une initiative conjointe du MISA et de Gender Links, deux organisations non gouvernementales (ONG) basées en Afrique australe. Alors que le MISA cherche à promouvoir une presse libre, indépendante et diversifiée dans la région, Gender Links encourage l'égalité de genre dans et à travers les médias.
"La GMBS, la première étude du genre en Afrique australe, est l'étude régionale la plus complète", a déclaré Pat Made, membre du conseil d'administration de Gender Links, qui est également l'un des auteurs de l'étude.
L'étude a examiné 45.110 articles venant des 12 pays d'Afrique australe.
L'Association des femmes de médias (TAMWA) a conduit l'étude en Tanzanie.
Présentant ses conclusions, Pudenciana Temba, la coordonnatrice du projet, a déclaré que l'étude, conduite entre le 2 et le 29 septembre 2002, ciblait les stations de radio et de télé (TVT, ITV, Radio Tanzania, Radio One) et les journaux (the African, the Guardian, the Daily News, Nipashe, Majira, Mtanzania et Kiu).
Selon Temba, les conclusions montrent que les opinions et les voix des femmes sont largement sous-représentées dans la presse tanzanienne. "En excluant les sources inconnues, les femmes constituent seulement 16 pour cent des sources d'information", a-t-elle indiqué. "Ce chiffre est proche de la moyenne régionale (en Afrique australe), qui est de 18 pour cent".
L'étude n'a trouvé aucune différence significative entre la presse privée et la presse publique sur la manière dont les hommes et les femmes sont traités comme sources d'information.
Elle regrette également qu'on colle toujours plus d'étiquettes indésirables aux femmes qu'aux hommes. Elles sont identifiées plus comme des épouses, des mères et des s?urs que ne pourrait être probablement identifié un homme", a déclaré Temba.
Selon elle, "Onze pour cent des femmes sources a été étiqueté ainsi contre trois pour cent d'hommes ".
Elle a ajouté que les voix des femmes, dans les prises de décision, étaient également sous-représentées. "Alors que les femmes constituent 22,5 pour cent des députés, elles représentent seulement 10 pour cent de ceux qu'on a approchés dans la catégorie politique", précise-t-elle.
Temba a fait remarquer que les femmes plus âgées étaient plus invisibles dans la presse que leurs homologues hommes. "Les voix des femmes étaient en avance dans les tranches d'âge 20-25 et 35-49, alors que les hommes de la tranche d'âge 50-60 ans étaient plus dominants dans les informations", a-t-elle souligné.
Elle a également noté que les voix des hommes ont dominé dans la majeure partie de la catégorie des nouvelles sérieuses. "Les femmes constituent moins de 10 pour cent des sources d'information dans les catégories économie, politique et sports", a-t-elle poursuivi.
Temba souligne que les conclusions montrent que les femmes dans certaines catégories professionnelles sont pratiquement silencieuses. "Les femmes sont représentées comme des prostituées (83 pour cent) et des candidates au concours de beauté (77 pour cent)", a-t-elle observé.
Elle a toutefois noté que les femmes en Tanzanie ont fait des avancées substantielles à la télévision : 53 pour cent des journalistes et 52 pour cent des présentateurs sont des femmes. Les chiffres sont supérieurs à ceux enregistrés dans toute la région d'Afrique australe, où 45 pour cent sont dans la catégorie des présentateurs et 28 pour cent dans la catégorie des journalistes. "Mais on devrait signaler que les femmes, qui constituent la majorité des présentateurs à la télévision, sont dans la tranche d'âge de 20-34 ans", a indiqué Temba.
Les résultats, selon les auteurs, sont liés aux forces du marché.
"En Tanzanie, nous avions eu des femmes députées pendant des années, mais je n'ai jamais vu une femme députée présenter une motion. Pourtant, il y a plusieurs questions affectant les femmes qui ont besoin d'être soulevées au parlement", a remarqué Jessey Kwayu, directrice de la publication Habari.
"Tant que les femmes leaders ne deviendront pas entreprenantes sur les questions affectant leurs pairs, les médias continueront à les marginaliser".
Un autre auteur, Lawrence Kilimwiko, a affirmé que le plus grand défi auquel est confrontée la presse tanzanienne par rapport au genre est que l'information n'est plus perçue comme un service, mais comme une affaire.
"Si l'information est un produit, alors vous devez la rendre sensationnelle", a-t-elle ajouté.
Il y a également la tendance, dans la salle de rédaction, à renforcer les valeurs traditionnelles. "Redéfinissons des valeurs informationnelles. Si vous redéfinissez une valeur informationnelle en Tanzanie et qu'au Kenya, ils utilisent les valeurs traditionnelles, vous ne pouvez donc pas rivaliser puisque les Kenyans vendent également (leurs) journaux en Tanzanie. Qu'allez-vous faire?", se demande Kilimwiko.
Ouvrant l'atelier, le vice-ministre du Développement communautaire, du Genre et des Enfants, Shamim Khan, a exhorté les professionnels des médias à étudier la manière dont les questions de genre pourraient se refléter dans la nouvelle politique tanzanienne de presse. "On m'a dit que (la politique) sera publiée bientôt", a-t-elle ajouté.
Made a affirmé : "Commençons par parler de façon plus conséquente et par examiner le contenu éditorial, ce que nous publions chaque jour, parce que c'est seulement si nous abordons la question que nous pouvons commencer par obtenir des mesures correctes".
Elle a ajouté que le rôle des médias n'était pas juste de rapporter à la société, mais de défier la société sur ce qui est mauvais et de donner le ton. "Cela signifie également que nous avons besoin de faire plus d'analyse des informations et des articles de fond qui commencent réellement par informer le public et informer les populations", a-t-elle souligné.
Selon Charles Kayoka, spécialiste des médias et de genre à l'Université de Dar es Salaam, les conclusions de l'étude suggèrent qu'il y a une absence de politique de genre dans les salles de rédaction. "S'ils avaient une politique de genre en termes de recrutement et de couverture des sujets d'actualité, cela rappellerait aux rédacteurs en chef qu'il est de leur devoir de s'assurer non seulement d'avoir dans leurs journaux des articles qui approchent aussi bien les hommes que les femmes, mais de désigner également des femmes journalistes pour les couvrir", a-t-il déclaré.
Il a accusé les activistes de genre d'ignorer la formation des journalistes. "Ce qui se reflète dans les médias est le manque de formation. Nous devons former le personnel des médias convenablement afin qu'il transforme la société", a-t-il dit.
Le point de vue de Kayoka a été soutenu par Ayoub Rioba, un enseignant à l'Institut de communication de masse à l'Université de Dar es Salaam, qui a demandé au personnel des médias d'être critique par rapport au contenu éditorial et de voir les informations différemment".

