POLITIQUE-ZIMBABWE: Le parti au pouvoir détient la clé de la résolution dela crise

BLANTRYE, Malawi, 8 sep (IPS) – Le Mouvement pour le changement démocratique, de l'opposition, au Zimbabwe a eu des discussions avec le président du Malawi, Bakili Muluzi, pour tenter de planifier une feuille de route en vue de résoudre la crise profonde qui harcèle ce pays d'Afrique australe.

Les discussions, qui se sont déroulées dans le centre commercial du Malawi, à Blantyre jeudi, étaient destinées à évaluer les progrès accomplis par le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) et la ZANU-PF en vue d'accéder à une demande faite par trois dirigeants africains en mai, de reprendre les discussions.

Muluzi, ainsi que le président nigérian Olusegun Obasanjo et le président sud-africain Thabo Mbeki, a été chargé de restaurer l'Etat de droit au Zimbabwe. Faisant un point aux journalistes après les discussions, le secrétaire général du MDC, Welshman Ncube, a déclaré que malgré la reprise des pourparlers, la direction du MDC ne reconnaît toujours pas le gouvernement de la ZANU-PF.

Ncube, qui était accompagné du leader du MDC Isaac Matongo, a accusé la ZANU-PF d'entraver les efforts visant à résoudre les problèmes du Zimbabwe en se cramponnant à des 'conditions préalables'.

"Le principal problème à régler est la suppression des conditions préalables sur lesquelles continue d'insister la ZANU-PF. Nous espérons qu'avec l'aide de Muluzi, nous pourrions surmonter ces problèmes", a indiqué Ncube.

Ncube a affirmé qu'il avait informé Muluzi des progrès accomplis jusqu'ici, dans la relance du dialogue avec la ZANU-PF, qui sont toujours à un niveau bas, et les efforts faits par le MDC pour contribuer à mettre fin à la crise politique et économique qui ébranle le pays.

La ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Malawi, Lilian Patel, a indiqué que Muluzi avait rassuré les deux parties que Mbeki, Obasanjo et lui-même continueraient à impliquer les Zimbabwéens.

Mais elle a averti que la responsabilité de résoudre la crise incombait aux Zimbabwéens eux-mêmes. 'Quel que soit ce que d'autres pays peuvent tenter pour aider à résoudre les problèmes au Zimbabwe, c'est aux Zimbabwéens eux-mêmes qu'incombe cette tâche", a-t-elle souligné.

Le MDC conteste devant le tribunal la légalité de la victoire électorale du président Robert Mugabe de l'année dernière, soutenant qu'elle était frauduleuse.

La crise au Zimbabwe a commencé en 2000 lorsque Mugabe a commencé par saisir des terres de 4.500 fermiers commerciaux blancs pour les redistribuer aux Noirs sans terre.

Au moins 300 personnes, majoritairement des membres du MDC, sont mortes, depuis 2000 dans la violence motivée par la politique, selon des groupes de défense des droits de l'Homme.

A son retour d'un sommet régional à Dar es Salaam, en Tanzanie, la semaine dernière, Muluzi a déclaré, contrairement aux affirmations de la société civile, que la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), forte de 14 membres, ne se désintéressait pas de la crise zimbabwéenne.

"Nous faisons quelque chose à propos de leur problème. La diplomatie silencieuse peut aider plutôt que la condamnation publique parce que vous agitez la colère", a-t-il affirmé.

Muluzi a accusé la communauté internationale de rendre la vie difficile pour les Zimbabwéens ordinaires en prenant des sanctions contre le pays.

Les Etats-Unis ont pris des sanctions contre le Zimbabwe en 2001, suivi de l'Union européenne (UE) en 2002. Tous deux ont dit qu'ils ne lèveraient les sanctions qu'après la restauration, par le gouvernement, de l'Etat de droit au Zimbabwe.

Mugabe, au pouvoir depuis l'indépendance de cette ancienne colonie britannique en 1980, rejette la responsabilité de la crise dans son pays sur les opposants à son programme de réforme agraire.

Plus de la moitié de la population zimbabwéenne a besoin d'aide alimentaire. Pour aggraver leurs peines, le gouvernement a empêché cette semaine des agences d'aide de distribuer des vivres aux affamés.

La décision vient au moment où les Zimbabwéens ordinaires ressentent le coût de la vie, avec l'inflation atteignant 400 pour cent. Et il y a une grave pénurie de carburant et des billets de banque locaux.

Toutefois Mugabe, 78 ans, semble indifférent. Il affirme que le MDC est une marionnette de la Grande-Bretagne qui se sert de lui pour re-coloniser le Zimbabwe.

Mais le MDC, créé en 2000, se consolide, grâce à la crise économique qui s'aggrave au Zimbabwe. Au cours du week-end, le MDC a mis en minorité la ZANU-PF dans des élections pour le gouvernement local en raflant 137 circonscriptions électorales contre 100 pour la ZANU-PF.

Le MDC a obtenu six des sept sièges de maires, dont la ville touristique de Kariba où son candidat – John Houghton – est prêt à devenir le premier maire blanc du Zimbabwe de l'après indépendance.

Le MDC a obtenu également 57 des 150 sièges au parlement.

La manifestation de la confiance des électeurs au MDC, selon des politologues, devrait amener Mugabe à entamer des discussions pour trouver un règlement politique à la crise croissante du pays.