DROITS-GABON: Des femmes pauvres et des veuves dépossédées assistées parla micro-finance

LIBREVILLE, 1 sep (IPS) – Des femmes rurales et des veuves s'appauvrissent de plus en plus au Gabon parce qu'elles sont abandonnées sans ressources ou dépossédées de leur héritage par leurs belles-familles après la mort de leurs maris.

Selon Hortense Mvouna, présidente de l'Association des veuves du Gabon, "Les femmes rurales ont souvent été reléguées aux travaux ménagers, à l'éducation des enfants et parfois contraintes d'accueillir, sous leur toit, une seconde épouse avant d'être totalement démunies lors du veuvage".

"Habituellement dans ce pays, les veuves sont battues, dépouillées de leurs biens dès la mort de leurs époux, parfois avant même que les obsèques n'aient lieu… Ceci plonge les femmes dans une profonde pauvreté", déclare Victoire Lasseni Duboze, ancienne députée à l'Assemblée nationale gabonaise.

"A la mort de mon époux, mon crâne a été rasé et j'ai été dépossédée par la belle-famille de tous les biens que j'avais constitués avec lui au bout d'une quarantaine d'années de vie commune. De plus, la coutume voulait que j'épouse un frère ou un neveu de mon mari défunt. J'ai refusé car on m'a imposé de jeunes hommes qui auraient pu être mes fils!", témoigne pour IPS Caroline Ndock, une ancienne sage-femme.

Elle ajoute : "J'ai retrouvé la force dans une église des valeurs novatrices et fortes au nombre desquelles le respect que ne me témoignaient jamais mes belles-sœurs qui m'accusaient souvent de dépenser l'argent de mon mari sans rien leur donner".

La femme africaine a souvent été humiliée, emprisonnée dans des traditions cultuelles qui trouvent difficilement attache avec les réalités d'aujourd'hui. Pourtant récemment, des confessions religieuses associées aux organisations non-gouvernementales (ONG) ont soutenu, à Libreville, la capitale du Gabon, des femmes gabonaises à travers une marche qualifiée de "marche de l'espoir" qui a regroupé environ 8.000 personnes.

Duboze, l'organisatrice de ce rassemblement très suivi, a déclaré à IPS que "cette marche avait pour but de remercier les autorités politiques d'avoir plaidé en faveur d'une modification du code civil permettant aux veuves et aux enfants orphelins de recouvrer leurs droits".

Une mère de famille désemparée explique : "Avec le temps, l'apaisement m'a gagnée à travers le témoignage de solidarité du pasteur et l'assistance des autres fidèles de l'église. Bien que je sois dépourvue de revenus, mes enfants ont pu suivre normalement leur scolarité grâce aux enseignants fréquentant notre église".

Dans un discours récent, le président du Gabon, Omar Bongo, avait dénoncé "les pratiques d'un autre âge qui ont pris cours dans le corps social gabonais : celles d'exproprier les veuves, au détriment des familles entières, de biens meubles et immeubles, fruits d'un héritage légitime…".

"Ces citoyens qualifiés de "véreux" devraient être punis avec la dernière rigueur. Cette pratique constitue un recul par rapport à l'évolution des civilisations", avait déclaré le chef de l'Etat.

La marche des femmes gabonaises avait également obtenu le soutien des femmes appartenant aux autres communautés africaines et de religions différentes. Depuis peu, plusieurs femmes livrées à elles-mêmes se réfugient dans des églises d'inspiration chrétienne où certains pasteurs les contraignent à verser régulièrement des dîmes mensuelles. Les femmes sont des fidèles disciplinées de ces églises, drainent de nouvelles adeptes et favorisent les collectes d'argent. Elles sont les cibles privilégiées des prêcheurs car elles sont généreuses et n'hésitent pas à se démunir de leur argent, espérant une vie meilleure qu'on leur prédit. Elles espèrent notamment trouver, auprès des églises, des réponses aux problèmes de leur vie quotidienne; un ensemble de difficultés perçues par elles comme des châtiments de Dieu.

Au Gabon, la majorité des 1,2 million d'habitants est chrétienne avec 50 à 60 pour cent de catholiques et 20 à 30 pour cent de protestants. Quelque 20 pour cent de la population pratiquent l'islam et les religions traditionnelles. "Aujourd'hui, la prolifération des églises éveillées a entraîné le vagabondage sexuel. La misère, le chômage, la maladie, la solitude ou l'espoir de mieux vivre poussent souvent les femmes à rechercher le réconfort auprès de ces églises, à la demande d'un ami ou d'un parent", explique Marie Ndolo, une institutrice de Libreville. Le Fonds d'expansion et de développement des Petites et moyennes entreprises (FODEX) a entrepris d'initier les femmes à la micro-finance en leur octroyant des crédits pour assurer leur autonomie financière.

Pour rehausser de façon "visible et efficace", sur le terrain, les droits des femmes et les libérer de la pauvreté et de l'exclusion, le FODEX octroie des micros-crédits aux femmes attirées par une activité commerciale afin de les rendre autonomes.

Créé initialement pour promouvoir les petites et moyennes entreprises et industries, le FODEX entreprend un vaste programme de redéfinition de ses missions pour assister les femmes à se doter de moyens financiers propres dans un environnement où la pauvreté sévit fortement.

"L'initiative du FODEX d'assurer également la formation gratuite aux femmes aux techniques de la micro-finance, est un moyen efficace de lutte contre la pauvreté", selon l'administratrice générale du Fonds, Jeanne Ngoleine Ossouka.

Les conditions d'octroi de crédits par le FODEX étaient généralement contraignantes, voire difficiles, mais une vulgarisation des nouveaux mécanismes de prêts a été mise en place au profit des femmes des milieux ruraux défavorisés. Le FODEX a été créé en 1993 pour promouvoir la politique économique du Gabon. Le fonds a financé près de 850 projets pour un montant global de 25 milliards de francs CFA (environ 43,8 millions de dollars US) provenant des ressources de l'Etat et de la Banque africaine de développement (BAD).