SANTE-SENEGAL: Se soigner moins cher avec des ''phytomédicaments''

DAKAR, 2 sep (IPS) – Environ 89 pour cent des Sénégalais déclarent utiliser des plantes médicinales ou "phytomédicaments" pour leurs problèmes de santé.

Abordables et accessibles, les phytomédicaments ouvrent de nouvelles perspectives pour l'accès des populations pauvres aux soins et aux médicaments de base. Les phytomédicaments sont désignés sous le concept de "Médicaments traditionnels améliorés" par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

"Ces nouveaux médicaments sont très efficaces et ne coûtent pas chers..

C'est vraiment une aubaine pour nous les pauvres", affirme Alioune Sow, un grand consommateur de ces produits, qui s'approvisionne en phytomédicaments contre la diarrhée, pour ses enfants. A Khadimou Rassoul, un quartier populaire de Dakar, la capitale sénégalaise, les populations recourent très souvent aux phytomédicaments.

"Quand les malades viennent en consultation, nous leur proposons les deux types de médicaments, mais ils préfèrent souvent se soigner avec les produits à base de plantes naturelles", indique Ouleye Dia, aide-infirmière au poste de santé communautaire du quartier. "Dans ma famille, on utilise beaucoup le Nguer-Tisane, car c'est très efficace contre la toux et puis, le contenu du sachet est suffisant pour soigner toute la famille à plusieurs reprises", renchérit Fatou Seye, informaticienne. Un sirop pour la toux ne coûte pas moins de 1.500 francs CFA (environ 2,5 dollars US) en pharmacie moderne alors qu'un paquet de Nguer-Tisane ne coûte que 150 FCFA, soit 10 fois moins.

Selon Fatima Sy, docteur en pharmacie et coordinatrice du programme "Plantes médicinales" auprès de l'organisation non gouvernementale (ONG) Enda Tiers monde, il existe des plantes utilisées depuis très longtemps par des tradipraticiens, dont l'efficacité curative a été prouvée par des tests pharmacologiques et cliniques. "Euphorbial Hirta, appelée communément Mbal, est une plante très connue par les Sénégalais. Les études pharmacologiques ont prouvé que cette plante a une activité antibactérienne sur la dysenterie amibienne", explique-t-elle. Les recherches menées, depuis des années, par le programme du Dr Sy, en partenariat avec le Groupe de recherche sur les plantes médicinales de l'Université de Dakar, visent à améliorer les traitements traditionnels à base de plantes naturelles, grâce à des procédés pharmacologiques modernes.

Le produit fini est appelé "phytomédicament". Il en existe maintenant une bonne variété, dont certains en tisane comme le Mbal-Tisane (pour les diarrhées); le Laxa-Tisane (pour la constipation); le Nguer-Tisane (pour la toux). En poudre, le Mbanta et le Bakis, sont destinés au traitement des maux de ventre. Seul l'Elooko, un antitussif à base de Nguer, se présente sous forme de sirop. "Nous avons des projets de recherche pour d'autres phytomédicaments pour le traitement du diabète, le paludisme, l'ulcère, les hémorroïdes et, surtout le SIDA", révèle Dr Sy. Certains des produits seraient sous forme de gélules et de comprimés. Pour le moment, le prix des phytomédicaments en sirop et en poudre est de 700 FCFA (environ 1,2 dollar US).

Les produits sont bien appréciés également pour d'autres qualités. "Les phytomédicaments n'ont rien à envier aux médicaments modernes car ils ont les mêmes propriétés, sont moins toxiques et les risques d'effets indésirables sont très infimes", confirme Landing Sadio, pharmacien dans l'une des plus vielles pharmacies de Dakar. "Les phytomédicaments sont très prisés par toutes les classes de la population", affirme-t-il.

Toutefois, il n'est pas rare que les pharmacies soient en rupture de stocks. "Nos stocks de phytomédicaments s'épuisent très rapidement, tellement la demande est grande", se plaint joyeusement la responsable d'une autre grande pharmacie non loin de la première.

Les phytomédicaments sont distribués actuellement dans certains postes de santé communautaires des quartiers populaires de Dakar, comme Khadimou Rassoul, Colobane, et Al Baraka. Une trentaine de pharmacies des villes de Dakar, Mbour et Kaolack consacrent, depuis 1995, un rayon spécial à ces nouveaux produits. "Le test d'acceptabilité, par les populations, à été très positif", souligne Sy à IPS. "L'objectif visé par ce programme est de parvenir à faire remplacer certains médicaments modernes par des phytomédicaments, au sein des quartiers démunis", ajoute-t-elle. Mais cet objectif a tendance à se généraliser davantage. "Vu la conjoncture économique actuelle, je pense que les phytomédicaments prendront tôt ou tard les devants", estime Sadio.

L'achat des médicaments pèse lourd sur le budget familial. "Environ 48 pour cent des dépenses de santé des familles sénégalaises vont à l'achat des médicaments dont les prix ont connu une hausse de 20 pour cent après la dévaluation" du franc CFA en janvier 1994, précise une étude publiée par la Banque mondiale, en février 1995.

Le Centre communautaire de technologie appropriée pour la santé (CCTAS), situé à Yeumbeul, dans la banlieue de Dakar, est l'un des cinq centres répartis sur quatre régions du Sénégal – Dakar, Kaolack, Kolda et Louga – où sont expérimentés certains phytomédicaments. Les chercheurs du laboratoire "TradiPharma" du CCTAS expérimentent actuellement des phytomédicaments tels que la Brassica oléracéa (Souponée) pour des gastrites et l'Acacia nilotica (Nebneb) utilisé dans le traitement des plaies chroniques. Ces recherches sont sous le contrôle la Direction de la pharmacie. "Ce qui démontre une réelle volonté de l'Etat de valoriser la médecine traditionnelle et les phytomédicaments", déduit Cheikh Tidjane Tchiame, chercheur principal et président du CCTAS.

"Les Médicaments traditionnels améliorés (phytomédicaments) constituent une perspective intéressante pour les populations, en majorité démunies", souligne Dr Ngom de l'OMS, qui annonce que "d'ici à la fin du mois de décembre prochain, il y aura une loi autorisant officiellement la vente de certains de ces produits dans les officines".