POLITIQUE-AFRIQUE: La guerre contre la terreur, l'accès au pétrole domineront probablement le voyage de Bush

JOHANNESBURG, 2 juil (IPS) – La guerre contre la terreur et l'accès au pétrole semblent être derrière la visite du président américain, Georges W. Bush, en Afrique la semaine prochaine, estiment les analystes.

John Stremlau, le chef du département des relations internationales à l'Université de Witwatersrand de Johannesburg, dit que "les Américains n'ont pas une politique africaine; ils ont une politique contre le terrorisme".

L'administration américaine semble être préoccupée par la pauvreté répandue et les conflits civils sur le continent, qui abandonnent beaucoup de ses peuples au désespoir et transforment l'Afrique en un sol propice au recrutement pour les groupes politiques et terroristes radicaux.

Plus de 350 millions de personnes – soit plus de 50 pour cent de la population – vivent en dessous du seuil de pauvreté avec un dollar US par jour, selon la Banque mondiale Pour combler cette lacune, l'administration Bush tente de soutenir les pays africains qu'elle estime comme points clé de stabilisation du continent avec une aide économique et une aide au développement accrues. Aux termes de la Loi sur la croissance et l'opportunité en Afrique (AGOA), les Etats-Unis ont offert un accès préférentiel à ses marchés aux pays qui se conforment à ses critères de bonne gouvernance.

L'AGOA donne présentement à 35 pays africains subsahariens un accès préférentiel aux marchés américains pour certains produits. L'année dernière, les pays africains qualifiés pour l'AGOA ont exporté pour une valeur de 9 milliards de dollars US exemptés de taxe aux Etats-Unis – un accroissement de 10 pour cent par rapport à 2001, selon des statistiques de l'administration Bush. Washington est en train également de négocier un accord de libre échange avec l'Union des douanes sud-africaines (SACU), un traité qui relancera le commerce entre les Etats-Unis et l'Afrique australe. L'administration américaine a aussi débloqué 15 milliards de dollars US pour lutter contre la propagation du VIH et du SIDA – l'une des maladies les plus meurtrières du continent. L'épidémie est si propagée qu'elle menace le développement économique et social de l'Afrique.

La visite de Bush en Afrique a été décrite comme un "safari pétrolier".

Les Etats-Unis font face à une résistance populaire croissante consécutive à leur politique au Moyen-Orient, l'une de ses sources importantes du pétrole. Ils ont besoin de diversifier leurs sources d'approvisionnement en carburant et la côte ouest de l'Afrique – du Nigeria jusqu'à l'Angola – a émergé comme un gros fournisseur pour les Etats-Unis. La visite au Nigeria s'explique apparemment par l'assurance des fournitures de pétrole de cette partie du monde.

Les Etats-Unis importent environ 15 pour cent de tout son pétrole de l'Afrique de l'ouest et ce chiffre atteindra 25 pour cent en 2015, selon un rapport du Catholic Relief Services (CRS).

"A la suite des attaques terroristes aux Etats-Unis le 11 septembre 2001, s'assurer de nouveaux fournisseurs de pétrole africain comme un moyen de diversification de l'énergie a fait naître de nouvelles impulsions (aux Etats-Unis)", ajoute un rapport publié le mois dernier. Certains analystes aux Etats-Unis croient que la visite en Afrique fait partie d'une tentative de campagne de Bush pour les prochaines élections présidentielles. Ils prétendent que son engagement apparent d'aider le continent vise à gagner le soutien de beaucoup plus d'Africains-Américains avant le scrutin. Bush a gagné les dernières élections américaines par une marge très mince et le vote des Africains-Américains aux Etats-Unis a une certaine importance car ils votent en général pour les démocrates dans les élections du pays.

Bush même a déclaré qu'il entreprenait ce voyage parce que "les Etats-Unis croyaient aux grandes potentialités de l'Afrique". Il parlait ainsi au sommet Etats-Unis-Afrique sur le commerce à Washington à la fin de semaine dernière. Quelles que soient ses raisons pour le voyage, Bush sera confronté aux protestations en Afrique du Sud. La coalition contre la guerre, un petit groupe mais bruyant, lance une campagne pour obtenir du président Thabo Mbeki l'annulation de sa rencontre avec Bush. La coalition s'est opposée à l'attaque menée par les Etats-Unis contre l'Irak.

"Nous en appelons à notre président d'annuler la rencontre avec Bush. Nous croyons qu'il a enfreint à la loi internationale, nous croyons qu'il est une menace pour l'humanité et la planète", a dit un représentant de la coalition, Saliem Valley.

Le parti communiste sud-africain (SACP) – un allié politique du Congrès national africain (ANC) au pouvoir en Afrique du Sud – prévoit aussi des protestations contre les Etats-Unis pendant la visite de Bush.

L'homme d'Etat le plus âgé d'Afrique du Sud, Nelson Mandela, a également indiqué clairement qu'il n'avait aucune intention de taire sa critique du président américain. Mandela, qui s'est opposé à l'attaque américaine contre l'Irak, a décrit Bush comme un leader qui "ne peut pas penser correctement".

Mandela ne rencontrera pas Bush pendant sa visite étant donné qu'il sera hors de l'Afrique du Sud. Le président américain aussi n'a pas demandé à rencontrer Mandela, une tradition entre politiciens et vedettes pop en visite dans le pays.

L'Afrique du Sud a mené l'opposition contre l'attaque de l'Irak dans le monde en développement. Mais cela, et l'opposition répandue à la visite de Bush en Afrique du Sud, ne devraient pas mettre à mal les relations entre les deux gouvernements. Stremlau fait remarquer que c'est la nature de la politique internationale qui implique que les relations sur les préoccupations stratégiques, politiques et économiques continuent souvent normalement pendant que les pays pourraient avoir des divergences sur des questions particulières.

L'arrivée de Bush en Afrique du Sud est prévue pour le 8 juillet. Ensuite, il se rendra au Botswana, en Ouganda, au Sénégal et au Nigeria.