KINSHASA, 1 juil (IPS) – Le président Joseph Kabila a publié la composition du gouvernement chargé de gérer la transition pendant deux années au terme desquelles se dérouleront des élections générales en République démocratique du Congo (RDC). Il compte 36 ministres et 25 vice-ministres.
Le nouveau gouvernement, obtenu pratiquement au forceps, semble plus répondre à l'ultimatum du Conseil de sécurité des Nations Unies dont la délégation des ambassadeurs avait donné la date du 30 juin comme la date limite pour la publication du nouveau gouvernement, qu'à la volonté réelle des acteurs politiques congolais qui n'arrêtaient pas de tirer les débats en longueur. La date de la publication semble, elle-même, avoir été pour quelque chose du fait qu'elle rappelle l'accession du pays à l'indépendance. C'est le 30 juin 1960, en effet, que le Congo cessait d'être une colonie belge pour devenir la République du Congo. Le nouveau gouvernement est essentiellement l'émanation des sensibilités des forces belligérantes. Du RCD/Goma, soutenu par le Rwanda au MLC de Jean-Pierre Bemba, en passant par les différents groupes armés connus sous le terme générique de Maï-Maï, tout le monde se reconnaît dans la nouvelle équipe gouvernementale. Le ministère de l'Intérieur, de la Décentralisation et de la Sécurité est confié à Théophile Mbemba Fundu (du gouvernement de Kabila); les Affaires étrangères et la Coopération à Antoine Ghonda (du MLC); la Défense nationale, la Démobilisation et les Anciens Combattants à Jean-Pierre Ondekane (du RCD); la Justice à Kisimba Ngoy (de l'opposition politique non armée); les Finances à Mutombo Kyamakosa (du gouvernement de Kabila); et le ministère du Plan à Alexis Thambwe Mwamba (du MLC).
Des divergences persistent seulement dans le camp de l'opposition politique non armée où certains partis, qui s'estimaient être les seuls habilités à représenter cette tendance, se sont mis à l'écart du processus. L'avocat Joseph Mukendi, conseiller politique de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d'Etienne Tshisekedi, a même déclaré considérer comme "un non-événement" la publication du nouveau gouvernement. "Nous considérons, à l'UDPS, que les termes de l'accord global et inclusif, signé à Sun-City (Afrique du Sud), n'ont pas été respectés dans la désignation des animateurs aux différents postes politiques et nous préférons ne pas cautionner l'irrégularité", a notamment affirmé Mukendi.
Le leader de ce parti Tshisekedi n'a pas obtenu le poste de vice-président pour le compte de l'opposition politique non armée, qui est revenu plutôt au professeur Arthur Z'Ahidi Ngoma.
A la suite de l'UDPS, le Parti lumumbiste unifié (PALU) d'Antoine Gizenga s'est également mis en retrait du gouvernement.
D'une manière générale, le nouveau gouvernement est juste accepté, sans plus, comme une sorte de solution par défaut. La majorité des Congolais estime ne pas avoir trop le choix, vu les circonstances. "Ce gouvernement est un genre fourre-tout dont il ne faut rien entendre", a dit mardi à IPS Jean-Robert Kilanga, un homme d'affaires à Kinshasa, la capitale de la RDC..
"Mais, attendons toujours voir", a-t-il ajouté.
La formation du gouvernement de transition a été rendue possible grâce à la signature, entre le gouvernement et les rébellions, d'accords spéciaux sur la gestion de la future armée nationale, réunifiée et intégrée. Aux termes de ces accords, le gouvernement prend la tête de l'état-major général de l'armée tandis que le RCD/Goma commande les Forces terrestres et le MLC de Bemba dirige la Force navale. Pendant près de trois semaines, les négociations ont achoppé sur cette question du commandement des différentes branches de l'armée au point qu'on a craint que la date fatidique du 30 juin ne puisse plus être respectée pour la formation du nouveau gouvernement. Pour le gouvernement de Kabila, qui était particulièrement opposé à l'affectation des Forces terrestres au RDC/Goma, "il est inconcevable que ceux qui avaient, sous la supervision du Rwanda, déclenché la guerre en 1998 et qui sont à la base de toute la misère du peuple congolais, puissent de nouveau diriger la Force terrestre". En effet, dans la crise de confiance qui a opposé l'ancien président Laurent Désiré Kabila à ses alliés rwandais, James Kabarebe, qui était alors chef d'état-major des Forces armées congolaises, avait réussi à fragiliser la frontière-est du pays en plaçant des hommes à lui. Ce qui avait facilité davantage l'invasion du pays par l'Ouganda et le Rwanda. Par mesure de précaution, le gouvernement a obtenu que le chef d'état-major des Forces terrestres soit secondé par deux adjoints : l'un venant du côté du gouvernement et l'autre du MLC. Le RCD/Goma déclare se réjouir, bien entendu, de la configuration nouvelle de la gestion de la future armée nationale. "C'est ce sur quoi nous nous étions entendus lors de la signature de l'accord de Sun City", a indiqué un de ses porte-parole. A Mbandaka, capitale de la province de l'Equateur où il se trouvait lundi pour les festivités marquant le 43e anniversaire de l'indépendance, le chef de l'Etat congolais est revenu sur toutes les péripéties qui ont empêché l'évolution normale du processus politique et économique de ce grand pays des Grands Lacs et d'Afrique centrale aux ressources immenses et variées. "Sept jours seulement après l'accession du pays à l'indépendance", a-t-il rappelé, "la Belgique a attaqué son ex-colonie et semé les premiers germes de la zizanie. Depuis, la République démocratique du Congo n'a pas quitté la zone de turbulence jusqu'à ce jour".

