ENERGIE-SAO TOME ET PRINCPE: Le pétrole suscite l'espoir et la crainte

SAO TOME, 2 juil (IPS) – La découverte du pétrole sur les îles accidentées et boisées de Sao Tomé et Principe, a suscité à la fois l'espoir et la crainte dans l'ancienne colonie portugaise située au large de la côte ouest de l'Afrique.

"Nous, à Sao Tomé, nous serons très prudents. Nous n'allons pas répéter les erreurs des autres nations africaines où les ressources naturelles ont conduit à une malédiction au lieu d'une bénédiction pour elles", a fait remarquer le Premier ministre de Sao Tomé et Principe, Maria das Neves, à l'ouverture d'une conférence internationale sur les industries d'extraction d'Afrique, la semaine dernière. "Nous serons aussi transparents que nous le pourrons dans nos relations afin d'assurer que les populations de Sao Tomé bénéficient directement de la richesse pétrolière de leur pays", a ajouté das Neves.

On estime que les deux îles jumelles de Sao Tomé et Principe reposent sur environ deux milliards de barils de pétrole brut. Elles attirent déjà l'attention des compagnies de pétrole multinationales de même que celle des pays puissants comme les Etats-Unis et le Nigeria.

Les Etats-Unis étudient le stationnement d'une base militaire à Sao Tomé et il y a déjà eu des échanges de visites entre les officiels des deux pays.

A Sao Tomé, un officiel haut placé du gouvernement, qui a préféré garder l'anonymat, a déclaré à IPS : "Notre président Fradique de Menezes s'est actuellement rapproché des Américains pour une sorte d'assistance militaire au cas où l'exploration et le forage du pétrole commenceraient".

Il a avoué la vulnérabilité de son pays du fait de sa proximité du Nigeria.

Les Nigérians ont proposé de signer un pacte de défense mutuelle avec leur voisin minuscule, lequel impliquerait le déploiement des forces nigérianes sur les îles. "Nous sommes un peu inquiets au sujet de ce plan et ne préférions pas avoir des troupes nigérianes ici", dit Alberto qui est un fonctionnaire à Sao Tomé.

Les populations de Sao Tomé, dont l'île est située juste à 500 kilomètres au sud du Nigeria, sont clairement réservées vis-à-vis d'un tel arrangement. Pourquoi pas? Le pays d'une population de 140.000 habitants dispose à peine d'une armée de 200 soldats. Il pourrait être facilement envahi par son voisin, le Nigeria.

Le problème, maintenant, est que le Nigeria avait signé, avec le gouvernement précédent de Sao Tomé et Principe, un accord qui octroie aux firmes pétrolières nigérianes des concessions d'environ 40 pour cent des gisements de pétrole des îles. Il semble que tout cela soit matière à négociation avec le grand intérêt montré par les conglomérats pétroliers des autres pays et leurs contreparties américaines.

"Il n'y a aucun doute que ces accords seraient revus dans un avenir proche", a dit un conseiller du président Menezes avec railleries. "Après tout, nous avons le droit de choisir les gens avec lesquels nous voulons faire des affaires dans notre propre intérêt".

Sao Tomé est l'un des pays les plus pauvres de l'Afrique à cause de l'effondrement des revenus de l'industrie du cacao et de la dissolution des plantations de cacao, la principale base de l'économie des îles.

Le pays a acquis l'indépendance vis-à-vis du Portugal en 1975 et était depuis lors pratiquement abandonné par communauté des donneurs. Mais, il semble que la découverte du pétrole soit en passe de changer tout cela et de transformer probablement le pays en un Brunei de l'Afrique.

"Je suis dans les plantations depuis plus de 15 ans, mais les choses ne changent pas", indique Luis, un planteur de cacao. "La découverte du pétrole est une bonne nouvelle. Peut-être que cela nous aidera à éduquer nos enfants et à améliorer notre condition sociale".

Miquel, un déscolarisé du cours secondaire confirme. "J'ai toujours nourri l'idée d'aller chercher des pâturages plus verts à l'étranger; mais, si l'histoire de la découverte du pétrole est vraie, j'abandonnerai cette idée, je resterai au pays pour bénéficier de la manne", dit-il à IPS.

La ligne de démarcation entre les pouvoirs étrangers en concurrence devient claire. Le président Menezez, un propriétaire de plantations de cacao riche qui possède aussi des affaires au Portugal, se rapproche plus des Américains, mais il n'abandonne pas entièrement ses voisins nigérians.

"Nous traiterons encore avec les Nigérians. Ils ont deux options claires : renégocier les accords ou liquider. Mais nous voulons vraiment les avoir à bord", a déclaré le président récemment.

En attendant que le fruit tombe, les insulaires sont enthousiasmés par la nouvelle source de richesse de leur pays, néanmoins, ils préfèrent exploiter leur revenu de pétrole en paix.

"Nous caressons la richesse de notre gisement de pétrole. Mais nous avons vu comment une telle richesse provenant de ressources naturelles a fini par détruire d'autres Etats africains, aussi préférons-nous rester pauvres que d'être plongés dans une anarchie", a souligné Raul, un commentateur politique de Sao Tomé.

Les autorités ont indiqué que Sao Tomé sortira son premier pétrole dans quatre ans, si tout va bien. Et dès qu'on commencera à exporter le pétrole brut, le revenu sera utilisé pour améliorer la santé, l'éducation, la lutte contre la pauvreté sur les îles.