KIGALI, 1 juil (IPS) – "Au lieu de décréter une discrimination positive, le gouvernement rwandais aurait dû s'employer à faire tomber les obstacles sociaux à l'émancipation politique des femmes", estime Dusabinama Dismas, de l'Association pour la défense des droits de l'Homme au Rwanda (ARDHO).
L'instruction, condition primordiale pour accéder aux charges politiques, est encore fort inégalitaire dans ce pays des Grands Lacs, malgré les efforts pour promouvoir l'éducation de la jeune fille. La majorité des parents privilégie encore l'éducation du garçon, la fille étant perçue comme un simple gage de dot.
Ainsi, 25 pour cent de femmes adultes avouent n'avoir jamais fréquenté une école, contre 17 pour cent d'hommes; seulement 10 pour cent d'entre elles ont un niveau d'études primaires, contre 12 pour cent chez les hommes. De même, le niveau d'analphabétisme chez les femmes de plus de 15 ans est de 37 pour contre 25 pour cent chez les hommes, dans la même tranche d'âge. Et la situation n'est pas près de s'améliorer. Certes au primaire et au secondaire, la parité entre les élèves garçons et filles est actuellement respectée. Cependant, la disparité s'observe au niveau supérieur où les filles représentent moins de 30 pour cent des étudiants inscrits. Car, "à partir de 15 ans, les taux de fréquentation scolaire diminuent pour les deux sexes, mais beaucoup plus rapidement pour les filles", indique le rapport démographique de 2002.
D'une manière générale, "La femme est encore considérée, au pire, comme un objet sexuel de l'homme; au mieux, comme une mineure sociale, un être à prendre en charge et non à qui on peut confier des responsabilités", affirme Dr Raphaël Gasinzigwa, directeur du centre neuropsychiatrique de Ndera, à Kigali, la capitale rwandaise. Selon la nouvelle constitution adoptée le 26 mai, 30 pour cent des postes politiques seront désormais réservés aux femmes; une discrimination positive qui n'en est pas moins une reconnaissance du retard qu'accuse actuellement la femme rwandaise en politique alors qu'elle représente 52 pour cent des quelque huit millions d'habitants du pays.
Une présence qui est pour le moins insignifiante : deux femmes ministres sur 16; trois vice-ministres sur 10, une préfet de province sur 12; 18 femmes sur les 74 députés du parlement de transition, et une femme secrétaire député, "un poste qui sera bientôt supprimé et remplacé par celui de 2ème vice-président de l'Assemblé nationale", selon la secrétaire députée Rose Mukankomeje. Au parlement comme dans le reste de l'appareil dirigeant, les femmes occupent des postes politiques subalternes. L'une des deux femmes du gouvernement est ministre de la Promotion féminine, et la seconde est ministre à la présidence de la République. "On n'est pas encore près de voir une femme ministre de la Défense, des Affaires étrangères ou de l'Intérieur, ces postes étant considérés par tous, y compris par les femmes, comme trop masculins", affirme Bernadette Mukasine, candidate malheureuse aux élections municipales de mars 2001 à Kabuga, chef-lieu de la province de Kigali Ngali (centre-est du Rwanda). Un échec qu'elle attribue à l'électorat de cette ville qui ne "voulait pas d'une femme comme maire". Aucun des huit partis agréés n'étant dirigé par une femme, et aucune femme n'ayant été encore pressentie candidate à la présidence, les présidentielles d'août prochain se joueront sûrement entre hommes.
Pourtant, le Rwanda a été, en 1992, le premier pays africain à avoir eu une femme Premier ministre, Agathe Uwilingiyimana, assassinée le 7 avril 1994, au début du génocide.
Les femmes au Rwanda représentent pourtant une force sociale et démographique non négligeable. Selon les résultats provisoires du recensement général d'octobre 2002, le pays compte 4.267.983 femmes sur les 8.162.715 habitants, soit 52,3 pour cent de la population. Cette importante proportion des femmes a fait prendre conscience à certaines d'entre elles qui ont entrepris, depuis une vingtaine d'années, de militer au sein de nombreuses associations féminines. On en compte une centaine, regroupées au sein de trois grands collectifs. Leurs combats mettent souvent l'accent sur la promotion économique de la femme par l'octroi de micro-crédits, mais aussi sur l'éducation de la jeune fille, l'alphabétisation des adultes et la lutte contre les diverses violences faites aux femmes. Leurs combats ont abouti, en plus de la discrimination positive désormais consacrée par la nouvelle constitution, à la révision – en cours – de la loi réprimant le viol, qui sera plus sévère à l'avenir. Les femmes rwandaises ont également réussi des timides avancées en faisant tomber quelques tabous coutumiers. Ainsi, certains métiers jadis réservés à l'homme, comme les travaux de chantier ou la conduite d'engins lourds, sont de plus en plus envahis par des femmes décomplexées. La présence de certaines femmes dans les hautes sphères de l'administration, de l'armée et la police, donne également espoir aux femmes ambitieuses. La Banque rwandaise de développement, l'Office rwandais de commercialisation de thé, et l'Union des banques populaires sont dirigés par des femmes. La deuxième vice-présidente de la Banque centrale et la moitié des secrétaires généraux des ministères sont des femmes. Dans l'armée, une femme est lieutenant-colonel. Le chef la police judiciaire, avec le grade équivalent à celui de colonel, est également une femme. Mais le chemin est encore long!

