JOHANNESBURG, 30 juin (IPS) – Le premier grand parti sud-africain dirigé par une femme a été lancé en Afrique du Sud par Patricia de Lille, une ancienne syndicaliste et leader du Congrès panafricain.
De Lille, l'une des dix premiers syndicalistes les plus populaires du pays, prend de front le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC) avec son 'Démocrates indépendants'. Plusieurs études montrent que De Lille est une politicienne de renommée nationale, avec un puissant soutien dans toutes les couches raciales et physiques du pays.
Leader fougueux, âgée de 52 ans, avec la mine d'un combattant de rue, De Lille vise cinq pour cent du vote national dans les élections générales de l'année prochaine. "J'ai toujours assimilé notre démocratie à un jeune arbre, et après neuf ans passés dans notre jeune démocratie, cet arbre pousse de travers. Maintenant, nous pouvons tous nous asseoir confortablement et regarder cet arbre pousser en déviant de son cap ou bien, nous pouvons prendre des mesures positives et décisives pour rectifier la situation", a-t-elle dit sous les applaudissements frénétiques de 500 délégués qui ont pris part au premier congrès du parti sur le East Rand de Johannesburg.
Native de la ville portuaire du Cap, De Lille a débuté sa vie active en tant que technicienne de laboratoire dans l'industrie de peinture, d'où elle a été amenée dans l'Union des travailleurs du secteur chimique d'Afrique du Sud. A l'époque, elle symbolisait une autre première pour une femme dirigeante. L'union était affiliée au Conseil national de syndicats (NACTU), qui, à ce moment, était l'une des plus grandes fédérations syndicales. En 1988, elle a été élue vice-présidente nationale, à cette époque, la plus importante femme leader syndicaliste dans le pays.
A partir de sa base dans le NACTU, De Lille est devenue active dans le Congrès panafricain, un mouvement de libération qui jouissait de plus d'influence qu'aujourd'hui. Durant les négociations pour mettre fin à l'apartheid, elle avait pris la meilleure place dans l'équipe de son parti..
"Elle avait gagné du respect pour sa fermeté et sa clarté", affirme le "A à Z de la politique sud-africaine", qui enregistrait au jour le jour les débats. En 1994, elle a été élue au parlement et s'est fait depuis la réputation d'une militante anti-corruption.
Un accord d'armements de 60 milliards de rands (environ huit milliards de dollars US) pour ré-équiper la force de défense, a donné lieu à de nombreuses allégations de corruption et De Lille a occupé le devant de la scène pour s'y opposer. Ceci l'a propulsée au centre de la politique nationale et l'a marquée d'une réputation de pote anti-corruption. "L'ANC? Ils sont trop corrompus. Regardez l'entreprise Yengeni. Regardez l'entreprise de Terror Lekota", déplore Elana Fourie au lancement du parti.
L'ancien chef de fil de l'ANC au parlement, Tony Yengeni, a pris un pot-de-vin pour une Mercedes Benz achetée au rabais par l'une des compagnies d'armements dans l'accord, tandis qu'en mai, il s'est révélé que le ministre de la Défense Terror Lekota n'a pas déclaré ses intérêts commerciaux privés au parlement alors qu'il était obligé de le faire. Les deux cas de corruption connus sont en train d'aliéner les bases du soutien de l'ANC, dont certains rejoignent la troupe de De Lille.
Vêtue d'une tenue mixte Xhosa-contemporaine, avec des marques ukuchokoza dessinées élégamment autour des yeux, Dudu Shabangu, âgée de 20 ans, venue de Port Elizabeth, était également au lancement du parti. Elle a déclaré : "Je n'étais pas membre de l'ANC, mais j'ai grandi dans la tradition du Sasco (Congrès des étudiants sud-africains). Nous percevions des gens comme Tony Yengeni comme des modèles. Maintenant, vous perdez l'espérance et la foi". Elle ajoute : "Ce que j'aime, c'est qu'elle est une femme. Il y a beaucoup de choses que nous, en tant que femmes, pouvons faire. Le pouvoir des femmes", se dit-elle, "pour des jeunes comme moi, c'est la chose la plus importante".
La seconde question sur laquelle De Lille va battre campagne est le VIH/SIDA pour obtenir le soutien d'un puissant groupe de pression. "Des milliers de nos frères meurent du VIH/SIDA chaque année; un grand nombre de personnes mourront dans les quinze prochaines années. Au moins trois personnes séropositives siégeront dans l'organe dirigeant de ce parti", a-t-elle déclaré sous les applaudissements des nombreux partisans présents au lancement.
En Afrique du Sud, le VIH et le SIDA ont d'énormes implications de genre.
La plupart des personnes infectées et affectées par la pandémie sont des femmes. Parmi d'autres politiques vigoureuses pour le genre, figurent des plans visant à accroître les ressources et renforcer les systèmes en vue de combattre la maltraitance des femmes et des enfants.
Avec la disgrâce de Winnie Mandela (elle a été reconnue coupable de fraudes au début de cette année et a démissionné du parlement), De Lille a de fortes chances de l'éclipser en qualité de politicienne la plus populaire du pays. "Il y a cette aura autour de Pat. Je ne sais pas? C'est comme Nelson Mandela, comme Breyton Paulse (un joueur national de rugby). Je peux dire qu'il y a quelque chose en elle qui vous attire vers elle", affirme Rodney Lentit qui aide à gérer le bureau du parti au Cap occidental.

