ABIDJAN, 7 avr (IPS) – La Côte d'Ivoire a reçu une nouvelle aide financière de 92 millions de dollars, soit 64 milliards de Francs CFA, pour "soutenir sa politique de lutte contre le SIDA sur tous les fronts".
L'aide provient du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, basé à Genève, en Suisse, mais la Côte d'Ivoire, peuplée de quelque 16 millions d'habitants, est coupée en deux ou trois par une guerre civile depuis plus de six mois alors que le pays est le plus touché par la pandémie du VIH/SIDA en Afrique de l'ouest. Cette situation inquiète une des organisations non gouvernementales (ONG) qui s'occupent des personnes vivant avec le VIH/SIDA. Urbain Tiécoura de l'ONG Lumière action, craint pour les personnes infectées des zones de guerre. "Le système de suivi est désorganisé dans plus de la moitié du pays. Comment les malades de ces régions pourront-ils bénéficier de cette aide? Il sera difficile de répertorier les vivants, vu la situation qui prévaut dans ces régions", se plaint-il. Dans les zones occupées, les ONG, qui luttaient contre la propagation de la pandémie, sont déboussolées depuis l'éclatement de la guerre en septembre 2002 parce qu'elles ne savent plus comment retrouver les personnes vivant avec le VIH/SIDA. Les gens sont partis en catastrophe dans toutes les directions pour se mettre en sécurité. Ils sont donc abandonnés à leur sort.
Pour Tiécoura, le comité de suivi de la gestion de ce fonds doit nécessairement s'appuyer sur les structures qui encadraient déjà les malades. Le taux de séroprévalence en Côte d'Ivoire se situe entre 10 et 14 pour cent suivant les régions du pays et selon des statistiques avancées par la ministre ivoirienne de la Solidarité et de la Protection sociale, Clotilde Ohouochi, à l'occasion de l'Assemblée générale des partenaires nationaux de la lutte contre le SIDA, le 17 mars à Abidjan, la capitale économique.
Selon les statistiques de 1998-1999, le pays comptait environ 1,5 million de personnes vivant avec le VIH/SIDA et quelque 600.000 orphelins du SIDA. Ohouochi a exhorté les partenaires à faire en sorte que les résultats de leur travail permettent à la Côte d'Ivoire de faire baisser le taux de prévalence du VIH qui est parmi les plus élevés de la sous-région. "Nous devons mettre ensemble nos efforts pour barrer le chemin à cette terrible pandémie", a-t-elle déclaré. Les régions d'Abidjan au sud, San-Pedro (second port du pays au sud-ouest), d'Abengourou (frontière du Ghana à l'est) et de Man (à l'ouest) sont les plus touchées du pays par le VIH/SIDA. En mars 2001, la Côte d'Ivoire avait obtenu une baisse de 90 pour cent des prix des médicaments anti-rétroviraux aux termes de négociations avec des firmes pharmaceutiques, mais seulement un millier de personnes bénéficient de traitements avec ces produits dans le pays. Ce qui laisse les personnes vivant avec le VIH SIDA encore sceptiques par rapport au bénéfice réel de la nouvelle assistance internationale. "Nous n'avons pas encore oublié ce qui nous est arrivé avec la baisse des prix des anti-rétroviraux. Les autorités ont annoncé à coups de publicité cette baisse qui, en réalité, n'a profité qu'à une infime partie des personnes vivant avec le VIH/SIDA", souligne, amère, Sidonie Kouamé, membre de l'ONG Ruban rouge ivoirien, qui s'occupe aussi de personnes infectées. Les malades du SIDA veulent donc que la priorité leur soit accordée dans l'utilisation des nouveaux fonds. "Nous espérons que cette fois-ci, les autorités ne vont pas nous pousser à des manifestations de colère comme ce fut le cas en 2001 contre la mauvaise gestion de la réduction des prix des anti-rétroviraux. Si tel était le cas, nous n'allons plus nous laisser faire", avertit Kouamé. Ohouochi a rappelé aux partenaires nationaux de la lutte contre le SIDA en Côte d'Ivoire que "ces fonds seront gérés par un organe de coordination des stratégies nationales de lutte contre le SIDA, avec des responsabilités clairement établies, un calendrier des activités, des budgets et des résultats attendus". Dr Félix Lorougnon, coordinateur national du comité de suivi de la gestion recommandé par les bailleurs de fonds, et ses collaborateurs se sont engagés à œuvrer dans le sens des objectifs qui leur sont assignés. Selon Lorougnon, c'est un organe d'accompagnement responsable de l'utilisation des ressources du Fonds mondial de lutte contre le SIDA. "Il doit fonctionner comme un groupe de consensus national qui coordonne la présentation des propositions, notamment la traduction de stratégies nationales en plans d'exécution concrets". Le financement du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, qui porte sur une période de cinq ans, place la Côte d'Ivoire en tête des pays bénéficiaires de la sous-région, avant le Togo, le Burkina Faso et la Guinée, qui ont reçu chacun environ 20 millions de dollars. Pour la gestion du nouveau financement qui vient s'ajouter aux projets de santé déjà existants en Côte d'Ivoire, le Fonds mondial a imposé plusieurs critères qui écartent de facto les procédures habituelles qui mettaient l'Etat au centre de tout. Il s'agit, entre autres critères, de la volonté politique; d'un cadre multisectoriel; de l'élaboration de projets viables et de l'existence de programmes de santé au niveau de trois grandes pandémies : SIDA, tuberculose et paludisme. Le gouvernement ivoirien veut faire de la lutte contre le SIDA une des priorités de son action, malgré la crise politique actuelle. Le gouvernement de réconciliation nationale, mis en place le 20 mars, a créé un département entier chargé de lutter contre ce fléau. Ce qui est une première dans le pays, car jusque-là, c'était un ministère délégué auprès du ministre de la Santé qui avait en charge le dossier du SIDA.

