/REPETITION/CORRIGEE: L'Occident pourrait tenter d'imposer sa définition dela démocratie à l'Afrique, selon Mbeki

JOHANNESBURG, 9 avr (IPS) – Le président sud-africain Thabo Mbeki a averti que si toutes les nations ne respectaient pas les Nations Unies, il y aurait un danger que les pays puissants tentent et imposent leur définition de la démocratie aux Etats d'Afrique.

"Maintenant, nous sommes confrontés au défi de ceux qui sont allés en guerre contre l'Irak. A part la question des armes de destruction massive, ils disent qu'ils ont pris les armes contre l'Irak pour renverser une dictature et transformer ce pays en une démocratie.

La proposition, qui est en train d'être servie, est qu'il pourrait y avoir une chose telle que la démocratie importée et imposée; de la même manière qu'on peut forcer une personne faisant la grève de faim à s'alimenter. Sans doute, l'argument est que si une personne avale volontairement du riz ou le fait parce qu'il ou elle y a été forcé à s'alimenter, le fait demeure qu'ils ont mangé du riz. Je doute qu'une institution d'un système démocratique puisse être abordée de la manière qu'on aborde la consommation du riz", a déclaré Mbeki. "Si l'ONU importe peu et devrait être abolie, pourquoi nous, petits pays d'Afrique constituant l'UA, devrions penser avoir de l'importance et ne serions pas punis si nous sortions du droit chemin", a-t-il ajouté.

Mbeki est le président en exercice de l'Union africaine (UA).

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont lancé une attaque contre l'Irak pour le désarmer des armes de destruction massive que ce pays du Moyen-Orient, est présumé cacher – sans le soutien explicite des Nations Unies. Les Etats-Unis, en particulier, sont accusés d'avoir engagé une action unilatérale sans ménagement contre la volonté de la majorité des pays des Nations Unies, qui ont espéré mener une fin négociée des crises concernant l'Irak.

Mbeki s'exprimait à la Conférence africaine sur les élections, la démocratie et la bonne gouvernance, ouverte en Afrique du Sud lundi.

La Commission électorale indépendante (IEC) de l'Afrique du Sud et l'Union africaine organisent la conférence qui durera jusqu'au 10 avril.

Dans son allocution de bienvenue, la présidente de l'IEC, Brigalia Bam, a indiqué : "Le thème de la conférence – Renforcer les initiatives africaines – est approprié parce que nous explorons constamment des voies par lesquelles nous pouvons renforcer nos capacités à organiser des élections acceptables comme des organes de gestion des élections sur le continent africain".

Plus tard, lors d'une interview à la radio, elle a souligné que les résultats des élections devraient être aussi bien crédibles pour les peuples africains que pour n'importe qui.

Dans ses remarques à l'ouverture, Mbeki a déclaré : "Le défi d'analyser et de comprendre l'Afrique résulte en partie de ce que, beaucoup d'entre nous, bien entendu, cherchent à affirmer fermement lors des rencontres similaires, le fait que nous sommes des démocrates. Ceci conduit à la propagation de séries de 'modèles démocratiques' décrits dans les manuels de sciences politiques".

Il a cependant poursuivi en faisant remarquer que beaucoup de "modèles démocratiques" applicables aux pays africains ne le sont guère pour les pays développés.

"Je n'ai jamais entendu parler d'observateurs internationaux vérifiant si une élection anglaise était libre et juste. Au lieu de cela, j'ai plutôt entendu parler d'observateurs visitant la Grande-Bretagne en période électorale pour apprendre comment des élections démocratiques devraient être conduites. Je présume que nous envoyons ces étudiants parce que, justement, nous consentons qu'en dépit des choses qu'elle n'est pas invitée à faire — comme nous aussi — la Grande-Bretagne est un pays démocratique. Dans un sens, le défi auquel nous sommes confrontés est de comprendre pourquoi le livre des règles des musts démocratiques s'applique de façon inéquitable entre nous et les autres pays du Nord comme la Grande-Bretagne, par exemple", a dit Mbeki.

Il a toutefois précisé clairement qu'il n'appelait pas à l'abandon du livre des règles des musts démocratiques, mais plutôt à la recherche des voies pour mettre ces règles en pratique en Afrique.

Plus de 400 délégués de 48 pays africains sont attendus à cette conférence qui précède les élections législatives et présidentielles au Nigeria – le pays le plus peuplé d'Afrique – plus tard ce mois.

Entre autres sujets, la conférence examinera les élections multipartites en Afrique, les ressources des élections et l'acceptation des résultats des élections.

La conférence doit préparer un projet de "Déclaration sur les élections" qui sera étudié par l'Union africaine avant son sommet des chefs d'Etat et de gouvernement au Mozambique, en juillet 2003.