POLITIQUE-RD CONGO: L'espoir de l'Accord final de paix est tempéré par unscepticisme ambiant

KINSHASA, 5 avr (IPS) – Le président Joseph Kabila a promulgué vendredi la Loi sur la nouvelle constitution de la transition politique en République démocratique du Congo (RDC) après la signature, à Sun City, en Afrique du Sud, de l'Accord final de paix.

Lundi prochain, Kabila prêtera serment comme le président de cette transition politique consacrée par l'accord qui marque la fin de 19 mois du dialogue inter-congolais, et qui devrait déboucher sur des élections démocratiques et transparentes dans deux ans. Mais l'accord laisse toujours beaucoup de Congolais sceptiques.

Le temps s'est pratiquement arrêté le mercredi, 2 avril, en début d'après-midi quand, à Sun City, devant une demi-douzaine de chefs d'Etat, les protagonistes de la longue crise politique congolaise signaient, enfin, le document consacrant la fin de la guerre et la réunification complète – en principe – de tout le pays.

Ce fut un moment de grande émotion à Kinshasa, la capitale de la RDC, où l'événement a été diffusé en direct à la télévision et à la radio d'Etat.

Les yeux rivés sur les écrans de télévision, beaucoup de Congolais ont cru rêver en suivant les déclarations de foi des ex-rebelles sur leurs intentions de troquer définitivement le treillis militaire contre le costume-cravate. "Je n'en ai pas cru mes yeux ni mes oreilles quand j'ai vu et entendu Olivier Kamitatu, le secrétaire général du Mouvement de libération du Congo (MLC, de Jean-Pierre Bemba), déclarer que désormais, il n'était plus le rebelle, mais l'un des acteurs politiques qui devront asseoir le nouvel ordre politique au Congo", a confié à IPS Amédée Kirarahumu, ancien ministre sous l'éphémère gouvernement d'Etienne Tshisekedi en 1992. Dans sa déclaration finale, en effet, juste après avoir signé l'Acte final du dialogue inter-congolais, Kamitatu, très courtois – contrairement à ses habitudes envers le président Kabila – a dit "toute la confiance" qu'il accordait à la nouvelle constitution.

"Cette nouvelle constitution", a-t-il indiqué, "consacre pour nous, une nouvelle ère pendant la période de transition jusqu'aux nouvelles élections.

Nous avons, enfin, un cadre à travers lequel nous pouvons nous exprimer.

Nous ne sommes donc plus l'opposition armée, mais une opposition politique classique. C'est le plus important pour nous", a ajouté Kamitatu. L'espoir qui renaît est toutefois tempéré par des écueils prévisibles que les nouvelles institutions devraient résoudre. La signature de l'Acte final du dialogue inter-congolais s'est déroulée sous fond de bruits de bottes et de combats au Kivu, dans l'est du pays. En dépit de leur retrait officiel du territoire congolais, à la fin 2002, les troupes rwandaises et ougandaises ont renforcé leur présence dans le Kivu et l'Ituri au point qu'il faut maintenant craindre une nouvelle confrontation entre les deux armées.

"La situation dans le Kivu et dans l'Ituri est un problème que le prochain gouvernement devra traiter avec le plus grand sérieux", estime le professeur Philippe Biyoya de l'Université de Kinshasa. "Ni le Rwanda, ni l'Ouganda n'ont jamais voulu quitter le Congo et recourent à de faux prétextes pour justifier leur présence". "Le prochain gouvernement devra se montrer à la hauteur des nouveaux enjeux. Heureusement qu'il n'appartient plus à une seule composante de régler le problème. La perspective des nouvelles institutions permettra aux Congolais de faire le contour de tous les problèmes", explique-t-il.

Mais tout le monde, au Congo, n'appréhende pas l'événement de Sun City de la même manière. L'absence du président Kabila à la signature de l'accord n'a pas rassuré beaucoup de Congolais. Pour Tshidibi Ngondavi, directeur de la rédaction du quotidien 'Le Potentiel', paraissant à Kinshasa, Kabila n'aurait pas dû manquer à la cérémonie de Sun City".

"Par son absence à la cérémonie, le président Kabila vient de commettre une erreur politique grave qui comporte des conséquences aussi graves pour la suite. Kabila a toujours proclamé, haut et fort, qu'il se présenterait partout où se débattraient les problèmes relatifs à la paix au Congo. "Ce qui se passe en Afrique du Sud, c'est justement le couronnement de tout le processus qui visait la fin de la crise politique au Congo. Ses collègues chefs d'Etat ont accepté de faire le déplacement de Sun City, mais pas lui.

Je trouve cela extrêmement irresponsable et cela m'inquiète", déclare Ngondavi.

A Mbujimayi, la capitale du Kasai oriental et du diamant, les partisans de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) de Tshisekedi ont barricadé les routes et brûlé des pneus sur les grandes artères de la ville pour protester contre le comportement jugé "irresponsable du chef de l'Etat". La police a arrêté une vingtaine de manifestants.

Moustapha Niasse, le représentant du secrétaire général des Nations Unies, a refusé de commenter l'absence, à Sun City, de Kabila alors qu'il l'avait rencontré à ce sujet, deux semaines auparavant à Mbandaka, dans la province de l'Equateur. "Il m'avait dit qu'il était avec nous, mais qu'il ne viendrait pas à Sun City. Je n'ai pas à chercher à savoir pour quelles raisons. L'essentiel est que les différentes parties au conflit aient signé l'accord", a dit Niasse.

Sun City est donc terminé. Les délégués de Kinshasa étaient rentrés depuis le 3 avril dans la capitale congolaise. Mais, il n'y a eu, à leur retour, aucun signe d'animosité ni d'enthousiasme à leur égard. Septiques, les Congolais attendent de juger tous les signataires de l'accord à travers leurs actes.