JOHANNESBURG, 26 mars (IPS) – Des plaintes pour homicide volontaire ont été déposées contre la ministre sud-africaine de la Santé, Manto Tshabala-Msimang et le ministre du Commerce et de l'Industrie, Alec Erwin, par la Treatment Action Campaign (TAC) – une organisation exigeant la fourniture des médicaments anti-SIDA aux personnes pauvres vivant avec la maladie.
La TAC a officiellement déposé des plaintes contre le ministre de la Santé pour son incapacité à rendre les anti-rétroviraux – les médicaments généralement acceptés pour atténuer l'impact du SIDA et réduire la transmission du VIH, gratuitement disponibles dans le système de santé publique. La campagne a attaqué Erwin parce qu'elle l'accuse de ne pas agir assez vite pour accorder la licence aux firmes pharmaceutiques locales et leur permettre de fabriquer des médicaments anti-rétroviraux sous nom générique. Même si les plaintes ont été officiellement constituées dans des commissariats, les autorités appropriées représentant le ministère public, doivent encore décider s'il faut oui ou non leur donner une suite. Confronté à des accusations criminelles et à des menaces d'une campagne de désobéissance civile de la TAC pour appuyer ses exigences, le gouvernement sud-africain a lancé une campagne pour mettre en relief ses efforts dans la lutte contre l'épidémie du SIDA, qui est en train de paralyser le pays. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu'actuellement, 4,5 millions de Sud-Africains vivent avec le VIH et le SIDA. La TAC considère qu'environ 600 Sud-Africains meurent des maladies liées au SIDA chaque jour, et que ce chiffre pourrait être considérablement réduit si les ministres ouvraient la voie pour mettre les anti-rétroviraux gratuitement à la disposition des malades dans le système de santé publique. Les accusations criminelles contre les deux ministres du cabinet font partie d'une campagne de désobéissance civile, lancée par la TAC le 21 mars – la Journée des droits de l'Homme en Afrique du Sud – pour appuyer ses exigences. Après avoir déposé – ou tenté de déposer – des plaintes dans des commissariats à travers toute l'Afrique du Sud, des activistes de la TAC ont demandé à être arrêtés. A Johannesburg, plus de 100 activistes auraient été arrêtés et accusés de prendre part à un rassemblement illégal. Ils ont été relâchés une heure après. Bien qu'elle n'ait rien révélé au sujet de ses plans, la TAC a clairement signifié que d'autres actes de désobéissance civile étaient en perspective, entre autres, la possible occupation et la perturbation des bureaux du ministère de la Santé. Elle projette de faire arrêter 600 activistes durant sa campagne de désobéissance civile pour symboliser chacun des Sud-Africains qui meurt chaque jour de maladies liées au SIDA. L'arrestation des activistes anti-VIH/SIDA va créer des difficultés politiques au gouvernement – d'autant plus que son scepticisme par rapport aux anti-rétroviraux n'est pas très populaire au sein de la grande communauté scientifique et des activistes de la santé. La TAC a le soutien de plusieurs des alliés politiques du gouvernement, comme le Congrès des syndicats d'Afrique du Sud (COSATU), fort de 1,8 million de membres. Il y a également des divergences dans les rangs du Congrès national africain, au pouvoir, et du gouvernement sur la fourniture répandue d'anti-rétroviraux dans le système de soins de santé publique. Par conséquent, il est politiquement embarrassant pour le gouvernement qu'on le voie en train d'agir contre des activistes de la TAC. La TAC exige actuellement que le gouvernement "prenne un engagement irréversible et sans équivoque" pour fournir des anti-rétroviraux dans le système de soins de santé publique et qu'il signe un accord avec des entreprises, des organisations syndicales et communautaires sur un programme national de prévention et de traitement du VIH et du SIDA. De façon controversée, le gouvernement sud-africain s'est demandé si le VIH cause le SIDA et a constamment jeté le doute sur l'efficacité des anti-rétroviraux. Il a indiqué qu'au lieu de fournir des anti-rétroviraux aux personnes vivant avec le SIDA, il préférait diriger ses efforts anti-VIH/SIDA vers l'éducation et des programmes nutritionnels. Il est généralement admis dans le monde entier que, même si les anti-rétroviraux sont dangereux, ils sont présentement les meilleurs médicaments disponibles pour atténuer l'impact de la maladie et réduire la propagation du VIH. Le ministre sud-africain des Finances, Trevor Manuel, a jeté de l'huile sur le feu lorsque qu'il a fait remarquer la semaine dernière, devant le parlement, que dépenser de l'argent sur les anti-rétroviraux était un "gaspillage des ressources très limitées". Manuel a également soutenu que ses propos ont été déformés dans des articles de presse qui disaient qu'il a qualifié les anti-rétroviraux de "trop de vaudou". Mais, face aux critiques renouvelées de sa position sur les anti-rétroviraux, après une réunion du cabinet la semaine dernière, le gouvernement a publié une mise à jour de son programme de lutte contre l'épidémie, y compris les détails de ses plans pour mettre les médicaments à la disposition des Sud-Africains, et accroître considérablement le budget pour lutter contre le VIH et le SIDA. La déclaration dit : "Le gouvernement a passé en revue la mise en œuvre du plan stratégique global de lutte contre le VIH/SIDA, basé sur le principe selon lequel le VIH cause le SIDA. Le gouvernement demande à tous les Sud-Africains de prêter main forte au partenariat contre le SIDA. Nos énergies devraient être employées à lutter contre le SIDA, et non à nous combattre les uns les autres". Au cours de ces derniers jours, aussi bien la TAC que le gouvernement ont pris des pages entières de publicité dans des journaux, pour expliquer leur position différente sur la meilleure façon de combattre l'épidémie.

