DROITS: Des firmes locales, étrangères exhortées à payer des réparationsaux victimes de l'apartheid

JOHANNESBURG, 25 mars (IPS) – Il y de fortes chances que des sociétés locales et internationales, qui tiraient profit de l'apartheid, fassent l'objet de pression pour payer des réparations aux victimes de la discrimination raciale et de l'exploitation, après la remise du rapport final au gouvernement sud-africain par la Commission vérité et réconciliation (TRC).

La TRC a été constituée pour enquêter sur les violations des droits de l'Homme qui ont eu lieu en Afrique du Sud sous l'apartheid. Le rapport final fait état de 22.000 cas de violations de droits, même si certaines organisations communautaires soutiennent que plusieurs autres victimes d'apartheid n'avaient pas été identifiées au cours de la procédure de la TRC.

S'exprimant à la cérémonie où il recevait officiellement le rapport vendredi, le président sud-africain, Thabo Mbeki, a déclaré : "La TRC a été créée pour nous aider à répondre aux graves violations des droits de l'Homme avec compréhension et non avec vengeance, avec réparation et non par mesure de représailles".

"J'aimerais également remercier tous ceux qui ont approché la commission, aussi bien des auteurs que des victimes. C'est clair que notre pays, dans son ensemble, a accepté et soutenu la voie que nous avons empruntée pour faire face aux crimes politiques du passé.

"Nous allons étudier le rapport que nous venons juste de recevoir avec l'attention soutenue qu'il mérite et satisfaire à ses recommandations aussi rapidement que possible. Ceci comprend la question des réparations finales", a-t-il ajouté. La forme de réparations aux victimes d'apartheid reste un important point de tension autour du travail de la commission.

Le porte-parole de la Conférence des évêques catholiques d'Afrique du Sud (SACDC), l'archevêque Buti Tlhagale, a fait observer : "La remise du rapport marque le début d'un défi également important pour garantir la réparation aux communautés et aux individus qui ont subi de graves préjudices résultant des abus de l'apartheid. "Notre société sera réconciliée dans la mesure où les auteurs et les bénéficiaires des crimes d'apartheid ouvrent leurs cœurs pour veiller à ce qu'on vienne à bout des déséquilibres sociaux et économiques de l'apartheid à travers des programmes de réparations pour la reconstruction et le développement des communautés pauvres.

"Même si le gouvernement doit jouer un rôle puissant en garantissant les réparations dans l'esprit de la TRC, cela ne relève pas seulement de la responsabilité du gouvernement. Des compagnies privées, des banques, et des individus, qui ont réalisé d'énormes profits sous l'apartheid, doivent être également tenus pour responsables, aussi bien à l'intérieur de l'Afrique du Sud qu'ailleurs dans le monde entier", a conclu Tlhagale.

Dans une déclaration, parvenue à IPS lundi, Jubilé Afrique du Sud : 'Dette de l'apartheid et campagne de réparations', a indiqué : "Nous avons demandé aux banques et entreprises multinationales, qui ont aidé et encouragé l'Etat d'apartheid dans ses activités criminelles, à reconnaître leur rôle dans l'apartheid et à réparer le préjudice que leur mercantilisme a rendu possible. Toutefois, ces sociétés ont refusé de prendre l'appel au sérieux.

Les victimes des violations des droits humains sous l'apartheid ont alors déposé des plaintes légales contre ces sociétés pour obtenir des réparations de l'apartheid".

Selon le rapport de la TRC, on peut demander des contributions de réparation auprès des banques suisses qui ont aidé l'ancien gouvernement d'apartheid.

Des banques suisses font partie des sociétés internationales contre lesquelles ont été déposées des demandes de réparations, par des victimes de l'apartheid, dans des tribunaux internationaux.

La TRC a demandé aux hommes d'affaires de contribuer à un fonds qui faciliterait le paiement des réparations aux victimes de l'apartheid. La commission a indiqué que cela pourrait prendre la forme d'une taxe sur la richesse, d'un impôt prélevé une fois sur les recettes des sociétés, d'une majoration d'impôts sur les profits de la société ou de don d'un pourcentage du marché de capitalisation à un trust pour les victimes.

Un cartel commercial volontaire, créé pour collecter l'argent destiné à la réparation, a déjà reçu environ 800 millions de rands (100 millions de dollars US) des compagnies privées. De même, le gouvernement a déjà payé 50 millions de rands (environ 6,3 millions de dollars US) à certaines victimes d'apartheid comme aide provisoire d'urgence.

Le coût final d'un programme de réparations ne sera probablement connu qu'une fois que le gouvernement mettra en place une politique. Le ministère sud-africain de la Justice a indiqué qu'il convoquera une conférence impliquant le gouvernement et la société civile pour discuter du programme de réparations.

A la cérémonie de remise, Mbeki a fait observer également que le succès du processus de la TRC indiquait que l'écrasante majorité des Sud-Africains étaient en faveur de la paix et de la réconciliation.

"La guerre regrettable en cours contre l'Irak accentue l'importance de ces objectifs aussi bien pour nous-mêmes que pour d'autres dans d'autres parties du monde. Nous avons essayé de notre mieux de travailler avec le reste de la communauté internationale pour veiller à ce que l'Irak soit débarrassé de toutes les armes de destruction massive qu'il pourrait avoir en sa possession, en utilisant des moyens pacifiques. Nous restons convaincus que cet objectif aurait pu être atteint. Tout ce que nous pouvons faire maintenant, c'est seulement de prier pour que la guerre prenne fin aussi rapidement que possible avec le moins de victimes possibles", a-t-il dit.