DEVELOPPEMENT-SENEGAL: Beaucoup à faire encore pour satisfaireles besoins en eau potable

Dakar, 29 mars (IPS) – Dans certains coins du Sénégal, l'eau potable demeure une denrée précieuse et rare, malgré les efforts déployés ces dernières années par l'Etat pour satisfaire la demande grandissante des populations urbaines et rurales.

"Notre pays bénéficie de quantités substantielles de ressources en eau, mais le taux de desserte en milieu rural n'est que de 56 pour cent tandis qu'au niveau urbain, il est de 78 pour cent", a indiqué Ousmane Masseck Ndiaye, ministre sénégalais du Tourisme, assurant l'intérim de son collègue chargé des Mines, de l'Énergie et de l'Hydraulique, lors de la célébration de la Journée mondiale de l'eau.

A Dakar, la capitale sénégalaise, il n'est pas rare que des quartiers du Plateau et surtout de la banlieue soient privés d'eau courante. Une grande bassine d'eau sur la tête, Fatou Sarr, une ménagère de 20 ans, déclare se livrer souvent à ce genre de corvée. "Je suis obligée de faire, plusieurs fois dans la journée, des centaines de mètres pour approvisionner le ménage de ma patronne en eau… C'est vraiment fatigant", se plaint cette jeune femme de Médina, un quartier populaire de Dakar.

Dans le même quartier, certains habitants se plaignent de la qualité de l'eau. "Même si cela n'arrive pas de façon continue, il nous arrive, en ouvrant le robinet, de recevoir de l'eau rouillée et chargée de sable", confirme Alimatou Diouf, une mère de famille.

"Le déficit en eau ainsi que sa mauvaise qualité, dans certains cas, sont dus au manque d'infrastructures et à la vétusté des canalisations souterraines", explique Badian Nfally, du programme Relais urbains populaires (RUP) de l'organisation non gouvernementale (ONG) Enda Tiers Monde.

Pape Ndiack Sall, de la direction de La Sénégalaise des eaux (SDE), ajoute que cela est dû aussi à "l'éclatement de la tuyauterie par l'effet de la forte pression d'eau".

Ces problèmes incommodants s'accentuent, pour connaître leur apogée, durant l'hivernage notamment. A cause de la chaleur, la consommation d'électricité augmente sensiblement, ce qui occasionne régulièrement des délestages. "Les coupures de courant électrique entraînent l'arrêt des pompes, d'où les pénuries d'eau", indique Sall.

Les habitants des quartiers résidentiels se plaignent de la cherté des factures d'eau. "Je reçois des factures d'eau très salées, parfois allant jusqu'à 80.000 francs CFA (environ 133 dollars US), ce qui est très anormal", affirme Khady Diagne, du quartier résidentiel du Point E. "Ma sœur, qui habite à Guédiawaye, un quartier populaire de la banlieue de Dakar, paye nettement moins cher que moi, quelque 10.000 FCFA (environ 16,7 dollars US)", s'étonne-t-elle.

Selon Nfally, pour remédier au déficit en eau en milieu urbain, il faudra tout décentraliser. "Il faut installer des unités de pompage et de production d'eau au niveau de chaque ville du Sénégal", conseille-t-il.

"Pour améliorer l'approvisionnement en eau potable des populations urbaines, la SDE a entrepris de multiples travaux visant la modernisation des infrastructures hydrauliques", assure Sall.

La population rurale souffre d'une manière plus aiguë et chronique des problèmes liés aux pénuries d'eau potable, car exposée à la sécheresse et aux aléas climatiques, elle se heurte à d'autres obstacles.

A Mont Rolland, village situé dans les environs de Thiès, à 70 kilomètres de Dakar, et naguère célèbre par sa source d'eau minérale, les villageois doivent désormais creuser jusqu'à une profondeur de 80 mètres pour pomper l'eau. La nappe phréatique de ce village à été sérieusement entamée à cause du pompage excessif de cette eau par l'ancienne société de source minérale qui a fermé récemment ses portes. Dans cette zone où se trouve Mont Rolland, et qui regroupe près de 80 pour cent des horticulteurs sénégalais, le problème le plus crucial reste celui de l'eau. Depuis quelque temps, une baisse notoire de la nappe phréatique a été constatée, entraînant une détérioration des terres et, par conséquent, une insécurité alimentaire.

Dans la région de Fatick, à 155 km à l'ouest de Dakar, l'approvisionnement en eau potable est souvent incertain à cause des pannes fréquentes des forages. S'ajoute à cela, la salinité de certains forages.

"Pour le dessalement des forages affectés par l'eau saumâtre, le gouvernement a initié un projet qui va alimenter 116 villages en eau potable, d'un coût de 18 milliards de FCFA (environ 30 millions de dollars US), à partir d'un branchement possible dans la région de Thiès", selon Babacar Sarr, chef de la Division régionale de l'hydraulique.

Pour assurer l'alimentation en eau potable de 70.00 personnes, avec 13 villages à Ndiokhoba et deux à Touba Mbayard, situés non loin de la région de Diourbel, à 146 km à l'ouest de Dakar, deux nouveaux forages, financés à hauteur de 250 millions de FCFA (environ 416.667 dollars US), viennent aussi d'être inaugurés. Ces projets constituent un pas supplémentaire dans la lutte contre l'insécurité alimentaire au Sénégal, estiment des techniciens agricoles.

La résolution du problème de l'assèchement des puits, en dehors des périodes hivernales, va contribuer également à lutter conte les maladies diarrhéiques qui ont longtemps traumatisé les populations.

Par ailleurs, le gouvernement sénégalais s'est engagé à expérimenter l'opération de modification technique du climat, permettant de provoquer des pluies artificielles. L'opération se fera dans la zone arachidière et sylvo-pastorale où la construction d'une cinquantaine de bassins de rétention de l'eau de pluie a déjà commencé. L'opération pourrait démarrer au début de l'hivernage prochain.

L'eau a été au cœur des débats du Sommet mondial sur le développement durable à Johannesburg, en Afrique du Sud l'année dernière et plus récemment au Sommet mondial de l'eau à Kyoto, au Japon. Elle doit non seulement être fournie en quantité suffisante pour assurer le développement des populations, mais elle doit aussi être bien gérée. "Une gestion rationnelle de l'eau ainsi qu'un réflexe individuel et collectif visant à sa préservation, constituent des gages objectifs pour garantir aux générations futures un approvisionnement en quantité et en qualité", souligne Ndiaye.